Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 25

Likoutei Amarim Chapitre 25 _______________


Ce chapitre conclut le thème de l’amour latent amorcé au Chapitre Dix-huit. « Car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour la mettre en pratique. » Ce verset entend que servir D.ieu avec amour et crainte est une chose aisée pour tout un chacun. Pourtant, comme Rabbi Chnéour Zalman l’a observé au Chapitre Dix-sept, cette affirmation semble contredite par l’expérience, laquelle enseigne qu’il n’est pas facile de détourner son cœur des désirs de ce monde vers l’amour et la crainte de D.ieu. Pour répondre à cette objection, Rabbi Chnéour Zalman a établi que chaque juif possède, d’ores et déjà, un amour latent pour D.ieu en son cœur. Dès lors, il ne s’agit plus de créer ce sentiment, mais simplement de l’amener de cet état latent à un état révélé pour l’exprimer dans le service de D.ieu, et c’est là, effectivement, « chose aisée ». La nature et l’essence de ces sentiments d’amour et de crainte ont ensuite été étudiées dans les Chapitres Dix-huit et Dix-neuf. L’âme, de par son pouvoir de foi en D.ieu, par lequel elle Lui est attachée, désire intrinsèquement s’unir à sa source divine. Cet amour comprend également un élément de crainte – la crainte de tout ce qui constitue une séparation d’avec D.ieu. Ces sentiments sont si forts que chaque juif, par nature, sacrifierait sa vie plutôt que de pratiquer l’idolâtrie, déni de l’unité de D.ieu. Dans les Chapitres Vingt et suivants, Rabbi Chnéour Zalman a expliqué que toutes les mitsvot constituent une affirmation de l’unité de D.ieu. Car la Volonté divine est révélée dans les mitsvot, et celui qui les accomplit s’unit alors parfaitement à Lui. A l’opposé, toutes les fautes sont une forme d’idolâtrie, car l’idolâtrie est définie comme la simple idée d’une existence indépendante, extérieure à D.ieu. La transgression d’un commandement constitue donc, au plus haut point, une séparation d’avec la Volonté divine et, ainsi, d’avec D.ieu Lui-même. Par nature, un juif devrait donc toujours observer la Volonté divine et ne jamais fauter, n’était « l’esprit de folie » qui voile son amour latent pour D.ieu et ne lui permet pas d’éprouver le retentissement de ses actes sur son lien avec D.ieu. Le présent chapitre conclut ce thème en montrant que chacun est en mesure, à tout moment, de dissiper cet « esprit de folie » et d’éveiller son amour latent pour D.ieu. Tenté par la faute, il ressentira l’éloignement de D.ieu que celle-ci provoquerait et pourra, dès lors, dominer son penchant. De même, devant l’opportunité d’observer un précepte positif, il ressentira, dictée par cet amour, la nécessité d’accomplir ce précepte afin de s’unir à Lui.


פרק כ"ה


וזהו שכתוב כי קרוב אליך הדבר מאד וגו’


C’est là le sens du verset : « Car cette chose est très proche de toi, etc. » – il est « très proche » d’accomplir la Thora et les commandements avec amour et crainte de D.ieu.


שבכל עת ובכל שעה בידו של אדם וברשותו הוא להעביר רוח שטות והשכחה מקרבו


Car en tout temps et à tout moment, il est à la portée de l’homme et dans sa possibilité, de chasser l’esprit de folie qui rend insensible à la séparation d’avec D.ieu causée par la faute, et l’oubli de son amour inné pour D.ieu en vertu duquel il désire s’unir à Lui par l’accomplissement des commandements.


ולזכור ולעורר אהבתו לה’ אחד המסותרת בודאי בלבבו בלי שום ספק.


Il est toujours à même de se souvenir et d’éveiller son amour pour le D.ieu Unique, qui est certainement, sans aucun doute, latent en son cœur, puisqu’il est inné chez chaque juif, même le plus grand pécheur.


וזה שכתוב ובלבבך


C’est là le sens de [l’expression] « dans ton cœur » employée par le verset, à savoir que chacun peut servir D.ieu avec amour.


L’amour à lui seul est cependant insuffisant. La crainte de D.ieu est également nécessaire pour se garder de transgresser les commandements négatifs. Rabbi Chnéour Zalman poursuit donc :


ונכלל בה גם דחילו דהיינו שלא ליפרד בשום אופן מיחודו ואחדותו יתברך אפילו במסירת נפש ממש


[Cet amour] comprend également de la crainte, à savoir la crainte par laquelle l’âme ne peut en aucun cas accepter d’être séparée de l’unité et de l’unicité de D.ieu, même [s’il faut pour cela] sacrifier sa vie,


בלי שום טעם ושכל מושג אלא בטבע אלקי


sans aucune raison ou logique, mais de par une nature divine.


