Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 3

Likoutei Amarim Chapitre 3 _______________


פרק ג


והנה כל בחינה ומדרגה משלש אלו נפש רוח ונשמה כלולה מעשר בחינות


Or, chacun de ces trois niveaux – néfech, roua’h et néchama – est composé de dix facultés,


כנגד עשר ספירות עליונות שנשתלשלו מהן


qui correspondent aux dix Séfirot supérieures (manifestations divines), dont elles sont issues à travers l’ordre de l’enchaînement des mondes,


הנחלקות לשתים


lesquelles les dix Séfirot sont divisées en deux catégories générales.


שהן שלש אמות ושבע כפולות


Ces deux catégories sont les trois « mères », trois de ces Séfirot sont appelées « mères » car elles sont la source des sept autres Séfirot, et les sept « doubles » – les sept attributs divins, appelés « doubles » car chaque attribut émotionnel se manifeste sous deux aspects, comme il sera expliqué par la suite.


פירוש חכמה בינה ודעת ושבעת ימי הבנין חסד גבורה תפארת כו’


‘Hokhma (« la sagesse »), Bina (« la compréhension ») et Da’at (« la connaissance ») sont les trois Séfirot appelées « mères », et les sept doubles sont les attributs émotionnels appelés « les sept jours de la création » : ‘Hessed (« la bonté »), Guévoura (« la sévérité »), et Tiféret (« la beauté »), etc. (les quatre autres sont : Nétsa’h (« la victoire »), Hod (« la splendeur »), Yessod (« le fondement »), et Malkhout (« la royauté »).


Ces sept attributs sont appelés « les sept jours de la création » car c’est par leur intermédiaire que D.ieu créa le monde. Chaque jour de la création se manifesta un attribut divin particulier : le premier jour, ‘Hessed fut prédominant, le second, Guévoura, et ainsi de suite…


וכך בנפש האדם שנחלקת לשתים שכל ומדות.


De même que les dix Séfirot sont divisées en deux catégories générales, ainsi [les dix facultés de] l’âme de l’homme sont[-elles] divisées en deux catégories générales : seikhel (« l’intellect ») et middot (« les facultés émotionnelles »).


השכל כולל חכמה בינה ודעת והמדות הן אהבת ה’ ופחדו ויראתו ולפארו כו’


[La catégorie de] l’intellect comprend les trois facultés intellectuelles : ‘Hokhma, Bina, et Da’at (‘HaBaD) ; et les facultés émotionnelles qui portent les mêmes noms que les sept Séfirot qui leur correspondent : ‘Hessed, Guévoura…, sont l’amour de D.ieu, la peur et la crainte [de D.ieu], la glorification [de D.ieu], etc.


L’amour et le ‘Hessed (« la bonté ») sont liés parce qu’ils sont respectivement l’aspect intérieur (sentimental) et extérieur (pratique) du même trait. La peur et la crainte de D.ieu correspondent à Guévoura, parce qu’elles sont son aspect intérieur…


וחב”ד נקראו אמות ומקור למדות כי המדות הן תולדות חב”ד.


‘HaBaD (les facultés intellectuelles) sont appelées les mères et la source des middot, les facultés émotionnelles, car les middot naissent de HaBaD.


A ce point, il convient d’expliquer brièvement la fonction des facultés ‘Hokhma, Bina, et Da’at (dont l’acronyme est ‘HaBaD), mentionnées à plusieurs reprises dans les chapitres qui suivent. ‘Hokhma, qui est également appelée « barak hamavrik » (« l’éclair qui illumine ») produit le premier éclair de l’intellect, par lequel s’aperçoit l’idée en ce qu’elle a d’essentiel, son point séminal. La construction interne, le contenu détaillé de cette idée, cependant, se tiennent encore comme en réserve, n’apparaissent pas dans leur transparence. (La ‘hassidout utilise l’image d’un point qui comporte une longueur et une largeur sans que celles-ci apparaissent à l’évidence.) Ainsi, tendu vers la solution d’un problème, perçoit-on d’abord, dans un éclair intuitif, qu’il peut être résolu par tel mode de raisonnement. A cet instant, les détails de la solution effective sont encore ignorés. Pourtant, on sait, d’ores et déjà, que le principe en est découvert. La faculté de Bina (« la compréhension ») entre alors en jeu. Par le truchement d’une profonde réflexion, l’idée s’éclaircit, ses détails apparaissent et se cristallisent, jusqu’à ce qu’elle devienne parfaitement claire, pour reprendre la terminologie de la ‘hassidout : « dans toute sa largeur et sa longueur ». Aussi nos Sages décrivent-ils la fonction de Bina par l’expression « mévin davar mitokh davar », « comprendre (ou déduire) une chose d’une autre ». C’est-à-dire que ce qui était auparavant condensé dans l’éclair intuitif de ‘Hokhma est maintenant pleinement révélé et parfaitement compris. Après que l’idée a été ainsi comprise dans tous ses détails et toutes ses ramifications, elle peut être l’objet d’une profonde méditation et celui qui médite en vient alors, en quelque sorte, à faire corps avec elle, au point de dépasser le stade de la seule compréhension, pour véritablement la ressentir. C’est au terme d’un tel processus qu’on peut être effectivement sensible à une idée. Par exemple, la compréhension de la valeur de tel objet éveillera un sentiment d’amour à son égard ; si, au contraire, c’est son caractère nocif qui est compris, c’est un sentiment de crainte qui en résultera. Cette faculté de se pénétrer d’un concept jusqu’à en éprouver une émotion est appelée Da’at (« la connaissance »). Ce terme se rapporte étymologiquement à l’expression du verset : « et Adam connut Eve », où le verbe connaître dénote l’attachement et l’union. On peut à présent reprendre l’étude du texte :


