Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 29

Likoutei Amarim Chapitre 29 _______________


Au cours des chapitres précédents, Rabbi Chnéour Zalman a donné différents conseils pour se libérer de la tristesse, qui entrave le service de D.ieu. Il s’intéresse maintenant à un autre obstacle observé régulièrement. Le timtoum halev (« l’obstruction du cœur ») est un état d’insensibilité du cœur que la réflexion méditative ne parvient pas à illuminer et qui n’accède pas aux sentiments d’amour et de crainte de D.ieu.


פרק כ״ט


אך עוד אחת, צריך לשית עצות בנפשות הבינונים


Cependant, il y a encore une chose que l’on doit chercher les moyens [d’affronter], concernant les âmes de ceux qui sont au niveau de beinoni.


אשר לפעמים ועתים רבים יש להם טמטום הלב שנעשה כאבן, ולא יכול לפתוח לבו בשום אופן לעבודה שבלב, זו תפלה


Parfois, et [même] à de nombreux moments, ils ont une « obstruction du cœur », lequel devient comme une pierre ; et ils ne peuvent en aucune façon ouvrir leur cœur pour le « service du cœur » qu’est la prière.


La pensée hassidique prête à l’expression avoda chébelev (travail du cœur) une double signification : « travail dans le cœur » et « travail avec le cœur ». Cela veut dire, d’une part, que le terrain de la prière est le cœur, autrement dit, que les idées comprises et méditées par l’esprit doivent briller dans le cœur ; d’autre part, que l’objet même de la prière est le cœur : la finalité de la prière est précisément de changer l’orientation du cœur – le détourner des désirs matériels pour le diriger vers l’amour et la crainte du Divin. La condition préalable à un tel travail étant la réceptivité du cœur, le « timtoum halev » est donc un frein à la prière.


וגם לפעמים לא יוכל להלחם עם היצר לקדש עצמו במותר לו, מפני כבדות שבלבו


Et aussi parfois, il ne peut pas mener combat contre le mauvais penchant pour se sanctifier dans ce qui lui est permis, à cause de la lourdeur [qui pèse] dans son cœur.


Au Chapitre vingt-sept, il a été expliqué que le service du beinoni est en partie consacré à ce que caractérise l’expression : « Sanctifie-toi dans ce qui t’est permis ». Ainsi doit-il combattre ses appétences : par exemple, il ne satisfait pas un désir de nourriture aussitôt qu’il est éprouvé. Ce qui implique une lutte contre son mauvais penchant lequel recherche l’expression concrète de chacun de ses désirs. Insensible, le cœur ne peut engager cette lutte.


וזאת היא עצה היעוצה בזהר הקדוש, דאמר רב מתיבתא בגן עדן: אעא דלא סליק ביה נהורא, מבטשין ליה כו׳, גופא דלא סליק ביה נהורא דנשמתא, מבטשין ליה כו׳


Voici le conseil suggéré dans le saint Zohar : « Le président de l’académie du Jardin d’Eden dit : une bûche de bois qui ne prend pas feu, on la met en pièces… et de même, un corps où le feu (c’est-à-dire la lumière) de l’âme ne prend pas, on le met en pièces… »


Ainsi le corps devient-il réceptif à la lumière de l’âme, conclut le Zohar. Ici, le fendage du bois est préféré à l’amplification du feu ; de même, dans notre contexte, ne s’agit-il pas d’intensifier la réflexion engagée sur la grandeur de D.ieu pour venir à bout de l’insensibilité du cœur. Il faut « briser » cette insensibilité pour devenir un réceptacle capable de recevoir la lumière intellectuelle de l’âme divine.


פירוש נהורא דנשמתא: שאור הנשמה והשכל אינו מאיר כל כך למשול על חומריות שבגוף


La signification du « feu de l’âme » qui ne prend pas est que la lumière de l’âme et de l’intellect ne brille pas au point de dominer la grossièreté du corps ;


ואף שמבין ומתבונן בשכלו בגדולת ה׳, אינו נתפס ונדבק במוחו כל כך שיוכל למשול על חומריות הלב, מחמת חומריותן וגסותן


et bien qu’il comprenne et qu’il médite dans son intellect sur la grandeur de D.ieu, cela n’est pas suffisamment saisi et imprimé dans son esprit au point qu’il puisse dominer la grossièreté du cœur, du fait du degré de leur grossièreté et vulgarité (celle du cœur et de l’esprit).


והסיבה היא גסות הקליפה, שמגביה עצמה על אור קדושת נפש האלקית, ומסתרת ומחשיכה אורה


Et la cause est la grossièreté et arrogance de la klipa de l’âme animale qui se hisse au-dessus de la sainteté de la lumière de l’âme divine, et qui dissimule et obscurcit la lumière [de celle-ci].


ולזאת צריך לבטשה ולהשפילה לעפר


Aussi faut-il la briser et la faire choir à terre, comme la bûche de bois qui doit être fendue pour prendre feu.


Rabbi Chnéour Zalman explique maintenant comment parvenir à ce résultat. Il souligne que la personne du beinoni s’identifie à son âme animale. Par conséquent, en brisant son propre esprit, il brise ipso facto la sitra a’hara (de son âme animale par laquelle il se définit), et permet ainsi à la lumière de l’âme divine et de son intellect de l’imprégner.


דהיינו לקבוע עתים להשפיל עצמו, להיות נבזה בעיניו נמאס, ככתוב


Cela veut dire qu’il faut fixer des moments pour se rabaisser (c’est-à-dire réfléchir à des considérations qui suscitent un tel sentiment), être honteux à ses yeux et répugnant », comme écrit dans le verset,


ולב נשבר רוח נשברה היא הסטרא אחרא, שהיא היא האדם עצמו בבינונים


et « lorsque le cœur est brisé, l’esprit est brisé », [l’« esprit brisé »] étant la sitra a’hara laquelle, chez les beinonim, correspond à l’homme lui-même.


שנפש החיונית המחיה הגוף היא בתקפה כתולדתה בלבו, נמצא היא היא האדם עצמו


Car l’âme vitale qui anime le corps est dans [toute] sa puissance dans le cœur [du beinoni], comme à sa naissance ; elle est donc, effectivement, la personne elle-même.


ועל נפש האלקית שבו, נאמר: נשמה שנתת בי טהורה היא, שנתת בי דייקא, מכלל שהאדם עצמו איננו הנשמה הטהורה,


Quant à l’âme divine qui est en lui, il est dit la concernant : « L’âme que Tu as donnée en moi, elle est pure ». « Que Tu as donnée en moi » précisément, il en découle que l’homme lui-même n’est pas l’âme pure.


L’expression « en moi » ne saurait cependant être comprise uniquement en référence au corps, lequel n’est pas capable d’expression. Cela signifie plutôt que la personne s’identifie à l’âme animale en tant qu’elle anime le corps, et celle-ci dit de l’âme divine : « l’âme que Tu as donnée en moi ».


כי אם בצדיקים שבהם הוא להפך: שנשמה הטהורה שהיא נפש האלקית הוא האדם, וגופם נקרא בשר אדם


Cela est vrai pour tout un chacun, sauf pour les tsaddikim ; chez eux, c’est le contraire : l’âme pure, c’est-à-dire l’âme divine, est l’homme (car leur vitalité provient exclusivement de l’âme divine, même le corps étant animé par celle-ci), et leur corps est quant à lui appelé « la chair de l’homme » c’est-à-dire qu’il est secondaire devant l’être lui-même qui s’identifie à l’âme divine.


וכמאמר הלל הזקן לתלמידיו, כשהיה הולך לאכול היה אומר שהוא הולך לגמול חסד עם העלובה ועניה, הוא גופו,


Comme le dire d’Hillel l’Ancien à ses disciples, lequel, lorsqu’il allait manger, disait qu’il allait faire un acte de bienfaisance envers la « [créature] honteuse et pauvre » [signifiant par cela] son corps.


כי כמו זר נחשב אצלו, ולכן אמר שהוא גומל חסד עמו במה שמאכילו,


Car [son corps] était considéré comme un étranger à son égard, et c’est pour cela qu’il disait que le nourrir était un acte de bienfaisance qu’il accomplissait envers lui (tel un acte de bonté envers une personne extérieure à soi).


כי הוא עצמו אינו רק נפש האלקית לבד, כי היא לבדה מחיה גופו ובשרו, שהרע שהיה בנפש החיונית המלובשת בדמו ובשרו נתהפך לטוב, ונכלל בקדושת נפש האלקית ממש בצדיקים


Car lui-même n’est autre que l’âme divine uniquement, car elle seule anime son corps et sa chair ; car chez les tsaddikim, le mal qui était dans l’âme vitale revêtue du sang et de la chair a [déjà] été transformé en bien, et a été véritablement absorbé dans la sainteté de l’âme divine. C’est donc à cette dernière uniquement que s’identifie la personne même du tsaddik.


אבל בבינוני, מאחר שמהותה ועצמותה של נפש החיונית הבהמית שמסטרא אחרא המלובשת בדמו ובשרו לא נהפך לטוב, הרי היא היא האדם עצמו


En revanche, dans le cas du beinoni, dès lors que l’être et essence de l’âme vitale et animale, issue de la sitra a’hara, revêtue de son sang et de sa chair n’a pas été transformé en bien, elle est bien la personne même du beinoni.


