Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 20

Likoutei Amarim Chapitre 20 _______________


Dans les chapitres précédents, a été étudiée l’affirmation de la Thora selon laquelle « il est très proche », c’est-à-dire aisé, d’accomplir tous les commandements de la Thora avec amour et crainte de D.ieu. Le caractère très accessible d’un tel service provient de l’amour naturel pour D.ieu intrinsèque à chaque juif. Cet amour provient de la faculté de ‘Hokhma (la sagesse) de l’âme divine, dont est revêtue la lumière du Ein Sof. C’est cet amour qui fait qu’un juif, quel que soit son niveau spirituel, est prêt à donner sa vie, plutôt que de nier l’unité de D.ieu. Et en fait, s’il ressentait que chaque faute l’éloigne de Lui, il ne fauterait jamais, car son amour pour D.ieu et la crainte de se séparer de Lui ne le lui permettraient pas. C’est seulement ce que nos Sages appellent un « esprit de folie », une inconscience inspirée par la klipa et qui donne l’illusion que la faute ne porte pas atteinte à son attachement avec D.ieu, qui l’incite à fauter. Cependant, lorsqu’il est mis en demeure d’accepter l’idolâtrie, cette illusion n’est plus possible : il lui apparaît clairement alors que c’est le lien même qui l’attache à D.ieu qui risque d’être rompu. Cet amour intrinsèque se dévoile alors et, aussi pécheur qu’il soit, il est prêt à endurer les pires souffrances plutôt que d’abandonner sa foi en l’unité de D.ieu. C’est ce même pouvoir de sacrifice de soi, explique Rabbi Chnéour Zalman, qui peut aussi donner la force au juif de refuser toute transgression, et d’accomplir tous les commandements. Or, si seule une épreuve où la foi est clairement remise en question permet d’éveiller cet amour, comment cet amour peut-il inspirer l’accomplissement de tous les commandements  ? Dans le chapitre qui suit, Rabbi Chnéour Zalman commence à construire la réponse à cette question en expliquant le lien fondamental qui relie le précepte de la foi en l’unité de D.ieu (le premier des dix commandements « Je suis l’Eternel ton D.ieu ») et tous les commandements positifs d’une part, et d’autre part, l’interdiction relative à l’idolâtrie (le second commandement dans le Décalogue : « Tu n’auras point d’autres dieux… ») et tous les commandements négatifs.


פרק כ'


והנה מודעת זאת לכל כי מצות ואזהרת עבודה זרה שהם שני דברות הראשונים אנכי ולא יהיה לך הם כללות כל התורה כולה.


Or, il est connu de tous que le commandement [positif] de croire en l’unité de D.ieu, et la mise en garde relative à l’idolâtrie, qui constituent les deux premiers commandements [dans le Décalogue] : « Je suis [l’Eternel ton D.ieu] » et « Tu n’auras point [d’autres dieux] », comprennent la Thora toute entière.


כי דבור אנכי כולל כל רמ"ח מצות עשה ולא יהיה לך כולל כל שס"ה מצות לא תעשה


Car le commandement « Je suis [l’Eternel ton D.ieu] » comprend tous les 248 préceptes positifs, et [le commandement] « Tu n’auras point [d’autres dieux] » comprend tous les 365 préceptes négatifs.


ולכן שמענו אנכי ולא יהיה לך לבד מפי הגבורה כמאמר רבותינו ז"ל מפני שהם כללות התורה כולה.


C’est pourquoi nous n’avons entendu que [ces deux commandements :] « Je suis [l’Eternel ton D.ieu] » et « Tu n’auras point [d’autres dieux] » directement de D.ieu, alors que les huit autres commandements furent transmis par l’intermédiaire de Moïse, comme l’expliquent nos Sages, car ils sont la généralité de la Thora toute entière.