Comme la flamme d’une bougie vacille toujours vers le haut car elle cherche intrinsèquement à réintégrer sa source, l’âme désire intrinsèquement s’unir avec Sa source divine (cf. ch. 19). Du fait de cette nature, l’âme recule de peur devant tout ce qui pourrait rompre son lien avec D.ieu, fut-ce au prix de la vie.


וכל שכן בשבירת התאוות הקלה מיסורי מיתה שקרוב אליו הדבר יותר לכבוש היצר


A fortiori est-il plus aisé de subjuguer ses désirs, ceci exigeant une souffrance plus légère que la mort, que l’on aurait enduré de plein gré pour ne pas être séparé de D.ieu. Il est donc évidemment plus facile en l’occurrence de dompter son mauvais penchant,


הן בבחינת סור מרע


aussi bien pour ce qui relève de « détourne-toi du mal » (c’est-à-dire pour ce qui est de s’abstenir de fauter) que pour ce qui relève de « fais le bien », comme on le verra par la suite.


אפילו מעבירה קלה של דברי סופרים שלא לעבור על רצונו יתברך מאחר שנפרד בה מיחודו ואחדותו כמו בעבודה זרה ממש בשעת מעשה


Même quand il est question d’un interdit rabbinique mineur, un homme peut aisément réfréner son mauvais penchant afin de ne pas transgresser la Volonté de D.ieu, puisqu’au moment même qu’il accomplit l’acte [interdit], il devient alors séparé de l’unité et l’unicité de D.ieu, exactement comme dans le cas de l’idolâtrie.


Il devrait donc mettre en œuvre la même force pour résister à la tentation d’une telle faute que pour refuser l’idolâtrie, puisque cette faute aussi le sépare de D.ieu. Une différence semble néanmoins pouvoir être faite entre l’idolâtrie et la faute mineure dont il est ici question. Le pécheur coupable d’idolâtrie demeure séparé de D.ieu, même après la faute (comme il a été expliqué au chapitre précédent), tandis que pour une faute mineure, il ne l’est que pendant l’acte même. Dans le paragraphe suivant, Rabbi Chnéour Zalman entreprend de réfuter cet argument : il est également possible, va-t-il montrer, dans l’hypothèse de l’idolâtrie, de mettre un terme, immédiatement après la commission de la faute, à la séparation. Le moyen en est la téchouva, le repentir. Et pourtant, un juif choisirait la mort plutôt que de pratiquer l’idolâtrie, car il ne peut accepter, même momentanément, la séparation d’avec D.ieu. Considérant cela, il devrait s’abstenir d’une faute même mineure, qui implique, elle aussi, une séparation, fut-elle momentanée, d’avec D.ieu.


והרי גם בעבודה זרה יכול לעשות תשובה אחר כך.


Or, même pour l’idolâtrie, il peut se repentir ensuite et ainsi rétablir l’unité avec D.ieu après sa faute. Mais il préfère donner sa vie plutôt que de faire un tel choix.


Pourtant, une puissante objection semble militer contre cet argument. En effet, Le Talmud enseigne que celui qui faute en s’en remettant à un repentir futur ne se voit pas accorder la possibilité de ce repentir. Il faudrait donc en conclure dans le cas particulier de l’idolâtrie que, le repentir ultérieur étant impossible, nul autre choix n’est offert que le don de sa vie sauf à se voir définitivement séparé de D.ieu. Alors qu’en revanche, pour une faute mineure, cette séparation ne serait que temporaire, même en l’absence du repentir. La question initiale subsisterait donc : comment dire que la même crainte de séparation d’avec D.ieu, qui inspire le sacrifice de soi face à l’épreuve de l’idolâtrie, permettrait également d’échapper à toute transgression, quelle qu’elle soit ? Les deux situations semblent fondamentalement différentes : alors qu’une simple faute ne crée qu’une séparation temporaire, l’idolâtrie, quant à elle, impliquerait bien une scission définitive. Rabbi Chnéour Zalman va répondre à cette objection en explicitant l’enseignement du Talmud. Celui-ci ne signifie pas que le pécheur qui se fie à la téchouva perd totalement la possibilité du repentir, mais seulement que l’aide de D.ieu octroyée généralement à celui qui souhaite se repentir ne lui est pas accordée. Le martyr aurait donc pu se soumettre à la coercition et pratiquer l’idolâtrie, en s’en remettant à la téchouva. Mais il ne fait pas ce choix, car son amour inné pour D.ieu lui commande de sacrifier sa vie plutôt que de tolérer, même temporairement, la séparation ainsi causée. Telle est l’idée qui va être exposée à présent.


