Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 24

Likoutei Amarim Chapitre 24 _______________


Au Chapitre Dix-huit, Rabbi Chnéour Zalman s’est proposé d’expliquer le sens précis du mot « très » dans le verset : « Car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, tu peux la mettre en pratique. » Il est effectivement donné à chacun de servir D.ieu avec un sentiment d’amour et de crainte, et ce, en éveillant l’amour latent dissimulé en son cœur. Afin de montrer comment cet amour peut inspirer l’observance de la Thora et des commandements, Rabbi Chnéour Zalman a étudié le lien qui existe entre tous les commandements positifs et le précepte de la foi en l’unité de D.ieu. D’autre part, il a envisagé le rapport entre les préceptes négatifs et l’interdiction relative à l’idolâtrie, qu’il va étudier maintenant. La notion d’unité de D.ieu ne signifie pas simplement qu’il n’est qu’un seul D.ieu, mais plutôt que D.ieu est la seule existence. Réciproquement, l’idolâtrie n’implique pas nécessairement un déni de l’existence de D.ieu, ou de Son unicité. Toute idée d’une existence indépendante et séparée de D.ieu constitue une forme d’idolâtrie. Dans le chapitre précédent, Rabbi Chnéour Zalman a souligné que la Thora et les commandements, dans lesquels la Volonté divine est révélée, permettent une union parfaite avec D.ieu. Dans ce chapitre, il explique que la transgression a un effet exactement contraire. Alors qu’une mitsva crée une union avec D.ieu, la faute crée une séparation ; quand une mitsva témoigne de l’unité de D.ieu, une transgression est synonyme d’idolâtrie.


פרק כ"ד


וזה לעומת זה


Et l’un à l’opposé de l’autre étant donné que chaque élément dans le domaine de la sainteté a un équivalent dans le royaume impur de la sitra a’hara, l’accomplissement des commandements et l’étude de la Thora, qui créent une union avec D.ieu, ont également un élément opposé :


הן שס”ה מצות לא תעשה דאורייתא וכל איסורי דרבנן


les 365 interdits de la Thora, et tous les interdits rabbiniques,


מאחר שהן נגד רצונו וחכמתו יתברך והפכם ממש הם נפרדים מיחודו ואחדותו יתברך בתכלית הפירוד ממש


dès lors qu’ils sont contraires à la Volonté et à la Sagesse de D.ieu et véritablement leur opposé, ils constituent une séparation absolue de Son unité et de Son unicité,


כמו הסטרא אחרא והקליפה הנקראת עבודה זרה ואלקים אחרים מחמת הסתר פנים של רצון העליון כנזכר לעיל.


comme la sitra a’hara et la klipa, qui sont appelées « idolâtrie » et « autres dieux », du fait de la dissimulation de l’aspect intérieur de la Volonté divine qui les caractérise, comme il a été expliqué plus haut – à savoir que leur vitalité procède de l’aspect « arrière » de la Volonté divine, le niveau de a’horaïm, d’où leur appellation : élokim a’hérim (« autres dieux »).


וכן ג’ לבושי הנפש שמקליפת נוגה שבישראל שהם מחשבה דבור ומעשה המלובשים בשס”ה לא תעשה דאורייתא ודרבנן


Et tout comme les actes interdits eux-mêmes représentent une séparation d’avec le Divin, de même, les trois vêtements de l’âme animale du juif, qui procèdent de la klipat noga, à savoir la pensée, la parole et l’action qui sont revêtues des c’est-à-dire qui sont employées dans la transgression des 365 interdits de la Thora, ou [des injonctions] rabbiniques,


וכן מהות הנפש עצמה המלובשת בלבושיה


ainsi que l’essence de l’âme animale elle-même, qui est revêtue de ses vêtements puisque c’est bien l’âme, après tout, qui pense, s’exprime, et agit à travers ses « vêtements », les facultés de la pensée, la parole et l’action,


כולם מיוחדים ממש בסטרא אחרא וקליפה זו הנקראת עבודה זרה


sont véritablement unis avec cette sitra a’hara et cette klipa, appelée « avoda zara », idolâtrie.


ולא עוד אלא שבטלים וטפלים אליה וגרועים ופחותים ממנה מאד


De surcroît, outre le fait que l’âme animale et ses vêtements sont unis avec la sitra a’hara, et lui sont ainsi semblables, ils lui sont soumis et subordonnés, et [sont] bien plus dégradés et plus bas qu’elle.


כי היא אינה מלובשת בגוף חומרי ויודעת את רבונה ואינה מורדת בו לפעול פעולתה במשלחת מלאכי רעים שלה שלא בשליחותו של מקום ברוך הוא חס ושלום


Car la klipa n’est pas revêtue d’un corps physique ; par conséquent, elle connaît son Maître D.ieu et ne se rebelle pas contre Lui (à D.ieu ne plaise), en effectuant son action d’envoyer ses mauvais messagers autrement que par ordre divin.


Chaque action négative de la sitra a’hara est accomplie uniquement par ordre divin. Les klipot, qui ne sont pas revêtues d’un corps, ne peuvent donc pas se rebeller contre la Volonté divine. Seule l’âme animale revêtue du corps humain peut le faire. Elle est à ce titre inférieure aux klipot.


וכמאמר בלעם לא אוכל לעבור את פי ה’ וגו’


Comme le dit Bilaam : « Je ne peux pas transgresser la parole de D.ieu… »


Bien que Bilaam fût une klipa revêtue d’un corps, quand cette klipa spirituelle, c’est-à-dire le pouvoir prophétique impur avec lequel il espérait maudire le peuple juif, s’exprima en lui, il s’exclama : « Je ne peux pas transgresser la parole de D.ieu ».


ואף שנקרא עבודה זרה הא קרו ליה אלקא דאלקיא


Bien que [les klipot] soient appelées avoda zara, idolâtrie, ce qui est un déni de D.ieu, elles Le désignent néanmoins comme le « D.ieu des dieux ». Elles ne le dénient donc pas totalement.


ואינם יכולים לעבור כלל על רצונו יתברך כי יודעים ומשיגים שהוא חיותם וקיומם שיונקים מבחינת אחוריים דאחוריים של רצון העליון ברוך הוא המקיף עליהם


Elles ne peuvent aucunement transgresser la Volonté divine, car elles savent et perçoivent qu’Il est leur vie et leur existence, puisqu’elles tirent leur subsistance de l’aspect « arrière » de « l’arrière » de la Volonté divine, Qui les enveloppe.


אלא שיניקתם וחיותם שבתוכם היא בבחינת גלות בתוכם להחשיב עצמן אלקות והרי זו כפירה באחדותו


C’est seulement que la vitalité qui est en elles c’est-à-dire la force vitale divine intérieure qui constitue l’identité de chaque être, comme il a été expliqué au Chapitre Vingt-deux, s’y trouve dans un état d’exil, de sorte qu’elles se considèrent comme des dieux, ce qui constitue un déni de l’unité de D.ieu.


אבל מכל מקום אינן כופרים וכחשו בה’ לגמרי ולומר לא הוא אלא דקרו ליה אלקא דאלקיא דהיינו חיותם וקיומם הנמשך ויורד עליהם מרצונו יתברך


Mais cependant, elles ne sont pas hérétiques au point de dénier D.ieu complètement et d’affirmer qu’Il n’est pas. Plutôt, elles Le désignent comme « le D.ieu des dieux », [et reconnaissent ainsi que] leur vie et leur existence procèdent de Sa Volonté.


ולכן אינן עוברין רצונו יתברך לעולם.


Aussi ne se transgressent-elles jamais la Volonté de D.ieu.


ואם כן האדם העובר על רצונו יתברך הוא גרוע ופחות הרבה מאד מהסטרא אחרא וקליפה הנקראת עבודה זרה ואלקים אחרים


L’homme qui transgresse la Volonté de D.ieu est donc bien plus vil et plus bas que la klipa et la sitra a’hara qui sont appelées avoda zara et « autres dieux ».


והוא בתכלית הפירוד מיחודו ואחדותו של הקדוש ברוך הוא יותר ממנה וכאלו כופר באחדותו יותר ממנה חס ושלום.


Il est totalement séparé de l’unité et de l’unicité de D.ieu plus que ces dernières, comme s’il déniait Son unité plus radicalement qu’elles, à D.ieu ne plaise.