Chaque juif entendit donc toute la Thora de D.ieu Lui-même, puisque tous les commandements sont inclus dans ces deux préceptes comme les détails d’une généralité. Par conséquent, de même que l’amour de D.ieu inspire l’observance de ces deux commandements, même au prix de sa vie, il peut également inspirer l’accomplissement de tous les autres commandements. Il reste pourtant nécessaire d’éclaircir l’idée même de relation fondamentale entre ces deux commandements et tous les autres. Comment comprendre que les commandements positifs soient considérés comme une affirmation de l’unité de D.ieu et les transgressions comme une manifestation d’idolâtrie ? Certes, il semble clair que la foi en D.ieu constitue le fondement de tous les commandements. La Mekhilta illustre cette idée par la parabole d’un roi qui entre dans un pays et se voit solliciter par les habitants d’instaurer parmi eux une législation. Le roi répond : « Acceptez en premier lieu ma royauté ; puis, je promulguerai mes décrets ». De même, la foi dans le D.ieu Unique est le fondement sur lequel s’appuient tous les commandements. Mais il faut comprendre pourquoi les deux commandements relatifs à l’unité divine sont considérés comme la Thora toute entière, tous les autres commandements n’étant qu’une extension de ceux-ci. L’explication de cette idée se fonde sur une définition plus profonde du concept de l’unité de D.ieu La notion d’unité de D.ieu ne signifie pas simplement qu’il n’est pas d’autre Créateur, mais plutôt que D.ieu est le seul être existant. Toute existence est néant absolu devant Lui et ne fait qu’un avec Lui. Quand un homme agit à l’encontre de la Volonté divine, qui s’exprime dans les commandements, il se détache donc de D.ieu, comme s’il était une entité séparée et indépendante. Cela même constitue un déni de l’unité de D.ieu, et l’homme qui transgresse est considéré, dans cette perspective, comme un idolâtre. C’est cette idée que Rabbi Chnéour Zalman va maintenant expliquer en détail.


ולבאר היטב ענין זה צריך להזכיר תחלה בקצרה ענין ומהות אחדותו של הקדוש ברוך הוא שנקרא יחיד ומיוחד


Pour expliquer clairement cette idée, il est nécessaire, au préalable, d’évoquer brièvement l’idée et l’essence de l’unité de D.ieu, Qui est appelé « Un et Unique ».


Il faut comprendre la signification de cette expression, qui se prête à maintes interprétations : il n’est qu’un D.ieu, un Créateur ; Il est un Etre un, qui n’est pas composé de plusieurs forces…


וכל מאמינים שהוא לבדו הוא כמו שהיה קודם שנברא העולם ממש שהיה הוא לבדו


Tous ont foi qu’Il est Un, seul, maintenant, après la création, exactement comme Il l’était avant que le monde ne fut créé, quand Il était seul [de toute évidence], puisque rien n’existait alors. Le peuple juif affirme sa foi dans ce qu’à présent comme avant la genèse, il n’est nulle autre existence que D.ieu.


וכמו שכתוב אתה הוא עד שלא נברא העולם אתה הוא משנברא כו'


Comme il est écrit dans le texte de la prière : « Tu es Celui Qui était avant que le monde ne fut créé, et Tu es Celui Qui est depuis que le monde a été créé. »


Si cette louange ne se prêtait qu’à une interprétation littérale, à savoir que D.ieu est éternel, sans début, ni fin, il aurait pu être simplement écrit : « Tu étais avant que le monde ne fut créé. » Pourquoi la périphrase « Tu es Celui Qui était avant que le monde ne fut créé… » est-elle nécessaire ?


פירוש הוא ממש בלי שום שינוי כדכתיב אני ה' לא שניתי


Cela (l’emphase de la phrase répétée : « Tu es Celui Qui… ») signifie que D.ieu est exactement le même « Celui » avant et après la création, sans aucun changement, comme il est dit : « Moi, D.ieu, Je n’ai pas changé » avant et après la création. Comme il va être expliqué, D.ieu est toujours Un et unique, malgré la présence de myriades d’êtres.


כי עולם הזה וכן כל העולמות העליונים אינם פועלים שום שינוי באחדותו יתברך בהבראם מאין ליש


Car ce monde, ainsi que tous les mondes supérieurs, n’effectuent aucun changement dans Son unité du fait de leur création ex nihilo.


שכמו שהיה הוא לבדו הוא יחיד ומיוחד קודם הבראם כן הוא לבדו הוא יחיד ומיוחד אחר שבראם


De la même manière que D.ieu était Un, seul, et unique, avant qu’ils n’aient été créés, ainsi est-il Un, seul, et unique, après qu’Il les a créés.


Comment peut-il en être ainsi ? Que dire de toutes les créatures présentes devant Lui ?


משום דכולא קמיה כלא חשיב וכאין ואפס ממש


Cette affirmation est vraie parce que tout est comme néant devant Lui, et comme absolument inexistant.