C’est pourquoi, lorsqu’il parvient à un état de contrition, le beinoni brise par là même la sitra a’hara. Le texte va maintenant exposer différentes pensées sur lesquelles le beinoni doit centrer sa réflexion afin d’atteindre ce résultat. Il s’agit tout d’abord de méditer ce qui précisément vient d’être dit, à savoir qu’il s’identifie lui-même à la sitra a’hara.


ואם כן הוא רחוק מה׳ בתכלית הריחוק, שהרי כח המתאוה שבנפשו הבהמית יכול גם כן להתאוות לדברים האסורים, שהם נגד רצונו יתברך


Et s’il en est ainsi, à savoir que le beinoni lui-même s’identifie à son âme animale, il est éloigné de D.ieu au plus haut point. Car la force désirante de son âme animale peut également désirer des choses interdites, qui sont opposées à la volonté de D.ieu ;


אף שאינו מתאוה לעשותם בפועל ממש, חס ושלום, רק שאינם מאוסים אצלו באמת כבצדיקים, כמו שכתוב לעיל [פרק י״ב].


bien qu’il n’éprouve pas le désir d’accomplir de telles actions interdites concrètement, à D.ieu ne plaise, elles ne sont pas véritablement répugnantes pour lui comme elles le sont pour les tsaddikim (et il se peut qu’il en ressente le désir), comme dit précédemment (Chapitre douze).


Rabbi Chnéour Zalman a alors expliqué qu’après la prière, et en dépit de l’élévation alors atteinte, lorsque l’amour de D.ieu ne se fait plus ressentir en son cœur, le beinoni peut à nouveau éprouver un attrait pour la matérialité et désirer des choses permises ou interdites. Toutefois, ce désir demeure à l’état de « mauvaises pensées » et ne s’exprime pas au point que soit envisagé le passage à l’acte.


ובזה הוא גרוע ומשוקץ ומתועב יותר מבעלי חיים הטמאים ושקצים ורמשים, כנזכר לעיל


Et en cela (l’existence même chez lui d’un tel désir à l’égard de choses contraires à la Volonté divine), il est plus bas, plus répugnant et plus abominable que les animaux impurs, les insectes et les reptiles, comme expliqué plus haut au Chapitre vingt-quatre. Contrairement à l’être humain, ces créatures n’entreprennent rien à l’encontre de la Volonté divine. L’homme enclin à un tel comportement leur est donc inférieur.


וכמו שכתוב: ואנכי תולעת ולא איש וגו׳


Ainsi qu’il est écrit : « Et je suis un ver et non un homme, etc. »


Or, un homme semblable à un ver est, ipso facto, inférieur à ce dernier pour avoir fait le choix de lui ressembler. Mais que dire alors de ces moments comme la prière, durant lesquels le beinoni éprouve un véritable sentiment d’amour pour D.ieu, bannissant de son cœur tout désir matériel ? Le texte répond à cette question implicite par une parenthèse :


[וגם כשמתגברת בו נפשו האלקית לעורר האהבה לה׳ בשעת התפלה, אינה באמת לאמיתו לגמרי, מאחר שחולפת ועוברת אחר התפלה כנזכר לעיל, סוף פרק י״ג]


(Et même quand son âme divine se renforce en lui, pour éveiller [un sentiment d’]amour pour D.ieu durant la prière, cette émotion n’est pas d’une authenticité absolue puisqu’elle passe et disparaît après la prière, comme expliqué plus haut, à la fin du Chapitre treize.)


Rabbi Chnéour Zalman a expliqué que seul ce qui est permanent et immuable peut être qualifié de « vrai », selon l’expression des Proverbes : « Le langage de vérité sera établi pour l’éternité ». A l’échelle du beinoni cependant, cet éveil de l’âme divine durant la prière peut être regardé comme « vrai » dès lors que le beinoni est toujours capable de susciter un tel sentiment durant la prière. Mais il ne saurait être défini comme « absolument vrai » (en hébreu émète laamito), puisqu’il n’est pas constant et ne se manifeste qu’à l’heure de la prière. De cette imperfection d’un sentiment qui s’évanouit après la prière, le beinoni peut nourrir sa méditation.


ובפרט כשיזכור טומאת נפשו בחטאת נעורים, והפגם שעשה בעליונים,


Et en particulier lorsqu’il se souviendra du fait que son âme a été souillée par la faute de jeunesse et de la tare qu’il a [ainsi] causée dans les [mondes] supérieurs ­– à la source de son âme ;


Certes, une telle faute appartient désormais au passé et ne serait plus concevable pour lui qui a atteint le rang de beinoni ; néanmoins, précise le Tanya,


ושם הוא למעלה מהזמן, וכאלו פגם ונטמא היום, חס ושלום, ממש


et là-bas (dans les sphères supérieures), tout est au-delà du temps, et c’est comme si c’était aujourd’hui même qu’il avait causé cette flétrissure et qu’il s’était souillé, à D.ieu ne plaise, vraiment.