וכמו שכתוב בעץ חיים שער מ”ב סוף פרק ד' שהרע שבעולם הזה החומרי הוא שמרי הקליפות הגסות כו’ והוא תכלית הבירור וכו’


Et comme il est écrit dans le Ets Haïm, Porte 42, à la fin du ch. 4, le mal de ce monde physique est la lie des rudes klipot ; c’est le sédiment du processus d’extraction...


En d’autres termes, après l’extraction et l’élévation des étincelles de sainteté présentes dans les klipot, ne subsiste que la klipa dans sa forme la plus inférieure et la plus rude. Cette klipa est le mal présent en ce monde physique.


ולכן כל מעשה עולם הזה קשים ורעים והרשעים גוברים בו וכו’:


C’est pourquoi tous les faits de ce monde sont rudes et mauvais, et les méchants y prédominent, etc.


ולכן אמרו רבותינו ז”ל על פסוק כי תשטה אשתו אין אדם עובר עבירה וכו’


Aussi nos Sages ont-ils dit, à propos du verset : « Si la femme [d’un homme] s’écarte [et commet un adultère] », « un homme ne commet pas de transgression etc. [à moins qu’un esprit de folie ne soit entré en lui] ».


Les Sages rattachent la racine de tistéh « s’écarte » à chtout – « la folie ».


דאפילו אשה המנאפת שדעתה קלה היתה מושלת ברוח תאותה לולי רוח שטות שבה


Car même une femme adultère, de nature frivole, aurait refréné son désir, n’était l’esprit de folie présent en elle,


המכסה ומסתיר ומעלים את האהבה מסותרת שבנפשה האלקית לדבקה באמונת ה’ ויחודו ואחדותו ולא ליפרד חס ושלום מאחדותו אפילו נוטלים את נפשה ממנה לעבוד עבודה זרה חס ושלום


qui recouvre et dissimule l’amour latent présent à l’intérieur de son âme divine, [qui aspire] à être liée à la foi en D.ieu, à Son unicité et à Son unité, et est inflexiblement résolue à ne pas se séparer de son unité, même au prix de sa vie, par un culte idolâtre,


Même cette femme adultère aurait donc sacrifié sa vie de plein gré plutôt que se résoudre par coercition à pratiquer l’idolâtrie,


ואפילו בהשתחואה לבדה בלי שום אמונה בלב כלל


même si [ce culte idolâtre] consiste simplement en un acte de prosternation dénué de signification devant l’objet de culte, sans aucune foi dans le cœur en l’authenticité de ce culte.


וכל שכן לכבוש היצר ותאות הניאוף שהם יסורים קלים ממיתה ה’ ישמרנו


Or, s’il est en son pouvoir, du fait de son amour latent, de faire face à la mort plutôt que de se séparer de D.ieu par l’idolâtrie, a fortiori est-elle capable de dompter le mauvais penchant et l’appétit pour l’adultère, ce qui est une souffrance moindre que la mort (que D.ieu nous en préserve).


C’est seulement l’« esprit de folie », c’est-à-dire l’llusion que sa faute n’affecterait pas son lien avec D.ieu qui la conduit à la commettre. On pourrait cependant suggérer que ce n’est pas l’esprit de folie, mais la distinction qu’elle fait entre l’idolâtrie et l’adultère qui explique une telle conduite. A ses yeux, l’idolâtrie serait un acte bien plus grave et donc, la séparation d’avec D.ieu d’autant plus grande. En guise de réponse, Rabbi Chnéour Zalman poursuit :


וההפרש שאצלה בין איסור ניאוף לאיסור השתחואה לעבודה זרה הוא גם כן רוח שטות דקליפה


La distinction qu’elle fait entre l’interdit relatif à l’adultère et l’interdiction de se prosterner devant une idole est également un « esprit de folie » issu de la klipa.


Cet esprit la rend insensible à la rupture que crée chaque faute entre D.ieu et elle. La conscience de cette rupture lui aurait certainement permis de refréner son désir et d’éviter la faute.


המלבשת לנפש האלקית עד בחינת חכמה שבה ולא עד בכלל מפני אור ה’ המלובש בחכמה כנזכר לעיל.