Il va s’agir à présent d’élucider cette idée. Voici un bref aperçu de l’explication donnée : toute la création est venue à l’existence par la Parole de D.ieu. Pour l’homme, un mot prononcé est sans aucune importance comparé à la faculté de parler elle-même car cette faculté contient la potentialité illimitée de discourir. A fortiori en est-il ainsi d’un mot comparé à la faculté de penser, car c’est la pensée qui est à la source de la parole. Par rapport à l’âme elle-même, qui est la source de la pensée et de la parole, un mot (ou même plusieurs mots) sont totalement insignifiants. Combien plus la parole de D.ieu, qui représente Sa force créatrice, est-elle donc considérée comme totalement inexistante par rapport à Lui, Qui est infini. Le passage qui suit est une exposition étendue de ce concept, qui se poursuit au chapitre suivant.


כי התהוות כל העולמות עליונים ותחתונים מאין ליש וחיותם וקיומם המקיימם שלא יחזרו להיות אין ואפס כשהיה


Car la venue à l’existence des mondes supérieurs et inférieurs ex nihilo, leur vie, et leur existence, [c’est-à-dire la force] qui les maintient de sorte qu’ils ne retournent pas au néant, comme auparavant avant la création,


En effet, si, lorsqu’il en retire ses mains, l’œuvre de l’artisan garde le même état et la même forme, l’existence continue de la création, qui est une existence ex nihilo, dépend du renouvellement continuel de la force créatrice. Si cette force cessait, toute la création retournerait au néant. Et cette force, qui anime et maintient toute la création


אינו אלא דבר ה' ורוח פיו יתברך המלובש בהם.


n’est autre que la Parole de D.ieu et le « souffle de Sa bouche » qui en est revêtu.


ולמשל כמו בנפש האדם כשמדבר דבור אחד שדבור זה לבדו כלא ממש אפילו לגבי כללות נפשו המדברת


Pour prendre un exemple emprunté à l’âme humaine : lorsqu’il [l’homme] prononce un mot, ce seul mot est considéré comme absolument rien même quand il est seulement comparé à la totalité de son âme articulée (c’est-à-dire la faculté de la parole)


שהוא בחינת לבוש האמצעי שלה שהוא כח הדבור שלה


qui est le vêtement, c’est-à-dire l’instrument d’expression intermédiaire de l’âme, à savoir sa faculté de parole.


L’âme a trois vêtements qui sont ses trois moyens d’expression  : la pensée, la parole, et l’action. La parole est le vêtement intermédiaire ; l’action est inférieure, et la pensée supérieure. Un seul mot prononcé n’a aucune valeur par rapport à cette faculté,


שיכול לדבר דבורים לאין קץ ותכלית


étant donné qu’elle cette faculté peut produire une infinité de mots – comparé à l’infini, un mot n’a aucune valeur.


En pratique, le nombre de mots qu’un homme peut exprimer est limité. Néanmoins, cela est seulement dû aux organes de la parole. Mais la capacité de parole de l’âme en tant que telle est illimitée.


וכל שכן לגבי בחינת לבוש הפנימי שלה שהוא המחשבה שממנה נמשכו הדבורים והיא חיותם


A fortiori, un mot est-il considéré comme rien comparé au vêtement intérieur [de l’âme], c’est-à-dire au vêtement qui est le plus proche de l’âme elle-même, à savoir [sa faculté de] pensée, qui est la source des paroles et leur vitalité.


ואין צריך לומר לגבי מהות ועצמות הנפש שהן עשר בחינותיה הנזכרות לעיל חכמה בינה דעת כו'


Et il est inutile de dire que ce mot n’est rien comparé à l’essence et l’être de l’âme, qui sont ses dix attributs précédemment mentionnés : ‘Hokhma, Bina, Da’at, etc. et les sept attributs émotionnels,


שמהן נמשכו אותיות מחשבה זו המלובשות בדבור זה כשמדבר


d’où sont issues les « lettres » de la pensée qui sont revêtues de la parole lorsqu’elle est prononcée.


Les pensées humaines étant de nature intellectuelle ou émotionnelle, elles dérivent des facultés intellectuelles ou émotionnelles de l’âme. Ces « lettres » de la pensée descendent ensuite de niveau à travers la parole.


כי המחשבה היא גם כן בחינת אותיות כמו הדבור רק שהן רוחניות ודקות יותר


Car la pensée aussi, comme la parole, consiste en des lettres, si ce n’est que [les lettres de la pensée] sont plus spirituelles et plus subtiles – la pensée et la parole partagent donc une caractéristique en commun.


