Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 15

Likoutei Amarim Chapitre 15 _______________


Dans les précédents chapitres, Rabbi Chnéour Zalman a analysé la différence entre le tsaddik, le juste, et le beinoni, l’homme intermédiaire. Le tsaddik n’a pas de mauvais penchant. Le mal ayant été banni de son âme, il ne présente plus aucun attrait pour lui. Le beinoni, cependant, reste habité par le mal et continue donc de subir son attirance. C’est seulement par une vigilance de chaque instant et la lutte acharnée de son âme divine qu’il est en mesure d’empêcher les désirs de son âme animale de se réaliser en pensée, en parole, et en action.


פרק ט"ו


ובזה יובן מה שכתוב


On pourra ainsi comprendre le verset :


ושבתם וראיתם בין צדיק לרשע בין עובד אלקים לאשר לא עבדו


« Et vous reviendrez et vous verrez la différence entre le tsaddik et le racha, entre celui qui sert D.ieu et celui qui ne Le sert pas ».


Le Talmud pose la question suivante : le tsaddik est pourtant « celui qui sert D.ieu », et le racha, de toute évidence, « celui qui ne Le sert pas ». Pourquoi donc cette redondance ? Et le Talmud de répondre : « tous deux, « celui qui sert D.ieu » comme « celui qui ne Le sert pas », sont des justes parfaits. Néanmoins, celui qui révise son étude cent fois ne peut pas être comparé à celui qui la révise cent une fois ». Pourtant, cette réponse paraît n’éclaircir que la seconde répétition : le racha et « celui qui ne Le sert pas ». Loin d’être un racha, celui « qui ne sert pas D.ieu » est décrit ainsi parce qu’il ne fait pas plus de cent révisions de son étude de la Thora. Le problème posé par la première répétition : le tsaddik et « celui qui sert D.ieu », n’est donc pas encore résolu. De surcroît, le Talmud, dans sa réponse précédemment citée, introduit une troisième catégorie : « celui qui ne sert pas D.ieu », mais lui aussi est néanmoins un tsaddik ! C’est ce passage qui va être à présent élucidé grâce, précisément, à la distinction établie entre le tsaddik et le beinoni.


שההפרש בין עובד אלקים לצדיק הוא שעובד הוא לשון הוה שהוא באמצע העבודה


La différence entre « celui qui sert D.ieu » [oved] et le tsaddik réside dans ce que « celui qui sert D.ieu » au présent [fait référence à celui] qui [peine encore] dans le service (le travail spirituel)


שהיא המלחמה עם היצר הרע להתגבר עליו ולגרשו מהעיר קטנה


qu’est le combat contre le mauvais penchant, pour prendre le dessus sur lui et le chasser de la « petite cité » (le corps, dont la conquête fait l’objet d’un conflit entre le bon et le mauvais penchant),


שלא יתלבש באברי הגוף


de sorte qu’il ne se revête pas des membres du corps. C’est-à-dire qu’il ne s’exprime pas en pensée, en parole, et en action. Cette lutte contre le mauvais penchant est la avoda « le travail » dans lequel est encore plongé « celui qui sert D.ieu ».


שהוא באמת עבודה ועמל גדול להלחם בו תמיד


C’est effectivement un dur service et labeur que de combattre en permanence son mauvais penchant.


והיינו הבינוני.


C’est là le beinoni.


Cette lutte incessante est celle du beinoni. Il est décrit comme « celui qui sert D.ieu », car il est encore, au moment présent, engagé dans ce service.


אבל הצדיק נקרא עבד ה’ בשם התואר


En revanche, le tsaddik est appelé « serviteur (eved) de D.ieu », par un titre qui définit sa personne elle-même. « Celui qui sert D.ieu », le beinoni, à la différence du tsaddik (« serviteur de D.ieu »), n’est pas défini par un titre mais simplement désigné par un verbe qui exprime une description de ses actes.


כמו שם חכם או מלך שכבר נעשה חכם או מלך


Le terme serviteur est pareil au titre de « sage » ou de « roi », [qui s’applique à celui] qui est déjà devenu sage ou roi.


כך זה כבר עבד וגמר לגמרי עבודת המלחמה עם הרע עד כי ויגרשהו וילך לו ולבו חלל בקרבו.


Lui aussi (le tsaddik) a déjà accompli et complètement achevé ce « service » qu’est la lutte contre le mal de l’âme animale. Il l’a chassé et celui-ci l’a quitté, laissant le siège du mauvais penchant en son cœur « vide au-dedans de lui ». Ayant achevé cette tâche, le tsaddik se voit par conséquent conférer le titre de « serviteur de D.ieu ».


Les expressions « juste » et « celui qui sert D.ieu » ne sont donc pas redondantes. Car l’expression « celui qui sert D.ieu », qui décrit celui qui mène encore le combat spirituel, ne fait pas référence au tsaddik, mais au beinoni. Rabbi Chnéour Zalman va maintenant étudier la différence entre « celui qui sert D.ieu » et « celui qui ne Le sert pas » lequel, comme l’explique le Talmud, n’est pas un racha.