(ואף שהאומר אחטא ואשוב אין מספיקין כו’


(Bien que le Talmud dise que « Celui qui dit  : “je fauterai et je me repentirai”, ne se voit pas accorder l’opportunité [de se repentir] »,


היינו שאין מחזיקים ידו להיות לו שעת הכושר לעשות תשובה


cela veut seulement dire que [D.ieu] ne l’aide pas en lui accordant une occasion propice pour se repentir.


De manière générale, D.ieu accorde à qui désire se repentir la force nécessaire et l’opportunité pour réaliser son souhait. Toutefois, quand sa faute elle-même est liée à la téchouva sur laquelle il a compté, D.ieu ne lui donne ni la force, ni un moment opportun pour se repentir.


אבל אם דחק השעה ועשה תשובה אין לך דבר שעומד בפני התשובה).


Cependant, s’il s’obstine et se repent, « rien ne résiste au repentir ».)


Dans l’absolu, il est donc possible, même dans un cas d’idolâtrie, de s’en remettre au repentir ultérieur.


ואף על פי כן כל איש ישראל מוכן ומזומן למסור נפשו על קדושת ה’


Néanmoins, chaque juif est prêt à souffrir le martyr pour la sanctification du Nom de D.ieu,


שלא להשתחוות לעבודה זרה אפילו לפי שעה ולעשות תשובה אחר כך


et ne pas se prosterner devant une idole, même momentanément, [avec l’intention de] se repentir par la suite. Ce refus montre donc bien que la crainte d’une séparation, même temporaire d’avec D.ieu suffit pour inspirer le sacrifice de soi.


והיינו מפני אור ה’ המלובש בנפשם כנזכר לעיל שאינו בבחינת זמן ושעה כלל אלא למעלה מהזמן ושליט ומושל עליו כנודע.


Et ce, du fait de la lumière divine qui est revêtue de son âme, comme il a été expliqué, laquelle ne relève pas de la notion de temps, mais transcende le temps chaque acte est donc éternel au regard de cette lumière, et de plus, cette lumière gouverne et domine [le temps], comme il est connu. Ainsi, ce qui ne dure qu’un instant (et n’a pas d’importance à l’échelle du temps en tant que telle) peut devenir plus essentiel qu’un évènement durable, même à l’échelle du temps, du fait de cette lumière.


Puisque la lumière divine présente dans l’âme transcende et domine le temps, elle ne permet aucune séparation d’avec D.ieu, fut-elle momentanée. Rabbi Chnéour Zalman a jusqu’à présent étudié l’effet de « l’amour latent » dans le domaine de « détourne-toi du mal » (ou, si l’on préfère, comment employer un tel amour pour dompter le mauvais penchant et se garder de fauter). Il va maintenant analyser cet effet dans « fais le bien », l’accomplissement des commandements positifs.


והן בבחינת ועשה טוב להתגבר כארי בגבורה ואומץ הלב


De la même manière, pour ce qui relève de « fais le bien », l’accomplissement des commandements positifs, le pouvoir de l’amour latent peut être employé pour se raffermir comme un lion avec force et détermination du cœur


נגד היצר המכביד את גופו ומפיל עליו עצלה מבחינת יסוד העפר שבנפש הבהמית


contre le [mauvais] penchant qui pèse sur son corps, et le prend de paresse, trait de caractère négatif qui provient de l’élément de terre de son âme animale.


מלהטריח גופו בזריזות בכל מיני טורח ועבודת משא בעבודת ה’ שיש בה טורח ועמל


La paresse l’empêche de faire œuvrer avec zèle son corps dans chaque type d’effort et de charge dans le service de D.ieu, qui exige effort et labeur.


כגון לעמול בתורה בעיון ובפה לא פסיק פומיה מגירסא


Par exemple, peiner dans l’étude de la Thora avec une intense concentration, et aussi oralement, de sorte que « sa bouche ne cesse jamais d’étudier la Thora »,


וכמאמר רבותינו ז”ל לעולם ישים אדם עצמו על דברי תורה כשור לעול וכחמור למשאוי


comme l’ont dit nos Sages : « un homme devrait toujours se soumettre aux paroles de la Thora comme le bœuf au joug, et l’âne au fardeau ».