אבל עשר בחינות חכמה בינה דעת כו' הן שרש ומקור המחשבה ואין בהם בחינת אותיות עדיין קודם שמתלבשות בלבוש המחשבה.


Mais les dix attributs – ‘Hokhma, Bina, Da’at, etc. – sont la racine et la source de la pensée et n’ont pas d’aspect de lettres avant de se revêtir du vêtement de la pensée.


Les lettres se forment seulement quand on concentre sa pensée sur une idée ou sur un sentiment, comme il sera expliqué par la suite. Puisque les forces intellectuelles et émotionnelles de l’âme sont à ce point subtiles et immatérielles, elles sont d’un ordre différent, plus sublime et plus spirituel que la pensée, et le mot prononcé n’a certainement aucune valeur comparé à ces facultés. Rabbi Chnéour Zalman va maintenant étudier le processus de formation des lettres de la pensée.


למשל כשנופלת איזו אהבה וחמדה בלבו של אדם קודם שעולה מהלב אל המוח לחשב ולהרהר בה


Par exemple, quand un certain amour ou désir se manifeste soudainement dans le cœur de l’homme, avant que celui-ci ne monte de son cœur vers son cerveau pour qu’il y pense et y médite,


אין בה בחינת אותיות עדיין רק חפץ פשוט וחשיקה בלב אל הדבר ההוא הנחמד אצלו


il [ce sentiment] ne comprend pas encore d’aspect de lettres. C’est seulement un pur désir et une aspiration pour l’objet désiré.


וכל שכן קודם שנפלה התאוה והחמדה בלבו לאותו דבר רק היתה בכח חכמתו ושכלו וידיעתו


A fortiori, avant que le désir et l’appétit pour cet objet ne soient apparus en son cœur, quand il se trouvaient [confinés] au niveau de l’intellect (‘Hokhma), la compréhension (Bina), et la connaissance (Da’at),


שהיה נודע אצלו אותו דבר שהוא נחמד ונעים וטוב ויפה להשיגו ולידבק בו כגון ללמוד איזו חכמה או לאכול איזה מאכל ערב


c’est-à-dire que cette chose était connue de lui comme désirable et agréable, [une chose] qu’il est bon d’obtenir et à laquelle il est bon de s’attacher ; par exemple, le fait d’étudier une certaine discipline, ou de consommer quelque mets délicat – à cet état d’appréciation intellectuel de l’objet désirable, avant que cette appréciation ne se soit développée en émotion, on ne peut certainement pas parler de « lettres ».


רק לאחר שכבר נפלה החמדה והתאוה בלבו בכח חכמתו ושכלו וידיעתו


C’est seulement après que le désir et l’aspiration sont déjà descendus exprimés en son cœur, au moyen de la sagesse (‘Hokhma), la compréhension (Bina), et la connaissance (Da’at),


ואחר כך חזרה ועלתה מהלב למוח לחשב ולהרהר בה איך להוציא תאותו מכח אל הפועל להשיג המאכל או למידת החכמה בפועל


et qu’ils ce désir et cette aspiration sont à nouveau remontés du cœur vers le cerveau, de sorte qu’il pense et réfléchisse à la façon de réaliser son désir en obtenant ce mets ou en étudiant ce sujet,


הרי בכאן נולדו בחינת אותיות במוחו שהן אותיות כלשון עם ועם המדברים והמהרהרים בהם כל ענייני העולם.


c’est seulement, alors, quand il concentre ses pensées sur la réalisation de son désir que des « lettres » apparaissent en son esprit, suivant la langue de chacune des nations, qui emploient ces lettres en parlant et en pensant tous les sujets du monde (chacun pensant et s’exprimant dans sa propre langue).


Toutefois, une « pure » émotion, c’est-à-dire une émotion qui n’a pas encore atteint le niveau de la pensée qui conçoit sa mise en œuvre, transcende les différences entre les nations et leurs langues, puisqu’elle ne se traduit pas par des « lettres ». On peut dès lors comprendre l’affirmation de Rabbi Chnéour Zalman selon laquelle un mot exprimé n’est rien par rapport aux forces intellectuelles et émotionnelles de l’âme. De la même manière, la « Parole », le « Mot » divin, par lequel D.ieu crée et anime tous les mondes, n’est rien par rapport à D.ieu Lui-même, Qui est véritablement infini. Tous les mondes créés et animés par la Parole divine sont donc comme inexistants, et n’affectent en aucun cas Son unité. Ce thème sera développé plus avant dans le prochain chapitre.

6 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout