Lettre du Rabbi de Loubavitch sur la signification de la sortie d'Egypte

Par la grâce de D.ieu.

Le 11 Nissan 5713 [1953] Brooklyn N.Y.

Aux fils et filles d’Israël,
partout où ils se trouvent
que D.ieu leur accorde longue vie.

Je vous salue et vous bénis.

Les jours de Pessa’h — souvenir de notre sortie d’Égypte, et époque de notre liberté — se font proches.

Le souvenir et la réminiscence ont, c’est connu, la faculté de susciter chez celui qui s’en imprègne un état d’esprit plus ou moins identique à celui qui fut le sien au moment où il vécut l’événement ainsi remémoré.(1) C’est ainsi que plus les sentiments éveillés par le souvenir ont d’ascendant sur le corps — qui lui, reste lié au temps et à l’endroit présents —, plus l’émotion ainsi produite correspond à celle éprouvée lors du moment évoqué.

Les commentateurs affirment en outre, à propos des événements dont le souvenir et l’évocation font l’objet d’une injonction de la Torah, que « leur évocation ici-bas, a pour effet de les faire se reproduire En-Haut »,(2) effet qui a lui-même pour conséquence la résurgence ici-bas de tout ce qui jadis contribua à faire l’événement. C’est là l’une des raisons de l’obligation qui nous est faite de nous souvenir de la sortie d’Égypte à travers toutes les générations, d’évoquer celle-ci chaque jour et chaque nuit, et de nous considérer chaque jour comme étant sorti d’Égypte le jour même,(3) et venant d’être libéré.

 

En effet, chaque jour doit s’effectuer en nous une sortie d’Égypte – celle qui consiste à libérer l’âme divine de l’emprise du corps (4) – pour accéder à la liberté véritable.

De quoi est faite cette vraie liberté ?

De toutes les libérations : de l’affranchissement de l’esclavage, à celui des souffrances matérielles et spirituelles.(5)

 

Ainsi, la tâche que chacun doit accomplir quotidiennement, à son propre égard, consiste à sortir spirituellement d’Égypte,(6) de sa propre « Égypte », de celle constituée par son mauvais penchant, et l’esclavage auquel ce dernier tente de réduire l’individu. Lorsqu’un individu se libère ainsi de son mauvais penchant, avec l’aide de D.ieu — qui ayant choisi le peuple juif, l’a fait sortir de l’endroit d’impureté qu’était l’Égypte — et par l’étude de la Torah,(7) il s’affranchit des souffrances et de l’esclavage spirituels — la lutte sans merci que se livrent en lui ses deux penchants — et matériels. C’est ainsi qu’il est dit : « Si vous vous conduisez selon Mes lois (...), Je vous donnerai les pluies (...), Je ferai régner la paix (...), Je suis l’Éternel votre D.ieu qui vous ai tirés du pays d’Égypte. » (8)

Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse, et pour une vraie libération, en nos jours et imminente, et pour la délivrance réelle et complète par le Machia’h.

 

 

NOTES

1. C’est du reste, suivant l’intensité et la profondeur avec laquelle la Torah nous enjoint d’évoquer un événement que cette évocation se fera par le cœur (la pensée), la parole ou l’action. C’est ainsi que suivant plusieurs avis, le souvenir de la sortie d’Égypte effectué durant toute l’année se distingue de celui de la nuit de Pessa’h en ce que pour le premier, seule la pensée suffit, alors que le second requiert un récit. (Voir à ce sujet Chaagat Arié fin du chap. 13. Min’hat ‘Hinoukh (40:21). Sdé ‘Hemed, Klalim, lettre Zaïn, règle 13.

 

2. RaMaZ dans le livre Tikoun Chovevim, cité dans Lev David chap. 29.

 

3. Rambam, Hilkhot ‘Hamets Oumatsah chap. 7 Halakha 6.

 

4. Tanya chap. 47.

 

5. Zohar II 114a ; Irouvine 54a ; Chemot Rabbah chap. 41, § 7.

 

6. Le mot Mitsraïm (Égypte), possède la même racine que le mot métsarim (limites, étroitesse).

 

7. Souccah 52a ; Tanya chap. 46 ; Kidouchine 30b.

 

8. Lévitique 26, 3-13.