ובבינוני יש גם כן שתי מדרגות עובד אלקים ואשר לא עבדו


Le [degré de] beinoni comprend également deux niveaux : « celui qui sert D.ieu » et « celui qui ne Le sert pas ».


ואף על פי כן אינו רשע


Néanmoins, il n’est pas un racha,


כי לא עבר מימיו שום עבירה קלה


car il n’a jamais commis la moindre transgression d’un commandement négatif tout au long de sa vie,


וגם קיים כל המצות שאפשר לו לקיימן ותלמוד תורה כנגד כולם


et a également accompli tous les commandements positifs qu’il était en son pouvoir d’accomplir, [y compris le devoir d’]étudier la Thora, qui équivaut à tous [les commandements réunis],


ולא פסיק פומיה מגירסא


sa bouche n’ayant jamais cessé d’étudier la Thora, malgré la difficulté impliquée.


אלא


Toutefois, il est défini comme « celui qui ne sert pas D.ieu » car


שאינו עושה שום מלחמה עם היצר


il ne mène aucun combat contre son mauvais penchant,


לנצחו על ידי אור ה’ המאיר על נפש האלקית שבמוח השליט על הלב כנזכר לעיל


pour le vaincre avec l’aide de la lumière divine, qui illumine l’âme divine située dans le cerveau, lequel maîtrise le cœur – comme il a été précédemment expliqué, à savoir que l’âme divine et la lumière divine qui l’illumine sont la réponse du beinoni à son mauvais penchant. « Celui qui ne sert pas D.ieu » ne connaît pas un tel combat,


מפני שאין יצרו עומד לנגדו כלל לבטלו מתורתו ועבודתו ואין צריך ללחום עמו כלל


car son mauvais penchant ne s’oppose pas à lui pour le distraire de son étude de la Thora et de son service [divin] (ce combat n’est donc pas nécessaire).


כגון שהוא מתמיד בלמודו בטבעו מתולדתו על ידי תגבורת המרה שחורה


Par exemple, s’il est, de par sa nature innée, assidu à l’étude du fait de son tempérament mélancolique,


וכן אין לו מלחמה מתאות נשים מפני שהוא מצונן בטבעו


et n’a pas non plus de lutte [à mener contre] des désirs sexuels car il est froid de nature.


וכן בשאר תענוגי עולם הזה הוא מחוסר הרגש הנאה בטבעו


Et de même pour les autres plaisirs de ce monde, il ne lui est pas nécessaire de fournir un effort pour réfréner un désir, car il est naturellement insensible au plaisir.


ולכן אין צריך להתבונן כל כך בגדולת ה’ להוליד מבינתו רוח דעת ויראת ה’ במוחו


C’est pourquoi il ne lui est pas nécessaire de beaucoup méditer sur la grandeur de D.ieu, pour engendrer [à partir] de sa compréhension un esprit de connaissance et une crainte de D.ieu dans son cerveau,


להשמר שלא לעבור על מצות לא תעשה


afin de se garder de transgresser quelque précepte négatif,


ואהבת ה’ בלבו לדבקה בו בקיום המצות ותלמוד תורה כנגד כולן


il n’a pas non plus besoin de générer un sentiment d’amour pour D.ieu en son cœur pour trouver la motivation de s’attacher à Lui par l’accomplissement des commandements positifs, et l’étude de la Thora qui équivaut à tous les autres commandements réunis.


אלא די לו באהבה מסותרת אשר בלב כללות ישראל שנקראו אוהבי שמו


De fait, l’amour latent, présent dans le cœur de tous les juifs, appelés « ceux qui aiment Son Nom », lui suffit pour trouver la motivation d’accomplir les commandements.


Pour qui doit combattre son mauvais penchant, l’amour dissimulé dans le cœur n’est pas suffisant pour vaincre. Il lui faut pour cela éveiller l’amour pour D.ieu à un état actif et révélé. En revanche, pour qui n’a pas à affronter le conflit avec le mal, cet amour latent (accompagné de ses bons traits de caractère naturels) est suffisant.


ולכן אינו נקרא עובד כלל


Aussi n’est-il absolument pas considéré comme « quelqu’un qui sert D.ieu »,


כי אהבה זו המסותרת אינה פעולתו ועבודתו כלל אלא היא ירושתנו מאבותינו לכלל ישראל וכמו שכתוב לקמן.


car cet amour latent n’est aucunement [le produit de] son action et [de] son travail. Il est notre héritage, [légué par] nos Patriarches à tout le peuple juif, comme il sera expliqué par la suite.


Il est désormais établi que deux catégories de beinoni doivent être distinguées : « celui qui sert D.ieu » et « celui qui ne Le sert pas ». S’agissant de cette seconde catégorie, il n’a cependant été, jusqu’ici, question que du beinoni qui n’est pas astreint, de par sa nature, à un difficile combat contre son mauvais penchant. Un second cas va être aborbé maintenant :


וכן אף מי שאינו מתמיד בלמודו בטבעו רק שהרגיל עצמו ללמוד בהתמדה גדולה ונעשה ההרגל לו טבע שני


De même, pour qui n’est pas studieux par nature, mais s’est habitué à étudier avec une grande assiduité, et pour lequel cette habitude est devenue une seconde nature (cette assiduité est devenue naturelle pour lui),


די לו באהבה מסותרת זו אלא אם כן רוצה ללמוד יותר מרגילותו


cet amour latent [pour D.ieu] lui est maintenant suffisant, à moins qu’il ne désire étudier plus qu’à son habitude.