Cet « esprit de folie » enveloppe et dissimule l’âme divine jusqu’à sa faculté de ‘Hokhma seulement, sans inclure [cette dernière]. Comme il a été expliqué dans le Chapitre Dix-huit, ‘Hokhma représente le pouvoir de foi en D.ieu ; cette foi n’est pas affectée par « l’esprit de folie » du fait de la lumière divine revêtue de la faculté de ‘Hokhma, comme il a été expliqué plus haut.


C’est pourquoi, confrontée à une épreuve qui défie directement sa foi en D.ieu, telle que l’idolâtrie, elle sacrifierait sa vie de plein gré. Mais confrontée à la tentation de l’adultère, « l’esprit de folie » peut dissimuler son amour latent pour D.ieu et elle succombe. La distinction subjective qu’elle fait entre les deux n’est donc bien que l’œuvre de l’esprit de folie.


אבל באמת לאמיתו אפילו עבירה קלה הרי העוברה עובר על רצון העליון ברוך הוא


Mais en vérité, même celui qui commet une faute mineure transgresse ainsi la Volonté divine,


והוא בתכלית הפירוד מיחודו ואחדותו יתברך יותר מסטרא אחרא וקליפה הנקראת אלקים אחרים ועבודה זרה ממש ויותר מכל הדברים הנשפעים ממנה בעולם הזה


et est complètement séparé de l’unité et de l’unicité de D.ieu, plus encore que la sitra ah’ara et la klipa qui sont appelées « autres dieux » et avoda zara, puisque, contrairement à lui, la klipa ne transgresse pas la Volonté de D.ieu, et plus que toutes les choses de ce monde qui en dérivent,


שהם בהמות טמאות וחיות ועופות טמאים ושקצים ורמשים


à savoir, les animaux domestiques impurs, les bêtes sauvages et les oiseaux impurs, les êtres abominables et les rampants qui reçoivent tous leur vitalité des trois klipot complètement impures.


L’homme qui transgresse, ne serait-ce qu’une faute mineure, est inférieur aux klipot et à toutes ces créatures impures qui en dérivent,


וכמאמר יתוש קדמך


comme l’ont dit [nos Sagesֿֿֿ] : quand un homme faute, on lui réplique : « le moustique t’a précédé ».


Le sens littéral de cette déclaration est : « ton orgueil est dénué de raison, même le petit moustique fut créé avant toi ! » Dans un sens spirituel, cela signifie que le moustique a préséance dans son rang sur le pécheur – comme Rabbi Chnéour Zalman explique :


פירוש דאף יתוש שמכניס ואינו מוציא


Cela signifie que même le moustique qui, selon la remarque du Talmud, consomme [de la nourriture] sans excréter, évoquant ainsi une klipa qui caractérise le summum de l’égoïsme lequel consiste à ne rien donner de soi,


שהיא קליפה היותר תחתונה ורחוקה מבחינת הקדושה המשפעת בתכלית הריחוק קודמת לאיש החוטא בהשתלשלות וירידת החיות מרצון העליון ברוך הוא


ceci étant la forme de klipa la plus inférieure et éloignée de la sainteté dont le caractère est de donner [même] aux plus éloignés – car la sainteté implique l’humilité, qui inspire la bonté et la bienfaisance, tandis que la klipa représente l’égocentrisme et l’égoïsme. Même ce niveau inférieur de klipa, symbolisé par le moustique, a préséance sur le pécheur dans [l’ordre de] la descente de la force vitale divine de la Volonté divine.


Cela veut dire que cette klipa symbolisée par le moustique reçoit sa vitalité d’un niveau de Divinité supérieur à celui qui entretient le pécheur.


וכל שכן שאר בעלי חיים הטמאים ואפילו חיות רעות שכולם אינם משנים תפקידם ופקודתו יתברך שמרה רוחם ואף על גב דאיהו לא חזי כו’.


Et a fortiori les autres créatures impures, et même les bêtes féroces [sont supérieures au pécheur], car elles ne s’écartent pas de leur fonction [que D.ieu leur a assignée] et obéissent au commandement de D.ieu. « Et bien qu’il ne voit pas etc. son esprit voit ». C’est-à-dire, bien que l’animal ne puisse pas percevoir la Volonté divine, la force vitale qui l’anime, elle, en est consciente, et ne lui permet pas d’agir contrairement à cette Volonté.