ואף שכבר עשה תשובה נכונה, הרי עיקר התשובה בלב, והלב יש בו בחינות ומדרגות רבות,


Et bien qu’il ait déjà fait un repentir correct, effaçant ainsi la souillure provoquée par la faute, mais le principe du repentir est dans le cœur, et le cœur comprend de nombreux degrés et distinctions,


Selon l’expression du verset : « Des profondeurs (du cœur) je T’appelle », ce qui indique bien qu’il existe plusieurs degrés de profondeur.


והכל לפי מה שהוא אדם, ולפי הזמן והמקום, כידוע ליודעים


et tout dépend de quel homme il est (le repentir et la profondeur du regret doivent être à la mesure de sa stature), et du temps et du lieu (le repentir dépend aussi de l’épreuve et de la tentation à laquelle il était sujet à cette époque et en ce lieu), comme il est connu de ceux qui savent.


Il est donc possible que le repentir passé ne suffise pas au regard de sa stature actuelle et qu’un repentir plus profond soit désormais attendu.


ולכן עכשיו בשעה זו, שרואה בעצמו דלא סליק ביה נהורא דנשמתא,


Et c’est pour cela que maintenant, en ce moment-là où il observe en lui-même que la lumière de l’âme ne le pénètre pas,


מכלל שהיום לא נתקבלה תשובתו, ועונותיו מבדילים,


il en ressort (a) qu’aujourd’hui, son repentir n’a pas été accepté et ses fautes font séparation entre lui et le Divin, ne laissant pas pénétrer la lumière de l’âme ;


או שרוצים להעלותו לתשובה עילאה יותר, מעומקא דלבא יותר


ou bien (b) que l’on veut l’élever à un repentir supérieur, issu [d’un niveau] plus profond du cœur par rapport à son repentir passé.


Autrement dit, ce n’est pas que son repentir n’est pas accepté : bien au contraire, on souhaite ici le faire progresser vers un degré supérieur de repentir. On le confronte par conséquent à de telles entraves dans le service de D.ieu afin qu’il suscite des forces plus profondes et s’élève à ce niveau supérieur.


ולכן אמר דוד: וחטאתי נגדי תמיד


Et c’est pour cela que le Roi David a dit : « Ma faute est toujours face à moi ».


Pourquoi David devait-il constamment se souvenir de ses fautes passées ? N’avait-il pourtant pas dit : « et mon cœur est vide au-dedans de moi », ce qui signifie qu’il n’avait plus de mauvais penchant, plus aucune trace de faute, et qu’il avait donc atteint le rang de tsaddik (comme le Chapitre premier du Tanya l’a déjà montré) ! Force est de conclure qu’il recherchait par là l’élévation à l’intérieur même de la sainteté, un niveau de repentir supérieur…


וגם מי שהוא נקי מחטאות נעורים החמורים ישים אל לבו לקיים מאמר זהר הקדש: להיות ממארי דחושבנא


Et même celui qui est net des graves fautes de jeunesse, qu’il prenne à cœur (pour parvenir à la contrition) d’accomplir le dire du saint Zohar – de faire partie des « maîtres des comptes ».


A la manière du propriétaire qui tient les comptes de son affaire, qui lui importe énormément, et non comme l’employé qui n’y attacherait qu’un intérêt relatif.


דהיינו לעשות חשבון עם נפשו מכל המחשבות והדיבורים והמעשים שחלפו ועברו מיום היותו עד היום הזה, אם היו כולם מצד הקדושה, או מצד הטומאה, רחמנא לצלן,


Cela veut dire qu’il doit faire le compte avec son âme de toutes les pensées, paroles et actions, qui sont passées depuis le jour de sa venue à l’existence jusqu’au jour d’aujourd’hui : étaient-elles toutes du côté de la sainteté ou du côté de l’impureté, à D.ieu ne plaise.


דהיינו כל המחשבות והדיבורים והמעשים אשר לא לה׳ המה, ולרצונו ולעבודתו,


C’est-à-dire (le « côté de l’impureté » ne se rapporte pas seulement aux fautes, mais signifie aussi) toutes les pensées, paroles, ou actions, qui ne sont pas pour D.ieu, pour Sa Volonté et pour Son service.


Même si elles ne présentent aucun aspect fautif, dès lors que ces actions, paroles ou pensées ne visent pas le service de D.ieu (la sainteté), elles appartiennent au côté de l’impureté.


שזהו פירוש לשון סטרא אחרא כנזכר לעיל [פרק ו׳]


C’est là la signification de l’expression sitra a’hara (l’autre côté, qui se définit comme tout ce qui n’appartient pas au côté de la sainteté), comme dit précédemment (au Chapitre six).