וכן לתפלה בכונה בכל כחו ממש


De même, en ce qui concerne la ferveur de la prière, il devrait s’y adonner vraiment de toute sa force.


וכן בעבודת ה’ שהיא בדבר שבממון כמו עבודת הצדקה


Et de même, pour le service de D.ieu dans le domaine pécuniaire, comme le service de la charité,


וכיוצא באלו ממלחמות היצר ותחבולותיו לקרר נפש האדם שלא להפקיר ממונו ובריאות גופו


et autres cas similaires qui exigent un effort particulier, [pour lesquels on doit] lutter contre le [mauvais] penchant et ses artifices, [lequel cherche à] refroidir [l’ardeur de] l’âme de l’homme, [en soutenant qu’il ne lui sied] pas de dilapider son argent pour la charité, et sa santé pour ce qui requiert un effort physique.


שלעמוד נגדו ולכבשו קרוב מאד אל האדם כשישים אל לבו שלנצח היצר בכל זה ויותר מזה ולעשות הפכו ממש קל מאד מיסורי מיתה ה’ ישמרנו


Résister et dompter son [mauvais] penchant est « très proche » de c’est-à-dire est facile pour l’homme, s’il considère que le fait de vaincre le [mauvais] penchant dans tout ceci et plus encore, et d’agir à l’opposé même c’est-à-dire fournir un effort physique et financier, tout cela est une souffrance bien plus légère que la mort, que D.ieu nous en préserve.


ויסורי מיתה ה’ ישמרנו היה מקבל באהבה וברצון שלא ליפרד מיחודו ואחדותו יתברך אפילו לפי שעה להשתחות לעבודה זרה חס ושלום


Et la souffrance de la mort, que D.ieu nous en préserve, il l’aurait acceptée avec amour et de plein gré pour ne pas se séparer de l’unité et de l’unicité de D.ieu fut-ce momentanément, en se prosternant devant une idole, à D.ieu ne plaise.


וכל שכן שיש לו לקבל באהבה וברצון כדי לדבקה בו לעולם ועד


A fortiori doit-il donc accepter avec amour et de plein gré l’effort mineur qu’exige l’observance des commandements afin de s’attacher à D.ieu éternellement.


Ce raisonnement a fortiori comprend deux temps. D’une part, l’accomplissement d’un commandement crée un lien avec D.ieu, contrairement au refus de l’idolâtrie qui permet simplement d’éviter la séparation d’avec Lui. D’autre part, le lien créé par le commandement est éternel, par opposition avec la séparation causée par l’idolâtrie, qui n’est que temporaire. Or, si l’on consent à faire don de sa vie pour s’abstenir de l’idolâtrie, a fortiori doit-on accepter les difficultés qu’exige l’accomplissement des commandements, compte tenu de ces deux élévations que l’on ne trouve pas dans le refus de l’idolâtrie. Rabbi Chnéour Zalman va maintenant expliquer en quoi les mitsvot réalisent un lien éternel avec D.ieu.


דהיינו כשיעשה רצונו יתברך בעבודה זו יתגלה בה פנימית רצון העליון בבחינת פנים וגילוי רב ולא בהסתר כלל


C’est-à-dire que lorsqu’il accomplira la Volonté de D.ieu par ce service, malgré l’effort exigé, alors dans ce [service] se révèlera l’intériorité de la Volonté divine dans son aspect de « Face », avec une immense manifestation, sans aucune dissimulation.


Comme il a été expliqué au Chapitre Vingt-trois, les commandements représentent l’intériorité de la Volonté divine, qui se révèle quand on les accomplit.


וכשאין שום הסתר פנים ברצון העליון אזי אין דבר נפרד כלל וכלל להיות יש ודבר בפני עצמו


Or, quand il n’y a pas de « dissimulation de la Face » de la Volonté divine, alors, absolument rien n’est séparé de D.ieu pour avoir une identité propre et séparée.


Comme il a été expliqué aux Chapitres Vingt-deux et Vingt-quatre, aucune créature ne peut se considérer comme séparée de D.ieu sans que la Volonté divine ne soit dissimulée. Etant donné que l’aspect intérieur de la Volonté divine est révélé dans l’accomplissement d’un commandement, aucune impression de séparation n’est possible.


ולזאת תהיינה נפשו האלקית והחיונית ולבושיהן כולן מיוחדות בתכלית היחוד ברצון העליון ואור אין סוף ברוך הוא כנזכר לעיל.


Aussi son âme divine et son âme vitale et leurs « vêtements » la pensée, la parole et l’action, seront-ils unis dans une parfaite unité avec la Volonté divine et la lumière infinie de D.ieu, béni soit-Il, comme il a été expliqué plus haut.


On comprend donc que les mitsvot créent une unité avec D.ieu. Pourquoi cette unité est-elle éternelle ?


ויחוד זה למעלה הוא נצחי לעולם ועד כי הוא יתברך ורצונו למעלה מהזמן


En haut, cette unité entre l’âme et D.ieu est éternelle. Car D.ieu, béni soit-Il, et Sa Volonté transcendent le temps, l’union avec D.ieu et Sa Volonté transcende donc également le temps et est éternelle.


וכן גילוי רצונו שבדבורו שהיא התורה הוא נצחי


De même dans ce monde, la révélation de Sa Volonté, exprimée dans Sa parole, la Thora, est éternelle.


וכמו שכתוב ודבר אלקינו יקום לעולם ודבריו חיים וקיימים כו’ ולא יחליף ולא ימיר דתו לעולמים כו’.


ainsi qu’il est dit : « Mais la Parole de notre D.ieu tiendra à jamais » et « Ses paroles vivent et durent etc. [éternellement] » et « Il ne modifiera, ni n’échangera jamais Sa loi… »


Dès lors que la révélation de la Volonté de D.ieu exprimée dans la Thora est éternelle, l’union de l’âme avec D.ieu effectuée par la Thora et les commandements est, elle aussi, éternelle.


אלא שלמטה הוא תחת הזמן ובאותה שעה לבדה שעוסק בה בתורה או במצוה


Toutefois, ici-bas, cette union s’inscrit dans [les limites du] temps, car l’âme est sous la domination du temps en ce monde, et l’âme est unie à D.ieu seulement au moment même où elle s’emploie à [l’étude de] la Thora ou à [l’accomplissement d’]un commandement.


כי אחר כך אם עוסק בדבר אחר נפרד מהיחוד העליון למטה (והיינו כשעוסק בדברים בטלים לגמרי שאין בהם צורך כלל לעבודת ה’)


Car si [l’homme] vaque, après, à une autre occupation, il se sépare, ici-bas, de cette union suprême (c’est-à-dire quand il s’occupe de choses futiles n’ayant aucune utilité dans le service de D.ieu).


ואף על פי כן כשחוזר ושב לעבודת ה’ אחר כך לתורה ולתפלה ומבקש מחילה מה’ על שהיה אפשר לו לעסוק אז בתורה ולא עסק ה’ יסלח לו


Et néanmoins, quand il se repent et revient ensuite au service de D.ieu par la Thora et la prière, et implore le pardon de D.ieu pour ne pas avoir étudié la Thora alors qu’il pouvait le faire, D.ieu lui pardonne,


כמאמר רבותינו ז”ל עבר על מצות עשה ושב לא זז משם עד שמוחלין לו.


comme l’ont dit nos Sages : « S’il manque à un commandement positif et se repent, il lui est immédiatement pardonné », et il s’unit ici-bas à nouveau avec D.ieu et Sa Volonté.


ולזה תקנו ברכת סלח לנו שלש פעמים בכל יום על עון ביטול תורה שאין אדם ניצול ממנו בכל יום


C’est pour cela, puisque la demande du pardon divin est immédiatement effective pour recréer le lien entre l’âme et D.ieu, et parce que celle-ci n’accepte pas d’être séparée même momentanément de D.ieu que [nos Sages] ont institué que la bénédiction : « Pardonne-nous… » dans laquelle nous implorons le pardon pour la faute d’avoir négligé [l’étude de] la Thora, soit récitée aussi régulièrement : trois fois par jour car, chaque jour, personne n’échappe à cette faute.


וכמו התמיד שהיה מכפר על מצות עשה.


Cette [bénédiction] est semblable au sacrifice quotidien, qui était offert dans le Saint Temple et faisait expiation pour [le manquement aux] préceptes positifs.


On peut néanmoins s’interroger : le manquement à l’étude de la Thora étant une faute constamment répétée, implorer le pardon pour celle-ci revient donc à dire : « Je fauterai, puis me repentirai », cas dans lequel D.ieu n’accorde pas au pécheur l’opportunité de se repentir. Comment la requête : « Pardonne-nous… » peut-elle donc être effective pour cette faute ? Cette question va à présent être étudiée.


ואין זה אחטא ואשוב אלא אם כן שבשעת החטא ממש הוא סומך על התשובה ולכך חוטא כמו שכתוב במקום אחר:


Cela n’est pas [comme dire :] « Je fauterai, puis, me repentirai », à moins que l’on ne s’en remette au repentir ultérieur au moment même où l’on commet la faute, et que l’on faute de ce fait, comme il est expliqué ailleurs.


Quand le repentir projeté sert de prétexte pour la commission de la faute, l’opportunité n’en est pas donnée. Toutefois, dans le cas de la faute répétée de la négligence de l’étude de la Thora, le repentir n’est pas anticipé pour justifier la faute : il est donc possible d’implorer quotidiennement à trois reprises le pardon pour celle-ci. En conclusion, l’union de l’âme avec D.ieu par les commandements est éternelle. Considérant que l’on est prêt à faire don de sa vie plutôt que d’être, même provisoirement, séparé de D.ieu, on devrait, ipso facto, prendre conscience de l’importance de l’effort à mettre en œuvre pour l’accomplissement des commandements qui créent un lien éternel avec Lui. Rabbi Chnéour Zalman a donc établi que la conscience du consentement au sacrifice de sa vie pour D.ieu a une implication dans les deux domaines : « détourne toi du mal » et « fais le bien », c’est-à-dire l’observance des commandements négatifs et positifs. Une telle conscience devrait habiter l’esprit de chacun et être mise au service de l’observance des commandements.


ובזה יובן למה צוה משה רבינו עליו השלום במשנה תורה לדור שנכנסו לארץ לקרות קריאת שמע פעמים בכל יום לקבל עליו מלכות שמים במסירת נפש


Avec ce qui a été expliqué, on peut comprendre pourquoi Moïse notre Maître ordonna dans le Deutéronome (– et non dans les livres précédents de la Bible où il s’adresse aux juifs qui errèrent dans le désert, mais dans le Deutéronome où il s’adresse) à la génération qui entra en Terre Sainte de lire le Chéma deux fois par jour, pour accepter sur eux la Royauté du Ciel, avec don de soi. Le Chéma demande d’être prêt à accepter le martyr pour la sanctification du Nom de D.ieu.


והלא הבטיח להם פחדכם ומוראכם יתן ה’ וגו’


Ce commandement fut bel et bien donné à ces juifs, et non simplement aux générations suivantes. On peut cependant s’interroger : pourquoi était-il nécessaire à nos aïeux de se préparer au martyr ? [Moïse] ne leur avait-il pas promis : « D.ieu inspirera la peur et la crainte à votre égard, etc. [à toutes les nations] ? »


Il n’était donc pas à craindre qu’un ennemi tente de leur imposer par la force de dénier leur foi en la Royauté divine. Ils étaient en fait aussi protégés que les juifs qui avaient traversé le désert. Pourquoi reçurent-ils donc, eux, l’ordre de se tenir prêts au sacrifice de soi par la lecture du Chéma, et ce, deux fois par jour ? Il faut en conclure que cette conscience de l’acceptation du sacrifice de soi n’a pas pour seule finalité sa mise en pratique si elle s’avérait nécessaire.


אלא משום שקיום התורה ומצותיה תלוי בזה שיזכור תמיד ענין מסירת נפשו לה’ על יחודו שיהיה קבוע בלבו תמיד ממש יומם ולילה לא ימיש מזכרונו


Mais parce que l’observance de la Thora et de ses commandements dépend de la conscience permanente [que l’homme a de son consentement] de faire don de sa vie pour l’unité de D.ieu, ce qui est le propos du Chéma ; il doit donc être récité deux fois par jour, matin et soir, de sorte que [cette conscience] soit toujours ancrée en son cœur et ne quitte jamais son esprit, jour et nuit.


כי בזה יוכל לעמוד נגד יצרו לנצחו תמיד בכל עת ובכל שעה


Car ainsi, il pourra résister à son mauvais penchant et le vaincre toujours, en tout temps et à tout moment, même après la mort de Moïse, lorsque les juifs durent alors faire face à un intense combat contre le mauvais penchant, ainsi qu’il est dit : « D.ieu dit à Moïse : “Voici que tu vas reposer avec tes pères, et ce peuple va se lever et se débaucher…” »


כנזכר לעיל.


comme expliqué plus haut : lorsque l’on est conscient d’être prêt au sacrifice pour la seule raison de sa foi en l’unité de D.ieu, on peut contenir le mauvais penchant et accomplir tous les commandements.

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