וכמו שכתוב ומוראכם וחתכם יהיה על כל חית הארץ וכפירוש רבותינו ז”ל שאין חיה רעה מושלת באדם אלא אם כן נדמה לה כבהמה.


ainsi qu’il est dit : « la crainte et la peur de vous seront sur tous les animaux de la terre », et comme l’expliquent nos Sages : « Une bête sauvage ne s’en prend à un être humain que s’il lui apparaît comme un animal ».


והצדיקים שאין צלם אלקים מסתלק מעל פניהם כל חיות רעות אתכפיין קמייהו כמו שכתוב בזהר גבי דניאל בגוב אריות.


[De fait,] devant les tsaddikim, dont l’image divine ne quitte jamais le visage, toutes les bêtes féroces sont soumises, comme il est expliqué dans le Zohar, à propos de Daniel qui fut sauvé alors qu’il avait été jeté dans la fosse aux lions.


Non seulement les lions ne lui firent pas de mal, mais bien au contraire, ils se soumirent devant lui. Ainsi, même les animaux ne transgressent pas la Volonté de D.ieu.


ואם כן החוטא ועובר רצונו יתברך אפילו בעבירה קלה בשעת מעשה הוא בתכלית הריחוק מקדושה העליונה שהיא יחודו ואחדותו יתברך


Il s’ensuit que celui qui faute et transgresse la Volonté de D.ieu, même par une faute mineure, est à ce moment le plus loin possible de la Sainteté suprême, c’est-à-dire de Son unicité et de Son unité,


יותר מכל בעלי חיים הטמאים ושקצים ורמשים המושפעים מסטרא אחרא וקליפת עבודה זרה


plus que toutes les créatures impures, les êtres abominables et les rampants, qui reçoivent [leur vitalité] de la sitra a’hara et de la klipa d’avoda zara.


Ce qui a été dit montre comment l’amour latent pour D.ieu permet au juif de refréner son désir pour la faute, quelle qu’elle soit. En effet, la considération de la séparation d’avec D.ieu que constitue la faute rend celle-ci inconcevable, au même titre que l’idolâtrie.


ומה שפיקוח נפש דוחה שאר עבירות וגם יעבור ואל יהרג


Quant au principe selon lequel la vie a préséance sur les autres interdits, hormis l’idolâtrie ; de même, la loi exige que l’on commette une transgression plutôt que d’être tué, alors que pour l’idolâtrie, l’inceste et le meurtre, la loi stipule qu’il faut accepter la mort plutôt que de transgresser ces interdits.


Cette loi de la Thora qui distingue elle-même l’idolâtrie des autres commandements semble contredire le principe, posé par Rabbi Chnéour Zalman, selon lequel la femme adultère qui fait une telle distinction est aveuglée par un « esprit de folie », chaque faute créant en vérité une extrême séparation d’avec D.ieu. Le paragraphe suivant explique que la nécessité ou non de sacrifier sa vie pour un interdit ne dépend pas de sa valeur intrinsèque. Il n’y a donc pas de contradiction.


היינו כפירוש חכמינו ז”ל אמרה תורה חלל עליו שבת אחת כדי שישמור שבתות הרבה


La raison pour laquelle la vie prévaut sur les autres interdits est, comme l’expliquent nos Sages à propos de la profanation du chabbat pour une personne en danger : « la Thora dit : “profane pour lui un chabbat afin qu’il puisse observer d’autres chabbat” ».


Quand le traitement médical d’un patient nécessite un acte normalement interdit le chabbat, la Thora stipule que l’on doit profaner le chabbat pour le soigner de sorte qu’il puisse vivre et observer le chabbat ultérieurement. Le précepte du chabbat n’est donc pas transgressé à cause d’un facteur extérieur. C’est pour le chabbat même (pour que le patient puisse, par la suite, observer le chabbat) que l’on profane ce chabbat.


ולא משום קלות העבירות וחומרן


Cela la priorité de la vie sur le chabbat, mais non sur l’idolâtrie n’est pas dû à l’importance moindre (du chabbat) ou à la gravité des fautes (telles que l’idolâtrie).


(תדע שהרי שבת חמורה ושקולה כעבודה זרה לענין שחיטת מומר לדבר אחד ביורה דעה סימן ב’


(Cette affirmation est confirmée par le fait que le fait de transgresser le chabbat est d’une grande gravité et est équivalent à l’idolâtrie dans le contexte de l’abattage rituel par une personne qui transgresse un certain précepte, comme il est expliqué dans le Yoré Déa, sect. 2.