ומודעת זאת כי כל עת שהאדם מחשב מחשבות קדושות נעשה מרכבה בעת זו להיכלות הקדושה, שמהן מושפעות מחשבות הללו


Et il est bien connu qu’à tout moment où l’homme pense des pensées saintes, il devient, à ce moment-là, un « char » pour les « palais » (heikhalot) de la sainteté d’où procèdent et sont nourries ces pensées.


L’image du char qui n’a pas de volonté propre et se trouve totalement subordonné à son conducteur est employée pour signifier l’idée de soumission parfaite devant la sainteté.


וכן להפך, נעשה מרכבה טמאה בעת זו להיכלות הטומאה שמהן מושפעות כל מחשבות רעות, וכן בדבור ומעשה


De même, à l’inverse, quand il s’abandonne à des pensées qui ne relèvent pas de la sainteté, il devient à ce moment un « char » impur pour les palais d’impureté d’où procèdent et sont nourries toutes les mauvaises pensées. Et il en est de même pour la parole et l’action.


Il ressort de ce qui vient d’être dit que, même en l’absence de faute, il est possible de parvenir à un état de contrition en faisant le compte, le bilan de ses pensées, paroles et actions et constater ainsi qu’elles n’appartenaient pas toutes au domaine de la sainteté. Dans ces moments, celui qui a pensé, discouru ou agi s’est donc trouvé sous la domination de l’impureté et de la sitra a’hara.


עוד ישים אל לבו רוב חלומותיו שהם הבל ורעות רוח, משום שאין נפשו עולה למעלה, וכמו שכתוב: מי יעלה בהר ה׳ נקי כפים וגו׳


Encore il considèrera en son coeur la plupart de ses rêves (car on peut apprendre davantage sur son état spirituel de ses rêves que de ses pensées éveillées et conscientes) qui sont « vanité et cassure de l’esprit » parce que son âme ne s’élève pas en haut durant le sommeil, et comme il est écrit : « Qui montera sur la montagne de D.ieu ? Celui dont les mains sont propres et qui a un cœur pur ». A défaut de pareilles qualités, son âme ne peut connaître l’élévation et mériter des révélations de Thora et de sainteté. Aussi ses rêves à lui sont-ils un mélange de vanité et de sottise.


ואינון סטרין בישין אתיין ומתדבקן ביה, ומודעין ליה בחלמא מילין דעלמא וכו׳, ולזמנין דחייכן ביה ואחזיאו ליה מילי שקר, וצערין ליה בחלמיה כו׳,


Et « ces mauvais côtés » viennent, se collent à lui, et lui font savoir en rêve des choses du monde, etc. et parfois ils se moquent de lui et lui montrent des choses mensongères, et le tourmentent dans ses rêves… »,


כמו שכתוב בזהר ויקרא [דף כ״ה עמוד א׳ ועמוד ב׳], עיין שם באריכות


comme l’écrit le Zohar, [section] Vaykra (page 25 folios a et b). Se référer à ce qui y est longuement [développé].


Le contenu de ses rêves lui donne un véritable aperçu de sa situation spirituelle. Cette considération le conduira à avoir le cœur brisé, même s’il est exempt des graves fautes de jeunesse.


והנה כל מה שיאריך בעניינים אלו במחשבתו, וגם בעיונו בספרים, להיות לבו נשבר בקרבו, ונבזה בעיניו נמאס ככתוב, בתכלית המיאוס, ולמאס חייו ממש,


Or, plus il s’arrêtera sur ces considérations dans sa pensée, et approfondira également les livres qui traitent de telles questions, de sorte que son cœur soit brisé au-dedans de lui, honteux à ses yeux, répugnant comme il est écrit dans le verset, avec la répulsion la plus absolue, répugnant sa vie vraiment,


הרי בזה ממאס ומבזה הסטרא אחרא ומשפילה לעפר ומורידה מגדולתה וגסות רוחה וגבהותה, שמגביה את עצמה על אור קדושת נפש האלקית להחשיך אורה


par cela il rebute et méprise la sitra a’hara, la rabaisse à terre et la fait choir de sa hauteur, de sa grossièreté et de son arrogance [avec lesquelles] elle s’élève [contre] la lumière de la sainteté de l’âme divine, pour obscurcir sa lumière.


Jusqu’à présent, le texte a montré comment briser la sitra a’hara en se rabaissant soi-même, par l’examen attentif de sa situation spirituelle. C’est une autre forme de travail qui est maintenant présentée : elle consiste à manifester sa colère contre l’âme animale sans même tenter de s’engager dans un bilan spirituel.