וביאור הענין כי הנה השכל שבנפש המשכלת שהוא המשכיל כל דבר


L’explication (des trois opérations intellectuelles décrites précédemment) est la suivante : la faculté intellectuelle de l’âme rationnelle qui conçoit chaque chose (c’est-à-dire la faculté qui perçoit le point séminal d’une idée en produisant le premier éclair d’illumination, comme il vient d’être expliqué)


נקרא בשם חכמה כ”ח מ”ה


est appelée ‘Hokhma, [terme qui est composé des deux mots] Koa’h Mah – « la faculté du quoi ».


En ce qui concerne la faculté ‘Hokhma, on ne peut que s’interroger : « Ma ? » (« Quoi ? », « Qu’est-ce que c’est ? ») – car à ce stade, l’idée n’est pas encore limpide et logiquement compréhensible.


וכשמוציא כחו אל הפועל שמתבונן בשכלו להבין דבר לאשורו


Et quand il exprime cette idée condensée de l’état potentiel à l’état effectif, c’est-à-dire qu’il réfléchit au moyen de son intellect sur le point séminal de ‘Hokhma, pour le comprendre dans sa plénitude –


En d’autres termes, sont pensés l’ensemble des détails qui constituent la totalité de l’idée particulière en sa « longueur » et sa « largeur ». Ces deux métaphores traditionnelles ont un sens précis. La « longueur » fait référence à l’étendue d’une idée : lorsqu’un concept profond est amené à un niveau où il peut être plus aisément compris (par exemple, au moyen d’une parabole), on dit qu’il a été « étendu ». Il est ainsi devenu plus intelligible. Pour celui dont l’esprit est moins agile, une seconde parabole expliquant la première peut être nécessaire : le concept sera alors davantage « étendu ». (Ainsi est-il du Roi Salomon qu’« il donna trois mille paraboles ». La sagesse du roi Salomon était si subtile qu’il devait donner trois mille paraboles pour expliquer une seule de ses pensées ; une parabole pour expliquer le concept lui-même, une seconde parabole pour expliquer la première… pour en arriver à trois mille paraboles – exemple qui illustre la « longueur » d’une idée.) La « largeur » d’une idée, signifie, quant à elle, la multitude des détails qui la composent, ainsi que ses ramifications et corollaires. Par exemple, la logique qui sous-tend une règle halakhique concernant les lois de kacherout peut également trouver une application dans les lois relatives aux litiges financiers. C’est là la signification du mot laachouro (« pleinement ») – comprendre le concept intellectuel dans son intégralité, dans sa longueur et dans sa largeur.


ולעמקו


Ainsi, quand un homme médite sur une idée dans sa plénitude et dans sa profondeur,


מתוך איזה דבר חכמה המושכל בשכלו


à partir du concept conçu en son intellect, (en d’autres termes, lorsqu’il comprend de façon détaillée ce qui n’était, avant sa réflexion, qu’un point imprécis de ‘Hokhma),


נקרא בינה


cela est appelé Bina. (Bina est la faculté qui analyse les détails de chaque concept et le comprend « pleinement » et « en profondeur ».)


והן הם אב ואם המולידות אהבת ה’ ויראתו ופחדו


Ils (‘Hokhma et Bina) sont le « père » et la « mère » qui engendrent l’amour pour D.ieu, ainsi que la crainte (yirah) et la peur (pa’had) à Son égard.


