Vaéra - Comprendre et ressentir

Comprendre et ressentir

(Discours du Rabbi, Likouteï Si'hot, tome 3, page 854)

Le verset Vaéra 6, 2 dit : «Je Me suis révélé à Avraham, à Its’hak et à Yaakov en tant que El Chadaï, mais Mon Nom Avaya, Je ne leur ai pas fait connaître (1)». Le Midrash Chemot Rabba, chapitre 6, au paragraphe 4, explique, à ce propos que : de Saint béni soit-Il dit à Moché : Je Me suis révélé, à de multiples reprises, à Avraham, à Its’hak et à Yaakov en tant que El Chadaï, mais ils n’ont pas remis en cause Mon comportement (2). Toi, en revanche, dès que Je t’ai confié une mission (3), tu M’as demandé quel est Mon Nom (4)».

Cependant, la simple lecture de ce texte suscite la plus forte interrogation. En effet, comment imaginer que Moché notre maître, le serviteur de D.ieu, ait pu avoir un doute, au point de remettre en cause le comportement de D.ieu ? Comment est-il envisageable, après que les saints Patriarches ne Lui aient pas posé de question, que Moché Lui demande des explications ?

En fait, il existe une différence fondamentale entre les saints Patriarches et Moché, notre maître, qui est la suivante. La source des âmes d’Avraham, Its’hak et Yaakov se trouve dans les Attributs célestes (5). Eux-mêmes servirent D.ieu essentiellement par leurs sentiments, par les émotions du cœur et beaucoup moins par leur analyse intellectuelle (6). C’est pour cette raison qu'ils ne posèrent pas de questions (7).


L'âme de Moché, en revanche, émanait de la Sagesse de Dieu (8). Il Le servait essentiellement par sa compréhension intellectuelle et par sa prise de conscience (9) de la Vérité divine. Lorsque le Saint béni soit-Il se révéla à lui et lui confia une mission, Moché voulut la comprendre, jusque dans le moindre détail, afin de pouvoir s’acquitter de sa tâche de la meilleure façon, en y adhérant pleinement (10).

La réponse du Saint béni soit-Il fut la suivante : «Je suis Avaya (11)», «Je Me révèle à toi et Je t’éclaire par Mon grand Nom», le Nom Avaya. Toutes les limites et les distinctions qui existent dans le monde sont insignifiantes devant Lui. Il n’y a donc pas lieu de faire une différence entre l’intellect et le sentiment, entre le cerveau et le cœur (12).


L'intellect le plus profond doit, lui aussi, se soumettre à l’Injonction donnée de tout son cœur (13), sans bâtir un raisonnement et sans poser de questions. Le cœur de l’intellectuel le plus flegmatique doit battre d'émotion, être animé du désir de se rapprocher, de mettre en pratique la mission (14).


C’est précisément de cette façon que le cerveau peut influencer le cœur et que le cœur peut influencer le cerveau. De la sorte, un équilibre parfait s’instaure entre eux (15).

(1) Chaque Nom de Dieu correspond à l’un de Ses Attributs. Ainsi, le Nom El correspond à l’Attribut de bonté, ‘Hessed et le Nom Chadaï est celui qui permet d'introduire la limite, au sein de la création, ainsi qu’il est dit : «C’est Moi Qui (Ché) ai dit à Mon monde : cela suffit (Daï)». En revanche, le Nom Avaya, le Tétragramme désigne l’Essence de D.ieu. Moché, notre maître fut le premier à en obtenir la révélation, qui ne fut pas accordée aux Patriarches.

(2) Bien que la révélation divine qui leur fut accordée émanait d’un niveau inférieur, leur soumission fut parfaite et ils ne soulevèrent jamais la moindre objection devant le Saint béni soit-Il.

(3) Celle de libérer les enfants d’Israël du pays de l'Egypte.

(4) «S’ils me demandent : ‘Quel est Son Nom ?’, que devrais-je leur répondre ?», Cette question, posée d'emblée à D.ieu par Moché, faisait la preuve qui n’acceptait pas la mission qui lui était confiée avec la plus profonde soumission.

(5) Avraham en l’Attribut de bonté, ‘Hessed, du monde spirituel d’Atsilout, Its’hak en son Attribut de rigueur, Guevoura et Yaakov en son Attribut de miséricorde, Tiféret.

(6) Ainsi, Avraham reçut des invités, ce qui fut un effet de sa bonté, Its’hak creusa des puits, une manifestation de sa rigueur et Yaakov s’efforça de rétablir sa relation avec Esav, ce qui émanait de sa miséricorde.

(7) Leur démarche n’était pas basée sur la rationalité. La compréhension n'était pas fondamentale, dans leur service de Dieu. Ils ne posaient donc pas de questions.

(8) L'Attribut de ‘Ho’hma du monde spirituel d’Atsilout, qui lance le processus cognitif aboutissant à la compréhension effective.

(9) Intellectuelle également.

(10) Mais, en aucune façon parce qu’il remettait en cause cette mission.

(11) En d’autres termes, «Je te révèle l’'Essence de Moi-même».

(12) Autrement dit, le Saint béni soit-Il ne reproche pas à Moché d’avoir une démarche intellectuelle, là où les Patriarches avaient adopté une démarche émotionnelle. En revanche, Il affirme que l'orientation de l’homme, qu’elle soit émotionnelle ou intellectuelle, ne doit avoir aucune incidence sur sa soumission la plus totale. Le désir légitime de comprendre ne doit donc pas prendre la forme d’une remise en cause, même s’il ne s’agit que d’une apparence.

(13) La compréhension ne doit pas faire disparaître l'émotion.

(14) C’est donc bien la soumission qui reste l’état d'esprit dominant.

(15) Et, cette interaction est effectivement nécessaire au service de Dieu.

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Une brique spirituelle (Discours du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 6, page 13) Le verset Chemot 1, 14 dit que : «ils (1) rendirent leur vie amère, par un dur labeur, avec du mortier, des briques et tous

La dépouille de Yossef et le désert (Discours du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 26, page 85) Les versets Bechala”h 13, 18-19 disent que : «D.ieu fit faire un détour au peuple par le désert de la mer Rou