וגם ירעים עליה בקול רעש ורוגז להשפילה, כמאמר רז״ל: לעולם ירגיז אדם יצר טוב על יצר הרע, שנאמר: רגזו וגו׳


Et également, il tonnera contre elle (la sitra a’hara) avec une voix forte et irritée, pour la rabaisser, conformément au dire de nos Sages : « Un homme doit toujours exciter la colère du bon penchant contre le mauvais penchant, ainsi qu’il est dit : « Emportez-vous et ne fautez pas. » »


דהיינו לרגוז על נפש הבהמית, שהיא יצרו הרע, בקול רעש ורוגז במחשבתו, לומר לו:


Cela veut dire se mettre en colère contre l’âme animale, qui est son mauvais penchant, avec une voix forte et furieuse, dans sa pensée, en lui disant :


אתה רע ורשע ומשוקץ ומתועב ומנוול וכו׳, ככל השמות שקראו לו חכמינו ז״ל, באמת


« Tu es mauvais, méchant, abominable, dégoûtant et vil, etc. – selon tous les noms par lesquels nos Sages l’ont appelé – véritablement ;


עד מתי תסתיר לפני אור אין סוף ברוך הוא הממלא כל עלמין, היה הוה ויהיה בשוה, גם במקום זה שאני עליו


jusqu’à quand feras-tu obscurité devant la lumière du Ein Sof béni soit-Il, qui emplit tous les mondes, qui était, est et sera, même à cet endroit sur lequel je me trouve,


כמו שהיה אור אין סוף ברוך הוא לבדו קודם שנברא העולם, בלי שום שינוי כמו שכתוב: אני ה׳ לא שניתי, כי הוא למעלה מהזמן וכו׳


exactement comme la lumière du Ein Sof était seule avant la création du monde, sans aucun changement, ainsi qu’il est dit : « Moi, D.ieu, Je n’ai pas changé », la création ne produit aucun changement en Lui, car Il est au-delà du temps. Il ne saurait en aucune façon être sujet à un changement temporel.


ואתה מנוול וכו׳ מכחיש האמת הנראה לעינים, דכולא קמיה כלא ממש באמת, בבחינת ראייה חושיית


Et toi (le mauvais penchant), répugnant, etc., tu nies la vérité visible aux yeux, [à savoir] que tout est vraiment comme néant devant Lui, (vérité qui peut être perçue) par la vue sensible. »


והנה על ידי זה יועיל לנפשו האלקית להאיר עיניה באמת יחוד אור אין סוף בראייה חושיית, ולא בחינת שמיעה והבנה לבדה


Or, par cela (l’humiliation de la sitra a’hara ou la contrition du cœur, par lesquels il brise l’esprit de la sitra a’hara) il sera utile à son âme divine, en éclairant ses yeux avec vérité pour apercevoir l’unicité de la lumière du Ein Sof avec la vue sensible (comme celle des yeux de chair), et non par le seul niveau de perception de « l’ouïe » et de la compréhension [intellectuelle].


כמו שכתוב במקום אחר, שזהו שרש כל העבודה


Ce qui, comme expliqué ailleurs, est la source de tout le service [divin].


La compréhension intellectuelle ­(« l’ouïe ») suscite uniquement une volonté, un désir pour le Divin ; en revanche, le niveau de perception assimilé à « la vue » opère une soumission, un effacement total devant le Divin.


והטעם: לפי שבאמת אין שום ממשות כלל בסטרא אחרא,


La raison pour laquelle l’humiliation de la sitra a’hara et la contrition aident à se départir du timtoum halev et à parvenir à la perception sensible du Divin est qu’en vérité, il n’y a absolument aucune réalité dans la sitra a’hara.


שלכן נמשלה לחשך שאין בו שום ממשות כלל, וממילא נדחה מפני האור


Aussi est-elle comparée à l’obscurité, qui n’a absolument aucune substance et est automatiquement repoussée du fait de la lumière.


וכך הסטרא אחרא, אף שיש בה חיות הרבה, להחיות כל בעלי חיים הטמאים, ונפשות אומות העולם, וגם נפש הבהמית שבישראל, כנזכר לעיל,


Et de même la sitra a’hara : bien qu’il y ait en elle beaucoup de vitalité, pour faire vivre tous les animaux impurs et les âmes des nations du monde, ainsi que l’âme animale des juifs, comme expliqué précédemment,


מכל מקום הרי כל חיותה אינה מצד עצמה, חס ושלום, אלא מצד הקדושה, כנזכר לעיל, ולכן היא בטלה לגמרי מפני הקדושה, כביטול החשך מפני האור הגשמי,


néanmoins, toute sa vitalité ne vient pas d’elle-même, à D.ieu ne plaise, mais de la sainteté, car la sainteté est source de toute vie, y compris de la sitra a’hara, comme expliqué précédemment. Et c’est pour cela qu’elle est complètement annulée [face à] la sainteté, tout comme l’obscurité est annulée devant la lumière physique.