כי השכל שבנפש המשכלת כשמתבונן ומעמיק מאד בגדולת ה’


Car, lorsque l’intellect de l’âme rationnelle médite et réfléchit très profondément sur la grandeur de D.ieu,


איך הוא ממלא כל עלמין


comment Il emplit tous les mondes,


c’est-à-dire comment D.ieu anime l’ensemble de la création avec une lumière, une force vitale immanente (tout comme l’âme pénètre et donne vie à chaque membre du corps) – une force vitale divine qui emplit chaque créature et s’unit avec elle, s’adaptant à son être particulier.


וסובב כל עלמין


et comment Il enveloppe tous les mondes,


Il agit également sur les mondes par une lumière, une force vitale divine trop élevée pour être reçue intérieurement. Cette lumière transcendante exerce une influence sans être ressentie.


וכולא קמיה כלא חשיב


ou encore, un autre aspect de la grandeur de D.ieu, à savoir comment toute la création est considérée comme néant devant Lui,


נולדה ונתעוררה מדת יראת הרוממות במוחו ומחשבתו


quand il médite et réfléchit profondément sur l’un de ces aspects de la grandeur de D.ieu, la crainte à l’égard de la Majesté divine naît et est éveillée dans son cerveau et sa pensée,


לירא ולהתבושש מגדולתו יתברך שאין לה סוף ותכלית


[c’est-à-dire] la crainte et l’humilité devant Sa grandeur Béni soit-Il, qui n’a ni fin ni limite,


En d’autres termes, un sentiment d’humilité et de honte se mêle à sa crainte de D.ieu, à l’image de la crainte que l’on ressent en présence d’un sage ou d’un juste éminent, crainte qui se traduit par un état d’humilité à son égard.


ופחד ה’ בלבו


et une peur de D.ieu est engendrée en son cœur.


Ainsi, la méditation sur la grandeur de D.ieu éveille la crainte et la peur à Son égard – une manifestation de l’attribut de Guévoura.


ושוב יתלהב לבו באהבה עזה כרשפי אש בחשיקה וחפיצה ותשוקה ונפש שוקקה


Puis, cette contemplation donnera naissance à un amour pour D.ieu (manifestation de l’attribut de ‘Hessed), si bien que son cœur s’enflammera d’un puissant amour pour D.ieu semblable à des flammes ardentes, avec une passion, un désir, une envie et une âme languissante


לגדולת אין סוף ברוך הוא


(chacune de ces expressions : « flammes ardentes », « passion »…, dénote un niveau d’amour différent) pour la grandeur de D.ieu, Béni soit-Il.


והיא כלות הנפש כדכתיב נכספה וגם כלתה נפשי וגו’ וכתיב צמאה נפשי לאלקים וגו’ וכתיב צמאה לך נפשי וגו’


C’est là le sens du terme kalout hanéfech (« une passion consumante de l’âme »), ainsi qu’il est dit : « Mon âme [Te] désire, elle défaille… » et :« Mon âme a soif de D.ieu… » et encore : « Mon âme a soif de Toi… »


Cet amour pour D.ieu est si intense que l’âme risquerait d’être consumée par ses flammes ardentes et d’abandonner le corps. Et de fait, si ce danger n’était pas anticipé et cet amour dès lors contenu, l’homme quitterait ce monde. Mais il freine son aspiration pour que son âme reste vêtue de son enveloppe corporelle – l’unique possibilité pour lui d’accomplir la mission divine qui lui incombe.


והצמאון הוא מיסוד האש שבנפש האלקית


Cette soif d’amour dérive de l’élément de feu de l’âme divine ;


וכמו שכתבו הטבעיים וכן הוא בעץ חיים שיסוד האש הוא בלב


[en effet,] comme les naturalistes l’expliquent, et c’est également [ce qui est écrit] dans le Ets ‘Haïm, l’élément de feu est dans le cœur,


ומקור המים והליחות מהמוח


tandis que la source de l’[élément d’]eau et d’humidité est dans le cerveau.


וכמו שכתוב בעץ חיים שער נ’ שהיא בחינת חכמה שנקרא מים שבנפש האלקית


Et comme il est expliqué dans le Ets ‘Haïm, porte 50, la source de l’élément d’eau est le niveau de ‘Hokhma, qui est appelé « l’eau de l’âme divine ».