Le Choul’han Aroukh statue dans ce cas qu’un homme qui profane le chabbat n’est pas apte pour l’abattage rituel au même titre que s’il pratiquait l’idolâtrie.


מה שאין כן במומר לגילוי עריות


Ce n’est pas le cas de celui qui transgresse les interdits sexuels auquel un tel statut n’est pas appliqué. La violation du chabbat est donc, dans ce contexte, une faute plus grave que les unions interdites.


ואפילו הכי פיקוח נפש דוחה שבת ולא גילוי עריות


Et cependant, la vie a la préséance sur le Chabbat, mais non sur les interdits sexuels.


L’obligation de sacrifier sa vie pour ne pas transgresser les interdits sexuels n’est donc pas due à leur gravité, puisque la profanation du Chabbat est plus grave que ces derniers dans le contexte des lois sur l’abattage rituel. On peut en conclure que la priorité de la vie sur certaines fautes mais non sur d’autres n’est pas liée à la gravité de la faute.


אלא דגזירת הכתוב הוא)


C’est seulement un décret des Ecritures.)


En revanche, le pécheur qui établit des distinctions entre les fautes suivant leur gravité et succombe à ses tentations (alors qu’il sacrifierait sa vie plutôt que d’accepter l’idolâtrie), est en proie à l’« esprit de folie » de la klipa, lequel dissimule son amour pour D.ieu. Car en réalité, chaque transgression constitue une séparation absolue d’avec D.ieu. Rabbi Chnéour Zalman va maintenant expliquer que si distinction il y a entre les fautes, c’est seulement au point de vue de leur impact après qu’elles ont été commises.


אלא שלאחר מעשה החטא אם היא מעבירות שאין בהן כרת ומיתה בידי שמים


Toutefois, après l’accomplissement de la faute, si [cette faute] fait partie de celles qui ne sont pas punies de karet (retranchement de l’âme), ni de mort par la main du Ciel,


שאין נפשו האלקית מתה לגמרי ונכרתת משרשה באלקים חיים


cas où l’âme divine [du pécheur] ne périt pas complètement et n’est pas retranchée de sa source dans le D.ieu vivant,


רק שנפגם קצת דביקותה ואחיזתה בשרשה בחטא זה


c’est seulement que son attachement et sa liaison avec sa source sont quelque peu affectés par cette faute, – dans le cas d’une telle faute, son âme animale et son corps peuvent s’élever à nouveau de la klipa et s’unir à la sainteté de l’âme divine, conclut Rabbi Chnéour Zalman (après une note entre parenthèses).


La différence entre, d’une part, les fautes passibles de karet ou de mort par la main du Ciel, et, d’autre part, les autres fautes, est ainsi expliquée dans Iguéret Hatéchouva : le lien entre l’âme divine et sa source divine est comparable à une corde tissée de 613 fils, chaque fil représentant un commandement. Chaque faute rompt le fil correspondant. Quand un fil est sectionné, la corde entière est affaiblie, sans être totalement rompue. En revanche, les fautes passibles de karet et de mort par la main du Ciel rompent totalement cette corde, si l’on peut dire. Dans la note qui suit, Rabbi Chnéour Zalman explique que la sévérité du châtiment dépend de la tache causée par la faute. Car le châtiment n’est pas une finalité en tant que tel ; il a pour fonction de purifier l’âme de cette tache. Aussi est-il proportionnel à celle-ci.


הגהה


NOTE


ולפי ערך וחלוקי בחי’ הפגם בנפש ובשרשה בעליונים


Et suivant l’importance et la nature spécifique de la tache causée par la faute dans l’âme et dans sa source dans les [mondes] supérieurs,


כך הם חלוקי בחי’ המירוק והעונש בגיהנם או בעולם הזה


sont les différents processus de purification et châtiments dans le Guéhinom ou dans ce monde (la souffrance de l’âme dans le Guéhinom, ou les souffrances en ce monde, qui ont pour but de purifier l’âme).


לכל עון וחטא עונש מיוחד למרק ולהעביר הלכלוך והפגם


A chaque transgression et chaque faute correspond un châtiment approprié, pour nettoyer et retirer la souillure et la tache causées par cette faute.


וכן בחייבי מיתה וכרת אין פוגמין כולם בשוה


De même, la tache causée par les fautes punies de retranchement ou de mort par la Main du Ciel n’est pas la même pour toutes.


סוף הגהה


FIN DE LA NOTE


הרי גם נפשו החיונית הבהמית המלובשת בגופו וכן גופו


Pour en revenir à l’idée initiale : après la faute, s’il s’agit d’une faute qui n’est pas punie de karet ou de mort par la Main du Ciel, l’âme animale [du pécheur], qui anime le corps et en est revêtue, ainsi que son corps lui-même,


חוזרים ועולים מהסטרא אחרא וקליפה זו ומתקרבים לקדושת נפש האלקית המלובשת בהם


retournent et s’élèvent de la sitra a’hara et de la klipa où ils avaient chuté lors de la faute, et se rapprochent de la sainteté de l’âme divine qui en est revêtue.


המאמינה בה’ אחד וגם בשעת החטא היתה באמנה אתו יתברך


L’âme divine qui croit [toujours] en le D.ieu Unique, et même au moment de la faute, elle l’âme divine Lui était restée fidèle.


Car c’est seulement l’âme animale qui, au moyen du corps, commet la faute.


רק שהיתה בבחינת גלות ממש תוך נפש הבהמית מסטרא אחרא המחטיאה את הגוף ומורידתו עמה בעמקי שאול


C’est seulement qu’elle [l’âme divine] était [alors] dans un véritable état d’exil dans l’âme animale, issue de la sitra a’hara qui fait fauter le corps, et l’entraîne avec elle dans les abîmes les plus profonds ;


למטה מטה תחת טומאת הסטרא אחרא וקליפת עבודה זרה ה’ ישמרנו


extrêmement bas, plus bas encore que l’impureté de la sitra a’hara et de la klipa d’avoda zara (que D.ieu nous en préserve).


Tout comme un homme en exil est privé d’agir à son gré, l’âme divine (en exil du fait de la faute) ne peut s’exprimer en maîtrisant le corps et en l’employant au service de D.ieu, du fait de la domination étrangère de la klipa.


ואין לך גלות גדול מזה מאיגרא רמה כו’


Il n’est pas de plus grand exil que cet exil de l’âme divine à l’intérieur de l’âme animale, du fait de la faute. C’est un plongeon « d’un toit élevé [vers une fosse profonde] ».


וכמו שכתוב לעיל דשרש ומקור נפשות כל בית ישראל הוא מחכמה עילאה והוא יתברך וחכמתו אחד וכו’


Car, comme il a été expliqué plus haut, la source et racine de toutes les âmes juives est dans la Sagesse divine, et « D.ieu et Sa Sagesse sont un… » la faute entraîne donc l’âme de son niveau élevé dans les profondeurs de l’exil à l’intérieur de la sitra a’hara.


והוא כמשל האוחז בראשו של מלך ומורידו למטה וטומן פניו בתוך בית הכסא מלא צואה שאין לך עלבון גדול מזה אפילו עושה כן לפי שעה


Cela est comparable à quelqu’un qui saisit la tête du roi, l’entraîne vers le bas et plonge son visage dans une fosse pleine d’excréments ; il n’est de plus grande humiliation que cela, même s’il ne fait cela que pour un moment.


שהקליפות וסטרא אחרא נקראות קיא צואה כנודע


Car les klipot et la sitra a’hara sont appelées « vomissure et excréments », comment il est connu.


De même, quand l’âme divine, qui procède de la Sagesse divine (« le visage du roi »), est entraînée par les fautes dans la klipa (« une fosse pleine d’excréments  ») fut-ce un instant, cela représente pour elle la plus grande humiliation. On ne peut donc faire de différences entre les fautes qu’une fois l’acte commis. Cependant, l’acte fautif en tant que tel, quelle que soit sa nature, crée une séparation d’avec D.ieu. L’amour latent et inné pour D.ieu, en vertu duquel le juif désire être toujours uni à D.ieu et refuse catégoriquement la séparation, fut-ce un instant, peut donc être employé dans l’observance de toutes les injonctions et tous les interdits. C’est la conclusion à laquelle Rabbi Chnéour Zalman va aboutir au prochain chapitre.

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