Il doit pour cela éveiller un sentiment d’amour pour D.ieu révélé en son cœur. Seul un tel amour peut lui donner la force nécessaire pour dépasser les limites de cette seconde nature.


ובזה יובן מה שכתוב בגמרא דעובד אלקים היינו מי ששונה פרקו מאה פעמים ואחד ולא עבדו היינו מי ששונה פרקו מאה פעמים לבד


Cela permettra de comprendre ce que dit le Talmud, à savoir que « celui qui sert D.ieu » fait référence à celui qui révise son étude cent une fois, tandis que « celui qui ne Le sert pas » fait référence à celui qui ne révise que cent fois ce qu’il a étudié.


De fait, il paraît étrange que la cent-unième révision l’emporte sur toutes les précédentes, et confère à l’étudiant la désignation d’« homme qui sert D.ieu ».


והיינו משום שבימיהם היה הרגילות לשנות כל פרק מאה פעמים


La raison en est qu’à leur époque (l’époque talmudique), l’habitude était de réviser chaque leçon cent fois.


Une telle révision n’exigeait donc aucun effort : elle était comme une seconde nature. Seule la cent-unième révision, qui demandait un effort accru de la part de l’étudiant qui voulait dépasser son habitude, pouvait lui conférer cette appellation d’« homme qui sert D.ieu ».


כדאיתא התם בגמרא משל משוק של חמרים שנשכרים לעשר פרסי בזוזא ולאחד עשר פרסי בתרי זוזי מפני שהוא יותר מרגילותם.


Comme le Talmud cite pour illustrer cette idée l’exemple d’un marché d’âniers qui demandent un zouz pour [parcourir une distance de] dix parasanges (mille perse), et deux zouz, pour onze parasanges, parce que [le onzième parasange] dépasse leur habitude.


ולכן זאת הפעם המאה ואחת היתרה על הרגילות שהורגל מנעוריו שקולה כנגד כולן


C’est pourquoi cette cent-unième [révision], qui dépasse l’habitude prise depuis son jeune âge, est équivalente à toutes [les cent révisions précédentes réunies].


ועולה על גביהן ביתר שאת ויתר עז להיות נקרא עובד אלקים


et les surpasse [en qualité], dans sa force et sa puissance, [ce qui justifie] qu’il (l’étudiant) soit désigné comme « celui qui sert D.ieu ».


מפני שכדי לשנות טבע הרגילות צריך לעורר את האהבה לה’ על ידי שמתבונן בגדולת ה’ במוחו


Car pour changer la nature [imprimée par] l’habitude, il faut éveiller en soi l’amour pour D.ieu, en méditant dans son cerveau sur la grandeur de D.ieu,


לשלוט על הטבע שבחלל השמאלי המלא דם הנפש הבהמית שמהקליפה


afin de maîtriser la nature située dans le côté gauche [du cœur], le siège de l’âme animale, qui est plein du sang de l’âme animale issue de la klipa,


שממנה הוא הטבע


d’où est issue la nature. Le pouvoir de cet amour lui permet de dépasser sa nature.


וזו היא עבודה תמה לבינוני.


Et ceci le fait de soumettre la nature de son âme animale par le moyen d’un amour pour D.ieu engendré par la méditation – est un service parfait pour le beinoni.


או לעורר את האהבה המסותרת שבלבו


Ou bien une autre forme de service pour le beinoni consiste à éveiller l’amour latent [pour D.ieu] présent naturellement à l’état latent en son cœur,


למשול על ידה על הטבע שבחלל השמאלי


pour ainsi dominer la nature située dans le côté gauche [du cœur].


שזו נקרא גם כן עבודה


Cela est également appelé un service quoique imparfait


להלחם עם הטבע והיצר על ידי שמעורר האהבה המסותרת בלבו


que de combattre sa nature et son penchant en éveillant l’amour dissimulé en son cœur.


מה שאין כן כשאין לו מלחמה כלל


Alors que lorsqu’il ne mène aucun combat, c’est-à-dire qu’il ne fournit pas même l’effort d’éveiller cet amour latent, son étude étant alors enfermée dans les limites de son assiduité naturelle. Bien qu’il emploie son amour latent pour D.ieu dans son service divin, néanmoins,


אין אהבה זו מצד עצמה נקראת עבודתו כלל.


cet amour en tant que tel n’est nullement considéré comme « son effort », aussi est-il défini comme « celui qui ne sert pas D.ieu ».


Pour se voir désigner comme « celui qui sert D.ieu », le beinoni doit donc mener un combat contre son mauvais penchant, par le moyen d’un amour pour D.ieu engendré par la méditation ou, à tout le moins, en dévoilant l’amour pour D.ieu latent en son cœur.

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