Parce que le cœur est le siège des sentiments (la chaleur), on dit qu’il est la demeure de l’élément de feu. A l’opposé, le cerveau, siège de l’intellect « froid », de la sérénité et de l’intelligence mesurée, est la source de l’élément d’eau. Il en est de même de l’intellect et des sentiments de l’âme divine : l’ardeur et la passion de l’amour éprouvé envers D.ieu s’expriment dans le cœur. Cette passion est si intense que l’âme désire quitter le corps (kalout hanéfech). Toutefois, le cerveau demeure froid. Son aptitude à apprécier calmement une situation lui permet de comprendre que D.ieu a pour volonté que l’âme demeure vêtue du corps afin d’accomplir la Thora et les commandements. Cette prise de conscience refroidit, apaise l’ardeur du cœur et empêche l’âme de se consumer dans le kalout hanéfech. Rabbi Chnéour Zalman a décrit jusqu’à présent le processus d’éveil des deux middot principales : l’amour et la crainte de D.ieu à partir de l’intellect. Qu’en est-il des autres ?


ושאר המדות כולן הן ענפי היראה והאהבה ותולדותיהן כמו שכתוב במקום אחר


Les cinq autres middot sont toutes des branches et des dérivés de la crainte et de l’amour (elles naissent donc, elles aussi, de ‘Hokhma et Bina), comme il est expliqué ailleurs.


Ce qui a été dit jusqu’à présent explique pourquoi ‘Hokhma et Bina sont appelées le « père » et la « mère » des middot, car c’est au moyen de la réflexion de ‘Hokhma et Bina que naissent les middot, les sentiments. Tout comme la goutte de semence qui procède du cerveau du père renferme, de façon comprimée et dissimulée, tous les membres du corps de l’enfant, le point séminal d’une idée comprend, de manière voilée, tous les détails de cette idée. Et à l’image de la mère qui, à partir de leur état d’abord dissimulé, révèle les membres de l’enfant, et les amène à un état d’achèvement, ainsi, Bina révèle, étend, et élucide le concept dans tous ses détails. Mais quelle est, dans ces conditions, la fonction de Da’at, la troisième faculté intellectuelle ? Da’at est, elle aussi, comme il a été expliqué, mère et source des middot. Comment participe-t-elle au processus de leur naissance ? C’est ce qui va être étudié à présent.


והדעת הוא מלשון והאדם ידע את חוה והוא לשון התקשרות והתחברות


Da’at (la connaissance), dont l’étymologie peut être trouvée dans le verset : « Et Adam connut (ידע) Eve », dénote l’attachement et l’union.


שמקשר דעתו בקשר אמיץ וחזק מאוד ויתקע מחשבתו בחוזק בגדולת אין סוף ברוך הוא ואינו מסיח דעתו


Le concept de Da’at appliqué à l’âme divine signifie que [l’homme] attache son esprit par un lien ferme et solide, fixe sa pensée sur la grandeur de D.ieu, et n’en distrait pas son esprit. En d’autres termes, l’idée conçue dans ‘Hokhma et développée dans Bina est pleinement intégrée dans l’esprit par l’exercice de cette concentration, Da’at.


כי אף מי שהוא חכם ונבון בגדולת אין סוף ברוך הוא הנה אם לא יקשר דעתו ויתקע מחשבתו בחוזק ובהתמדה


Car même celui qui est sage (en référence à la faculté de ‘Hokhma) et doué de discernement (par référence à la faculté de Bina), pour comprendre par celles-ci la grandeur du Ein Sof Béni soit-Il, s’il n’attache pas son esprit et ne fixe pas fermement et avec constance sa pensée sur l’idée qu’il a comprise,


לא יוליד בנפשו יראה ואהבה אמיתית כי אם דמיונות שוא


il n’engendrera pas en son âme une crainte et un amour véritables, mais seulement de vaines illusions.


Son amour et sa crainte de D.ieu ne seront que le produit de son imagination. Il n’est possible d’éprouver de véritables sentiments de crainte et d’amour qu’à travers Da’at, la profonde concentration.


ועל כן הדעת הוא קיום המדות וחיותן


C’est pourquoi Da’at est [la faculté qui donne] existence et vie aux middot, (et elle est pour cette raison appelée une « mère » des middot car c’est seulement par elle que peuvent naître des middot pleinement vivantes et pérennes)


והוא כולל חסד וגבורה פירוש אהבה וענפיה ויראה וענפיה


et comprend ‘Hessed et Guévoura, c’est-à-dire l’amour et les middot qui sont ses dérivés, ainsi que la crainte et ses dérivés.

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