רק שלגבי קדושת נפש האלקית שבאדם, נתן לה הקב״ה רשות ויכולת להגביה עצמה כנגדה,


C’est seulement que, par rapport à la sainteté de l’âme divine, D.ieu a donné [à la sitra a’hara] l’autorisation et la possibilité de se hisser contre elle (la sainteté de l’âme divine),


כדי שהאדם יתעורר להתגבר עליה להשפילה על ידי שפלות ונמיכת רוחו, ונבזה בעיניו נמאס


afin que l’homme s’éveille pour prendre le dessus sur elle, pour la rabaisser au moyen de l’humilité et de l’abaissement de son esprit, et en étant honteux à ses yeux et répugnant – ainsi rabaisse-t-il et repousse-t-il la sitra a’hara.


ובאתערותא דלתתא: אתערותא דלעילא, לקיים מה שכתוב: משם אורידך, נאם ה׳


Et par l’éveil de l’homme en bas pour écraser la sitra a’hara, est produit un éveil d’en haut, pour accomplir ce qui est écrit : « De là, je te ferais descendre, dit D.ieu » à la sitra a’hara qui tente de s’élever et de faire écran devant le Divin et la sainteté.


דהיינו שמסירה מממשלתה ויכלתה, ומסלק ממנה הכח ורשות שנתן לה להגביה עצמה נגד אור קדושת נפש האלקית


Cela veut dire qu’Il la prive de sa domination et de son pouvoir, et lui enlève la force et l’autorisation qu’Il lui a données pour s’élever contre la lumière de la sainteté de l’âme divine,


ואזי ממילא בטילה ונדחית, כביטול החשך מפני אור הגשמי


et alors, elle est automatiquement annulée et repoussée, tout comme l’obscurité est annulée [face à] la lumière physique.


וכמו שמצינו דבר זה מפורש בתורה גבי מרגלים, שמתחלה אמרו: כי חזק הוא ממנו, אל תקרי ממנו כו׳, שלא האמינו ביכולת ה׳,


Et comme nous trouvons cette chose-là explicitement dans la Thora, à propos des explorateurs partis en éclaireurs à la découverte de la Terre d’Israël : au début, ils déclarèrent : « Car il (l’ennemi) est plus fort que nous », ce que les Sages commentent ainsi : « Ne lis pas « que nous », etc. mais « que Lui » (D.ieu) », [c’est-à-dire] qu’ils n’eurent pas foi en le pouvoir de D.ieu de les conduire en terre d’Israël ;


ואחר כך חזרו ואמרו: הננו ועלינו וגו׳


[mais] après, ils regrettèrent et dirent : « Nous sommes prêts à monter, etc. en terre d’Israël ».


מאין חזרה ובאה אליהם האמונה ביכולת ה׳, הרי לא הראה להם משה רבנו עליו השלום שום אות ומופת על זה בנתיים,


Et d’où la foi dans le pouvoir de D.ieu leur est-elle revenue ? Notre maître Moïse, qu’il repose en paix, ne leur avait pourtant montré entre-temps aucun signe ou miracle à cet égard susceptible de raviver leur foi !


רק שאמר להם איך שקצף ה׳ עליהם ונשבע שלא להביאם אל הארץ


Il leur avait seulement dit comment D.ieu s’était mis en colère contre eux et avait juré de ne pas les amener en Terre [d’Israël].


ומה הועיל זה להם אם לא היו מאמינים ביכולת ה׳, חס ושלום, לכבוש ל״א מלכים, ומפני זה לא רצו כלל ליכנס לארץ


Quel effet ces remontrances eurent-elles sur eux, s’ils ne croyaient pas en la capacité de D.ieu, à D.ieu ne plaise, de conquérir les trente et un rois qui régnaient alors en Terre d’Israël, ce qui était la raison pour laquelle ils n’avaient pas du tout voulu entrer dans la Terre ?


אלא ודאי מפני שישראל עצמן הם מאמינים בני מאמינים,


Mais c’est certainement parce que les Juifs eux-mêmes sont « croyants, fils de croyants ». La foi est un héritage éternel des Patriarches. Ainsi, quand même ils affirmaient : « l’ennemi est plus puissant que Lui », la foi en la Toute Puissance divine demeurait inchangée en leur âme.


רק שהסטרא אחרא המלובשת בגופם הגביה עצמה על אור קדושת נפשם האלקית, בגסות רוחה וגבהותה בחוצפה בלי טעם ודעת


C’est seulement que la sitra a’hara revêtue de leur corps s’était hissée au-dessus de la lumière de la sainteté de leur âme divine, avec sa grossièreté et son arrogance, son effronterie sans [aucun] sens, ni raison.


ולכן מיד שקצף ה׳ עליהם והרעים בקול רעש ורוגז: עד מתי לעדה הרעה הזאת וגו׳ במדבר הזה יפלו פגריכם וגו׳ אני ה׳ דברתי אם לא זאת אעשה לכל העדה הרעה הזאת וגו׳,


Et c’est pour cela que dès que D.ieu s’est mis en colère contre eux, tonnant avec une voix puissante et irritée : « Jusqu’à quand cette mauvaise assemblée, etc. Dans ce désert tomberont vos dépouilles. C’est Moi, D.ieu Qui ai parlé : Oui, c’est ainsi que J’agirai avec toute cette mauvaise assemblée »,


וכששמעו דברים קשים אלו, נכנע ונשבר לבם בקרבם, כדכתיב: ויתאבלו העם מאד, וממילא נפלה הסטרא אחרא מממשלתה וגבהותה וגסות רוחה


et lorsqu’ils entendirent ces paroles rudes, leur cœur fléchit et fut brisé à l’intérieur d’eux, ainsi qu’il est écrit : « et le peuple s’affligea grandement » ; et automatiquement la sitra a’hara chuta de sa domination, de son arrogance et de sa grossièreté,


וישראל עצמן הם מאמינים


et les juifs eux-mêmes (de par leur âme divine) sont croyants.


Ils ne s’étaient en vérité jamais départis de leur foi et c’est pourquoi, dès lors que l’écran constitué par la sitra a’hara fut brisé par de sévères réprimandes, la foi se révéla à nouveau et ils s’exclamèrent : « Nous sommes prêts à monter… ». Il en est va même au niveau individuel : l’impossibilité pour l’âme de rayonner dans le corps est simplement l’œuvre de la sitra a’hara qui se hisse contre l’âme divine. Et la contrition du cœur permet de même la cassure de la sitra a’hara.


ומזה יכול ללמוד כל אדם שנופלים לו במחשבתו ספיקות על אמונה כי הם דברי רוח הסטרא אחרא לבדה, המגביה עצמה על נפשו, אבל ישראל עצמן הם מאמינים כו׳


Et de cela peut apprendre tout homme, qui est sujet dans sa pensée à des doutes dans la foi, que ces doutes sont seulement les vaines paroles de la sitra a’hara qui se hisse contre son âme divine. Mais les juifs eux-mêmes (de par leur âme divine) sont croyants… fils de croyants et ne sont sujets à aucun doute.


וגם הסטרא אחרא עצמה אין לה ספיקות כלל באמונה,


Et la sitra a’hara aussi (source de son âme animale) n’a absolument aucun doute concernant la foi.


Comme expliqué au Chapitre vingt-deux, les klipot dans leur source spirituelle (c’est-à-dire dépourvues de corporéité) ne dénient pas le Divin.


רק שניתן לה רשות לבלבל האדם בדברי שקר ומרמה להרבות שכרו


C’est seulement que l’autorisation lui a été donnée de troubler l’homme par des paroles mensongères et trompeuses en vue d’accroître sa récompense quand il en vient à bout,


כפיתויי הזונה לבן המלך בשקר ומרמה ברשות המלך, כמו שכתוב בזהר הקדוש


à l’instar des paroles séduisantes de la courtisane au fils du roi, pleines de mensonge et d’artifice, avec l’autorisation du roi, comme il est écrit dans le saint Zohar.


La parabole est la suivante : un roi veut éprouver la sagesse de son fils. Il emploie à cette fin une courtisane. Informée du vrai dessein du roi, celle-ci, en son for intérieur, souhaite que le prince ne succombe pas aux artifices qu’elle déploie. Il en est de même pour la sitra a’hara : souhaitant son propre échec, elle tente de détourner de D.ieu pour susciter la résistance victorieuse qui sera digne de récompense. Toutefois, ceci n’est vrai que de la sitra a’hara spirituelle, source de l’âme animale. A l’opposé, l’âme animale et le mauvais penchant qui s’habillent dans l’homme de chair sont véritablement mauvais, et leur but est, sans équivoque, de l’inciter au mal. En reprenant les termes de notre parabole, ce décalage peut être ainsi illustré : la courtisane initialement employée par le roi désigne de son côté une seconde courtisane, et la seconde une troisième… La noble intention du roi étant, à force de médiatisations oubliée, la dernière intervenante aguiche le prince en souhaitant effectivement le séduire et le faire succomber. Ainsi, un doute qui assombrirait la foi ne serait qu’une expression de la sitra a’hara. Les juifs sont en eux-mêmes des « croyants fils de croyants » et, profondément, leur foi demeure parfaite.