Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 38

Likoutei Amarim Chapitre 38 _______________


Les trois précédents chapitres ont établi l’importance des mitsvot qui relèvent de l’action et de la parole. Dès lors que ces mitsvot impliquent les membres du corps et les organes de la parole, elles mettent en œuvre l’âme vitale (source de vie du corps) qui se trouve ainsi élevée vers la sainteté. Et dès lors que l’objet de la descente de l’âme divine ici-bas réside dans l’élévation du corps et de l’âme vitale, les mitsvot qui relèvent de l’action et de la parole participent effectivement à cette finalité.


פרק ל״ח


והנה, עם כל הנ״ל יובן היטב פסק ההלכה הערוכה בתלמוד ופוסקים דהרהור לאו כדבור דמי


Or, avec tout ce qui a été dit précédemment concernant l’importance des mitsvot accomplies par la parole et par l’action, on comprendra fort bien la décision halakhique clairement énoncée dans le Talmud et les Décisionnaires, [à savoir] que la pensée n’est pas assimilable à la parole.


ואם קרא קריאת שמע במחשבתו ובלבו לבד בכל כח כוונתו לא יצא ידי חובתו, וצריך לחזור ולקרות


Et si on a récité le Chéma dans la pensée et dans le cœur uniquement, [fût-ce] avec toute la force de sa concentration, on n’est pas quitte de son obligation (de lire le Chéma), et il faut de nouveau le lire en prononçant les mots,


וכן בברכת המזון דאורייתא


et de même pour les Actions de Grâces après le repas, qui sont une obligation de la Thora,


Bien que la Thora ne précise pas concernant les Grâces : « Et tu les diras » comme c’est le cas pour la lecture du Chéma, la loi dispose qu’on ne peut accomplir son devoir par la seule pensée.


ובשאר ברכות דרבנן, ובתפלה


et [de même] pour les autres bénédictions bien qu’elles soient uniquement d’ordre rabbinique et pour la prière. Bien que la prière soit définie comme avoda chébelev, un « travail du cœur », c’est-à-dire un travail avec le cœur et à l’intérieur du cœur, les mots de la prière doivent être prononcés.


Le Rabbi observe que cette halakha ne fait pas question en soi. On n’est pas plus fondé à s’interroger aux raisons pour lesquelles D.ieu veut qu’une pensée particulière (exprimée par les Actions de Grâce ou la prière) soit énoncée que sur le fait que des mitsvot impliquant un acte matériel nous aient été ordonnées. En revanche, il faut effectivement comprendre pourquoi, quand une mitsva doit mettre en œuvre à la fois la parole et la pensée, la loi dispose que la seule articulation verbale dépourvue d’intention permet d’accomplir son devoir, alors que le contraire n’est pas vrai. Le texte envisage ici cette question.


ואם הוציא בשפתיו ולא כיון לבו, יצא ידי חובתו בדיעבד, ואין צריך לחזור


Et en revanche, si on a prononcé les mots du Chéma ou de la prière sans y appliquer son cœur, on est quitte de son obligation a posteriori (bien que la concentration soit effectivement requise a priori) et il n’est pas nécessaire de répéter les mots avec intention ;


לבד מפסוק ראשון של קריאת שמע, וברכה ראשונה של תפלת שמונה עשרה


sauf pour le premier verset du Chéma et la première bénédiction du Chemoné Essré, qui doivent être dûment répétés si l’attention a fait défaut.


וכדאיתא [ברפ״ב דברכות]: עד כאן מצות כוונה, מכאן ואילך מצות קריאה וכו׳


comme il est écrit (au début du Chapitre deux du traité Bérakhot) : « Jusqu’ici (jusqu’à la fin du premier verset du Chéma), l’obligation est d’être attentif (la concentration est une condition sine qua non à l’accomplissement du commandement) ; à partir d’ici et au-delà, l’obligation est de réciter… » et on remplit donc son devoir par la simple récitation des mots, fût-ce en l’absence d’attention.


Pourquoi donc la pensée non articulée n’est-elle pas valable, à l’instar de l’articulation dépourvue d’attention ? La réponse du Tanya se fonde sur l’idée longuement exposée concernant l’importance particulière des mitsvot qui relèvent de l’action et de la parole.


והיינו משום שהנשמה אינה צריכה תיקון לעצמה במצות


C’est parce que l’âme n’a pas en soi besoin de réparation par les mitsvot ;


רק להמשיך אור לתקן נפש החיונית והגוף


seulement l’objet des mitsvot est d’attirer la lumière [divine] pour parfaire l’âme animale et le corps,


על ידי אותיות הדבור שהנפש מדברת בה׳ מוצאות הפה, וכן במצות מעשיות שהנפש עושה בשאר אברי הגוף


et ce, par le truchement des lettres de la parole que l’âme articule par les cinq organes de la parole et de même, par les mitsvot pratiques que l’âme accomplit avec les autres membres du corps.


Dès lors que la finalité réside précisément dans cette élévation du corps et de l’âme vitale, obtenue par les mitsvot pratiques ou verbales, la seule pensée, qui se rattache directement à l’âme divine, ne peut satisfaire aux exigences des mitsvot qui relèvent de la parole. En revanche, la parole, fût-elle amputée de la pensée qui devrait l’habiter, est efficiente : par elle, l’âme vitale et le corps trouvent l’élévation. Rabbi Chnéour Zalman a longuement traité, depuis le début du Chapitre trente-cinq, de l’importance de l’aspect « pratique » des mitsvot, soulignée par les derniers mots du verset : « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour la mettre en pratique. » L’intention divine dans la Création, celle d’avoir une demeure ici-bas, s’accomplit précisément par les mitsvot qui relèvent de l’action (ou de la parole « qui est assimilée à une action »). Celles-ci permettent en effet l’élévation et la transformation de la vitalité du corps et de l’âme vitale, qui tient de la klipat noga. Ainsi, la klipat noga dans sa globalité, ce qui veut dire la vitalité même du monde, accèdera à la sainteté, et les autres klipot impures, n’ayant plus d’attache dans la sainteté, cesseront ipso facto d’exister. Il n’y aura plus alors de dissimulation du Divin, lequel rayonnera en ce monde, Sa « demeure », plus encore que dans les mondes supérieurs. Le texte envisage maintenant les mitsvot sous l’autre angle, celui de la kavana, « l’intention » ou « la concentration » qui accompagne l’acte de la mitsva. Le terme veut plus exactement signifier ici l’intention de s’attacher avec D.ieu par cet acte qui est l’expression de Sa volonté.


אך אף על פי כן אמרו: תפלה או שאר ברכה בלא כוונה הן כגוף בלא נשמה


Mais, néanmoins, [les Sages] ont dit que la prière ou une autre bénédiction [dites] sans intention (kavana) sont comme un corps sans âme.


פירוש:


Cette comparaison établie entre, d’une part, les mots de la prière et le corps, et d’autre part, l’intention et l’âme, signifie que


כי כמו שכל הברואים שבעולם הזה שיש להם גוף ונשמה


de même que tous les êtres créés de ce monde qui ont un corps et une âme,


שהם נפש כל חי, ורוח בשר איש, ונשמת כל אשר רוח חיים באפיו מכל בעלי חיים


à savoir le néfech de toute chose vivante, le roua’h de toute chair et la néchama de tout ce qui possède un souffle de vie dans ses narines parmi toutes les créatures vivantes,


וה׳ מחיה את כולם, ומהוה אותם מאין ליש תמיד באור וחיות שמשפיע בהם


D.ieu leur donne vie à tous et les fait venir à l’être continuellement ex nihilo par la lumière et vitalité qu’Il dispense en eux (c’est-à-dire qu’il communique à la fois à l’âme et au corps),


שגם הגוף החומרי, ואפילו אבנים ועפר הדומם ממש, יש בו אור וחיות ממנו יתברך, שלא יחזור להיות אין ואפס כשהיה


car le corps matériel aussi, et même les pierres et la terre qui sont absolument inertes, ont en eux une lumière et vitalité issue de Lui, béni soit-Il, de sorte qu’ils ne retournent pas au néant absolu, comme auparavant leur création,


(Dans sa seconde partie, intitulée : « Porte de l’unité et de la foi », le Tanya explique que toute existence reviendrait au néant absolu n’était la force divine qui, immanente, agit continuellement sur la chose créée et l’amène à l’existence. Ainsi cette lumière et vitalité divine existe-t-elle aussi à l’intérieur des objets inanimés et a fortiori à l’intérieur du corps de chaque être vivant, indépendamment de l’âme dont il est le réceptacle.)


ואף על פי כן אין ערך ודמיון כלל בין בחינת אור וחיות המאיר בגוף, לגבי בחינת אור וחיות המאיר בנשמה, שהיא נפש כל חי


et néanmoins, il n’y a aucune commune mesure ni ressemblance entre la lumière et vitalité qui brille dans le corps, et la lumière et vitalité qui brille dans la néchama, c’est-à-dire l’âme de toute chose vivante.


La séparation entre matière et esprit va de soi : les textes rapportent que les philosophes acceptent également que l’évolution de l’esprit à la matière représente la forme la plus radicale de création ex nihilo. De même, aucune comparaison ne saurait être établie entre l’enveloppe charnelle, matérielle, et l’âme, qui est une entité spirituelle. La différence entre esprit et matière s’explique, à l’évidence, au regard de la lumière divine qui brille respectivement en chacun d’eux. Pourtant, montre le Tanya, aucune distinction ne saurait être faite en termes de révélation du Divin à l’intérieur de l’esprit ou de la matière : la lumière et force vitale divine est pareillement dissimulée dans tous les éléments qui constituent ce monde, spirituels ou matériels, derrière le voile de la klipat noga, qui occulte son aspect divin. La différence se situe plutôt au niveau de la contraction ou de la diffusion de la force vitale divine : celle-ci est contractée au point de permettre la matérialité du corps. Quant à l’âme, cette force vitale lui est dipensée en sorte qu’elle est une entité spirituelle, vectrice elle-même de la vie.


ואף שבשניהם אור אחד שוה בבחינת הסתר פנים


Et bien que la lumière (force vitale divine créatrice présente) en tous les deux (le corps et l’âme) soit identique au regard de la « dissimulation de la Face » c’est-à-dire que la « Face », l’aspect profond et essentiel de la lumière divine, soit pareillement occulté,


ולבושים שוים שהאור מסתתר ומתעלם ומתלבש בהם


et que les vêtements dans lesquels la lumière se dissimule, se voile et se revêt soient identiques (pour le corps et pour l’âme),


כי שניהם הם מעולם הזה, שבכללותו מסתתר בשוה האור והחיות שמרוח פיו יתברך


car tous deux (l’âme et le corps) relèvent de ce monde, dans l’ensemble duquel (c’est-à-dire dans l’ensemble des choses de ce monde, matérielles comme spirituelles) la lumière et vitalité issue du « souffle de la bouche [de D.ieu] » se dissimule pareillement,


בבחינת הסתר פנים, וירידת המדרגות בהשתלשלות העולמות ממדרגה למדרגה בצמצומים רבים ועצומים


au regard de la « dissimulation de la Face » et de la descente [successive] des niveaux [qui constituent] l’enchaînement des mondes, de niveau en niveau, avec de nombreux et puissants tsimtsoumim (contractions),


עד שנתלבש בקליפת נוגה, להחיות כללות עולם הזה החומרי


jusqu’à se revêtir dans la klipat noga, pour donner vie à la totalité de ce monde matériel.


On décrit ici le processus descendant de la force vitale divine, qui procède du « souffle de Sa bouche » (référence à Malkhout du monde d’Atsilout) pour donner vie aux êtres créés de ce monde matériel. Le Tanya évoque ici plusieurs éléments qui participent à cette descente : (a) une descente de niveau en niveau, (b) de nombreux tsimtsoumim, (c) de puissants tsimtsoumim, (d) le vêtement de klipat noga. Qu’est-ce à dire, plus précisément ? (a) « Une descente de niveau en niveau » : pour parvenir à Assia, la force vitale divine qui procède du monde d’Atsilout doit traverser la chaîne descendante des mondes spirituels de Bria, Yétsira et Assia, ainsi que les nombreux niveaux qui composent chacun d’entre eux. (b) : « de nombreux tsimtsoumim » : la lumière divine connaît au cours de sa descente de nombreuses « contractions » qui diminuent son intensité. Mais cette descente et ces contractions, aussi nombreuses soient-elles, ne permettraient pas encore la création d’une existence matérielle à partir de la lumière divine ; tel est donc l’objet des (c) « puissants tsimtsoumim » c’est-à-dire des tsimtsoumim qui modifient complètement la nature même de la force vitale (et non seulement son intensité) au point qu’elle puisse créer et donner vie à des êtres physiques. (d) Enfin, « la force vitale… s’habille dans la klipat noga », voile qui ne permet pas d’entrevoir l’origine divine de la force vitale. La dimension divine étant occultée, les objets qui composent ce monde peuvent être mis au service de la sainteté, d’une mitsva, comme au service de son contraire. Tel est, précisément, l’objet de la klipat noga, définie au premier chapitre du Tanya comme un mélange de bien et de mal, susceptible par conséquent de s’ouvrir à des horizons différents. Ainsi, la force vitale divine, après de nombreux tsimtsoumim, se revêt du voile de la klipat noga afin d’animer toutes les choses de ce monde, permises ou interdites.


דהיינו כל דברים המותרים והטהורים שבעולם הזה, וממנה ועל ידה מושפעים דברים הטמאים


C’est-à-dire ( ) toutes les choses de ce monde qui sont permises et pures et qui reçoivent la vitalité directement via le voile de klipat noga ; et à partir de [la klipat noga] et par son biais ( ) les choses impures et interdites qui relèvent des trois klipot impures reçoivent leur vitalité.


כי היא בחינה ממוצעת, כנזכר לעיל


Ces dernières reçoivent également leur vitalité par l’entremise de la klipat noga, car [la klipat noga] est un niveau intermédiaire entre la sainteté (source de toute vie) et les trois klipot impures, comme dit plus haut.


Il en ressort que la lumière et vitalité divine immanente à l’ensemble des détails de la Création est pareillement vêtue du voile de la klipat noga qui occulte sa dimension divine. De ce point de vue, matière et esprit, corps et âme, sont similaires.


אף על פי כן, ההארה, שהיא המשכת החיות אשר ה׳ מאיר ומחיה דרך לבוש זה


Néanmoins, le rayonnement [divin], c’est-à-dire le flux de vitalité par lequel D.ieu illumine et donne vie à la Création à travers ce vêtement de la klipat noga,


אינה שוה בכולן, בבחינת צמצום והתפשטות


n’est pas la même pour tous, en termes de contraction et diffusion. Autrement dit, les divisions du monde sensible reflètent l’expression de la lumière divine qui les anime : restreinte à l’intérieur de certains objets, elle bénéficie dans d’autres d’une plus large expression.


La différence entre « dissimulation » (hester) et contraction (tsimtsoum) de la force vitale divine peut être illustrée de la façon suivante : Prenons l’exemple d’un épais rideau de fenêtre qui fait écran devant la lumière du soleil : la lumière qui pénètre la pièce à travers le rideau n’est plus de même nature que la lumière originelle, elle peut être simplement décrite comme un produit dérivé de cette dernière. C’est ce que l’on appelle ici « dissimulation », « occultation ». En revanche, si l’on bouche simplement la fenêtre en ne laissant qu’une infime ouverture pour donner du jour, la lumière, certes restreinte et contractée, demeure cependant exactement la même. Dans notre contexte, la klipat noga est le voile épais qui occulte pareillement la lumière divine créatrice de toutes les créatures de ce monde. Cette lumière varie, toutefois, quant à son degré de contraction et de manifestation, d’une créature à l’autre. C’est là que, de la même façon, réside la différence entre corps et esprit.


כי בגוף הגשמי והדומם ממש כאבנים ועפר


Dans le corps matériel d’un être vivant, et dans l’inerte comme les pierres et la terre, qui ne laissent point apparaître de vie,


ההארה היא בבחינת צמצום גדול אשר אין כמוהו


le rayonnement de la force divine créatrice se trouve dans un état de grande contraction qui n’a point de semblable.


והחיות שבו מועטת כל כך עד שאין בו אפילו כח הצומח


La force vitale qui est à l’intérieur du corps ou de l’inanimé est si infime qu’il n’y a même pas en eux de force végétative.


ובצומח ההארה אינה בצמצום גדול כל כך


Dans le règne végétal, le rayonnement de la force vitale divine n’est pas si grandement contracté : à la différence de l’inanimé, le phénomène végétatif met en évidence une certaine forme de vie.


ודרך כלל נחלקות לארבע מדרגות: דומם, צומח, חי, מדבר


De manière générale, les choses du monde sensible sont divisées en quatre niveaux : le minéral, le végétal, l’animal (littéralement : le vivant), et l’homme (lit. « celui qui parle »),


כנגד ד׳ אותיות שם הוי׳, ברוך הוא, שממנו מושפעים


correspondant aux quatre lettres du Nom divin (le Tétragramme) dont ils sont issus. Chacune de ces quatre catégories reçoit sa vitalité de la lettre qui lui correspond.


וכמו שאין ערך ודמיון ההארה והמשכת החיות שבדומם וצומח, לההארה והמשכת החיות המלובשות בחי ומדבר


Et tout comme l’illumination et le flux de vitalité qui se trouve dans le minéral et le végétal n’a pas de commune mesure et de ressemblance avec l’illumination et le flux de vitalité qui est revêtu dans l’animal et l’homme (dès lors que la vie apparaît à l’évidence dans ces deux dernières catégories),


אף שבכולם אור אחד שוה בבחינת הסתר פנים, ומלובש בלבוש אחד בכולם, שהוא לבוש נוגה


bien que dans toutes les quatre dites catégories, il y ait une lumière divine identique en termes de « dissimulation de la Face », et que dans toutes, [la lumière] soit revêtue d’un seul et même vêtement, à savoir le vêtement (voile) de noga qui occulte pareillement la dimension divine de cette lumière, comme expliqué longuement plus haut. En dépit de cette similitude, la vitalité des êtres inanimés et des plantes n’est pas comparable à la vitalité présente dans le règne animal et humain ;


כך אין ערך ודמיון כלל בין הארת והמשכת אור אין סוף ברוך הוא, שהוא פנימיות רצונו יתברך, בלי הסתר פנים ולבוש כלל


de même, il n’y a aucune commune mesure et ressemblance entre l’illumination et le flux de la lumière du Ein Sof, béni soit-Il, c’est-à-dire l’aspect intérieur de Sa Volonté, sans aucune « dissimulation de la Face » et sans aucun vêtement,


המאירה ומלובשת במצות מעשיות ממש וכן במצות התלויות בדבור וביטוי שפתיים בלי כוונה, שהוא נחשב כמעשה ממש, כנזכר לעיל


qui brille et est revêtu dans les mitsvot qui relèvent de l’action effective, et de même dans les mitsvot qui dépendent de l’articulation verbale, qui est assimilée à l’action effective, comme dit plus haut – quand elles sont accomplies sans kavana,


לגבי ההארה והמשכת אור אין סוף ברוך הוא המאירה ומלובשת בכוונת המצות מעשיות


par rapport à l’illumination et au flux de la lumière du Ein Sof qui illumine et est revêtu dans la kavana des mitsvot d’action,


שהאדם מתכוין בעשייתן כדי לדבקה בו יתברך על ידי קיום רצונו, שהוא ורצונו אחד


à savoir l’intention que l’homme a en les accomplissant de s’attacher avec D.ieu par l’observance de Sa Volonté, Lui [D.ieu] et Sa Volonté ne faisant qu’un.


וכן בכוונת התפלה, וקריאת שמע וברכותיה, ושאר הברכות, שבכוונתו בהן מדבק מחשבתו ושכלו בו יתברך


Et il en est de même de la kavana dans la prière, dans la lecture du Chéma et de ses bénédictions, et dans les autres bénédictions, [c’est-à-dire que] par l’intention qu’il a en celles-ci, il attache sa pensée et son intellect à Lui, Béni soit-Il.


ולא שדבקות המחשבה ושכל האדם בו יתברך היא מצד עצמה למעלה מדבקות קיום המצות מעשיות בפועל ממש


Non que l’attachement de la pensée et de l’intellect de l’homme avec D.ieu soit en soi supérieur à l’attachement par l’observance effective des mitsvot pratiques,


כמו שכתוב לקמן


comme il sera exposé plus loin.


L’attachement, l’unité avec D.ieu suscitée par l’accomplissement des mitsvot est décrite dans les mêmes termes que la consécration conjugale (kidouchine - קדושין) comme l’indique la bénédiction récitée préalablement à l’accomplissement d’une mitsva : « D.ieu… Qui nous a sanctifiés (קדשנו) par Ses commandements ». Bien sûr, l’homme ne peut atteindre un tel niveau d’unité avec D.ieu de son propre chef : c’est un acte de charité, de bonté divine que de nous avoir prescrit les mitsvot, nous donnant par là-même la faculté de parvenir à pareille unité avec Lui. De toute évidence, le travail spirituel d’attachement à D.ieu par la kavana, par la pensée et l’intellect ne saurait en aucune façon dépasser l’attachement créé par l’accomplissement même de la mitsva, processus initié par D.ieu Lui-même. En quoi consiste donc la supériorité de la kavana sur ce que l’on a défini comme le « corps de la mitsva » ? Rabbi Chnéour Zalman explique à présent que cette supériorité ne réside pas dans l’attachement en tant que tel, mais dans l’illumination de la Volonté divine qui inonde cette intention (kavana) : car elle est, elle aussi, l’expression de la Volonté de D.ieu, la Volonté que la pensée humaine Lui soit unie dans la pratique des commandements. Et la supériorité de cette illumination contenue dans la kavana par rapport à celle qui est contenue dans le seul accomplissement de la mitsva (dépourvu de kavana) est semblable à la supériorité de l’âme sur le corps.


אלא מפני שזהו גם כן רצונו יתברך, לדבקה בשכל ומחשבה וכוונת המצות מעשיות ובכוונת קריאת שמע ותפלה ושאר ברכות


Mais la kavana est supérieure parce que cela aussi est la Volonté de D.ieu, [à savoir] que l’on s’attache à Lui par l’intellect et la pensée, la kavana dans les mitsvot pratiques et la kavana dans la lecture du Chéma, la prière et autres bénédictions.


והארת רצון העליון הזה המאירה ומלובשת בכוונה זו


Et l’illumination de cette Volonté divine qui rayonne et est revêtue dans cette kavana


היא גדולה לאין קץ למעלה מעלה מהארת רצון העליון המאירה ומלובשת בקיום המצות עצמן במעשה ובדבור בלי כוונה


est infiniment plus grande et plus sublime que l’illumination de la Volonté divine qui rayonne et est revêtue dans l’accomplissement même des mitsvot, par l’action ou la parole sans kavana.


כגודל מעלת אור הנשמה על הגוף שהוא כלי ומלבוש הנשמה,


La supériorité de la kavana est comme la grandeur de la supériorité de la lumière de l’âme sur le corps, qui est un réceptacle et un vêtement pour l’âme,


כמו גוף המצוה עצמה שהוא כלי ומלבוש לכוונתה


tout comme le corps de la mitsva elle-même est un réceptacle et un vêtement pour sa kavana. Aussi l’accomplissement de la mitsva et sa kavana sont-ils respectivement comparés au corps et à l’âme, ce qui fait dire à nos Sages qu’une mitsva dépourvue de kavana est semblable à un corps sans âme.


ואף שבשתיהן, במצוה ובכוונתה, מלובש רצון אחד, פשוט בתכלית הפשיטות בלי שום שינוי וריבוי, חס ושלום, ומיוחד במהותו ועצמותו יתברך בתכלית היחוד


Et bien que dans les deux, dans la mitsva et sa kavana, soit revêtue une seule et même Volonté [suprême], simple d’une simplicité parfaite, qui n’est sujette à aucun changement ni pluralité, à D.ieu ne plaise (il n’est donc pas fondé de dire que cette Volonté divine, indivisible absolument, est « plus » importante dans la kavana que dans l’accomplissement concret) et que [cette Volonté] soit unie avec l’être et essence de D.ieu en parfaite unité,


אף על פי כן ההארה אינה שוה בבחינת צמצום והתפשטות


néanmoins, l’illumination est différente en termes de contraction et d’expansion (*).


Dans le seul accomplissement de la mitsva, cette illumination se trouve dans un état de « contraction » et l’attachement de l’âme avec D.ieu n’est pas clairement manifeste. En revanche, l’illumination se trouve exprimée et mise dans son jour dans l’attachement de la pensée et de l’intellect avec D.ieu, la kavana.


הגהה


NOTE


Dans la note suivante, Rabbi Chnéour Zalman explique la différence entre les mitsvot et leur kavana dans leur source dans les Séfirot supérieures. Chaque Séfira consiste en une lumière (« or ») et un réceptacle (« kéli »). Les kélim ont un terme et des caractères déterminés : l’un correspond à ‘Hokhma, l’autre à Bina… Le « or », en revanche, est une lumière divine simple en ce sens qu’elle est dépourvue de définition, de limite. Toute définition, trait distinctif qui marque un caractère, implique une contraction (tsimtsoum). Cette différence entre le « kéli », qui relève de la dimension du tsimtsoum et le « or », illimité, reflète la distinction entre le corps de la mitsva et sa kavana.


וכמו שכתוב בעץ חיים שכוונת המצות ותלמוד תורה היא במדרגת אור, וגוף המצות הן מדרגות ובחינת כלים


Et comme il est écrit dans le Ets ‘Haïm, [à savoir] que la kavana dans les mitsvot et dans l’étude de la Thora relève du niveau de la « lumière » alors que le « corps » c’est-à-dire l’accomplissement des mitsvot relève du niveau et de la dimension des réceptacles, lesquels représentent une dimension de contraction,


שהם בחינת צמצום, שעל ידי צמצום האור נתהוו הכלים


puisque c’est au moyen de la contraction de la lumière que les réceptacles sont venus à l’existence,


כידוע ליודעי ח״ן


comme le savent ceux qui sont familiers avec la sagesse ésotérique.


De même, la différence entre la kavana et le corps des mitsvot réside dans la contraction et l’expression de la lumière divine.


סוף הגהה


FIN DE LA NOTE


Il ressort de ce qui vient d’être dit, pour reprendre les termes du Tanya, que « de même que l’illumination, la force vitale divine présente dans le minéral et le végétal est sans commune mesure avec la force vitale divine présente dans l’animal et l’homme, de même, l’illumination présente dans l’accomplissement de la mitsva n’a aucune ressemblance avec l’illumination présente dans la kavana. » Rabbi Chnéour Zalman continue l’exposé des termes de l’analogie. Dès lors qu’il existe quatre divisions dans le monde sensible (minéral, végétal, animal et humain) classées en deux catégories globales : minéral et végétal d’un côté, animal et humain de l’autre, les mêmes subdivisions existent dans le cadre du corps et de l’âme des mitsvot.


ונחלקת גם כן לארבע מדרגות


Cela aussi (accomplissement et kavana des mitsvot) est divisé en quatre niveaux.


כי גוף המצות עצמן ממש הן ב׳ מדרגות, שהן מצות מעשיות ממש


Car le corps des mitsvot elles-mêmes consiste en deux niveaux, qui sont les mitsvot qui relèvent de l’action effective (par contraste avec l’articulation verbale, simplement « assimilée à l’action »)


ומצות התלויות בדבור ומחשבה, כמו תלמוד תורה וקריאת שמע ותפלה וברכת המזון ושאר ברכות


et les mitsvot qui dépendent de la parole et de la pensée, comme l’étude de la Thora, la lecture du Chéma, la prière, les Actions de Grâce après le repas et autres bénédictions.


Ces deux niveaux : l’action d’une part, la parole et la pensée d’autre part, sont des subdivisions de la catégorie du corps des mitsvot.


וכוונת המצות, לדבקה בו יתברך, שהיא כנשמה לגוף


Et la kavana des mitsvot, [c’est-à-dire l’intention] de s’attacher à D.ieu par cette mitsva, cette intention qui est comme une âme pour le corps de la mitsva,


נחלקת גם כן לשתי מדרגות, כמו שתי מדרגות הנשמה שהן בגוף החומרי שהן חי ומדבר


est également divisée en deux niveaux, correspondant aux deux niveaux d’âme présents dans les corps matériels, à savoir (a) dans l’animal et (b) dans l’humain.


Il existe de même deux niveaux de kavana, l’un semblable à l’âme d’un être vivant (l’animal) et l’autre, supérieur, comparé à l’âme d’un être doué de raison. Ces deux niveaux vont maintenant être définis.


כי מי שדעתו יפה לדעת את ה׳ ולהתבונן בגדולתו יתברך


Car celui qui est doué d’une intelligence suffisante pour comprendre la Divinité et méditer sur Sa grandeur, Béni soit-Il,


ולהוליד מבינתו יראה עילאה במוחו, ואהבת ה׳ בחלל הימני שבלבו


et engendrer à partir de sa compréhension une crainte supérieure dans son esprit et un amour de D.ieu dans le côté droit de son cœur (siège des émotions de l’âme divine)


להיות נפשו צמאה לה׳ לדבקה בו


de sorte que son âme ait soif de D.ieu, [cherchant] à s’attacher à Lui


על ידי קיום התורה והמצות, שהן המשכת והארת אור אין סוף ברוך הוא על נפשו לדבקה בו


par l’accomplissement de la Thora et des mitsvot, qui sont le flux et le rayonnement de la lumière du Ein Sof sur son âme, pour s’attacher à Lui ;


En d’autres termes, le désir de s’attacher à D.ieu par l’étude de la Thora et l’accomplissement des mitsvot résulte de l’amour et de la crainte de D.ieu suscités par la réflexion sur Sa grandeur. Car l’étude de la Thora et l’accomplissement des mitsvot sont effectivement le seul moyen de parvenir à cet attachement alors ardemment recherché.


ובכוונה זו הוא לומד ומקיים המצות, וכן בכוונה זו מתפלל ומברך


et avec cette intention il étudie et accomplit les mitsvot, et de même, avec cette intention il prie et récite les bénédictions,


הרי כוונה זו על דרך משל כמו נשמת המדבר, שהוא בעל שכל ובחירה, ובדעת ידבר


cette kavana est semblable – par analogie – à l’âme d’un être humain, qui possède l’intelligence et le libre arbitre, et qui parle avec raison, puisque cette kavana procède elle aussi de la raison et d’une démarche intellectuelle.


ומי שדעתו קצרה לידע ולהתבונן בגדולת אין סוף ברוך הוא


Et celui dont l’esprit est trop étroit pour connaître et pour méditer sur la grandeur du Ein Sof béni soit-Il,


להוליד האהבה מבינתו בהתגלות לבו, וכן היראה במוחו, ופחד ה׳ בלבו


de manière à engendrer à partir de sa réflexion un amour manifeste en son cœur, ainsi que la crainte en son esprit et la peur de D.ieu en son cœur.


Dès lors que l’observance des mitsvot, pour être conduite à son achèvement, exige impérativement les sentiments d’amour et de crainte de D.ieu, l’amour qui motive l’accomplissement et la crainte qui repousse la faute, comment l’homme « à l’esprit limité » peut-il susciter de tels sentiments ? En guise de réponse, Rabbi Chnéour Zalman évoque l’ « amour latent » pour D.ieu présent dans le cœur de chaque juif (ahava messoutéret). Cet « amour latent » comprend aussi une certaine forme de crainte, comme longuement expliqué aux Chapitres Dix-huit et Dix-neuf. Et même s’il ne parvient pas à amener cet amour à l’état d’émotion ressentie dans le cœur, il peut à tout le moins le révéler dans son esprit et concevoir ainsi une véritable volonté d’attachement à D.ieu (kavana) qui motivera ainsi l’étude de la Thora et la pratique des mitsvot. Dans ce dernier cas, la kavana, qui est basée sur un sentiment inné, instinctif (par contraste avec la méditation intellectuelle précédemment évoquée) est assimilée, par analogie, à l’âme d’un animal, être animé et instinctif qui ne présente pas les caractéristiques de la raison humaine.


רק שזוכר ומעורר את האהבה הטבעית המסותרת בלבו


Seulement il se souvient et éveille l’amour naturel qui est dissimulé en son cœur,


ומוציאה מההעלם והסתר הלב אל הגילוי במוח, על כל פנים


en le faisant émerger de l’état de voile et de dissimulation du cœur pour qu’il soit en tout état de cause révélé dans son esprit,


Même s’il ne parvient pas à mettre à jour cet amour de D.ieu en son cœur à l’état d’émotion ressentie, il peut à tout le moins l’évoquer dans son esprit.


שיהיה רצונו שבמוחו ותעלומות לבו מסכים ומתרצה בריצוי גמור באמת לאמיתו


de sorte que sa volonté dans son esprit et les recoins de son cœur approuve et consente d’une parfaite volonté et avec vérité absolue,


למסור נפשו בפועל ממש על יחוד ה׳


à faire don de sa vie de manière effective pour l’affirmation de l’unité de D.ieu,


כדי לדבקה בו נפשו האלקית ולבושיה, ולכללן ביחודו ואחדותו


afin d’attacher à Lui son âme divine et ses vêtements et de les absorber dans Son unité et Son unicité,


שהוא רצון העליון המלובש בתלמוד תורה וקיום המצות, כנזכר לעיל


qui est la Volonté suprême revêtue dans l’étude de la Thora et dans l’accomplissement des commandements, comme expliqué plus haut.


וגם היראה כלולה בה, לקבל מלכותו, שלא למרוד בו, חס ושלום


La crainte de D.ieu est également incluse [dans cet amour inné] : l’acceptation de Sa royauté, pour ne pas de rebeller contre Lui, à D.ieu ne plaise, par la faute.


ובכוונה זו הוא סר מרע ועושה טוב, ולומד ומתפלל ומברך


Et, [motivé] par cette kavana (qui émane de l’amour et de la crainte innés), il se « détourne du mal » (en se préservant de la faute) et « fait le bien » (par l’accomplissement des mitsvot), il étudie, prie, et récite les bénédictions,


בפירוש המלות לבדו, בלא דחילו ורחימו בהתגלות לבו ומוחו


[en pensant] seulement au sens des mots, sans amour et crainte de D.ieu révélés dans son cœur et son esprit.


הרי כוונה זו, על דרך משל, כמו נשמת החי שאינו בעל שכל ובחירה


Cette kavana (cette intention de s’attacher à D.ieu par les commandements et l’étude, qui procède non pas d’un amour engendré par une réflexion intellectuelle, mais de l’amour inné, latent en son cœur) est – par analogie – comme l’âme d’un animal, dépourvu d’intellect et de liberté de choix,


וכל מדותיו, שהן יראתו מדברים המזיקים אותו ואהבתו לדברים הנאהבים אצלו, הן רק טבעיים אצלו, ולא מבינתו ודעתו


et dont toutes les émotions – c’est-à-dire sa crainte des choses qui lui sont nuisibles et son amour des choses qui sont pour lui agréables – sont simplement naturelles, et ne sont pas le résultat de sa compréhension et de sa raison.


וכך הן, על דרך משל, היראה והאהבה הטבעיות המסותרות בלב כל ישראל


Ainsi sont également – par allégorie – la crainte et l’amour naturels, dissimulés dans le cœur de chaque juif (ils ne sont pas le résultat d’un choix, d’une démarche intellectuelle, mais sont innés),


כי הן ירושה לנו מאבותינו, וכמו טבע בנפשותינו


car ils sont pour nous un héritage de nos patriarches, et sont comme [un instinct] naturel en nos âmes,


כנזכר לעיל


comme expliqué plus haut.


Au Chapitre dix-huit, le Tanya a expliqué que l’âme divine présente en chaque juif et animée d’un amour intrinsèque pour D.ieu est l’héritage – éternel – que les patriarches ont transmis. Cet amour, latent, comprend également une forme de crainte, la crainte de se séparer du Divin par la faute. Parce qu’il n’est absolument pas intellectuel, mais instinctif et inné, il est ici comparé à l’âme d’un animal. Pour en revenir à la question initiale, la kavana et l’accomplissement des mitsvot sont donc elles-mêmes subdivisés en deux et correspondent ainsi aux quatre divisions du monde sensible. Les deux niveaux d’accomplissement (le corps) des mitsvot, à savoir les mitsvot qui relèvent de l’action et celles qui relèvent de la parole et de la pensée correspondent aux règnes minéral et végétal. Quant aux deux niveaux d’intention (l’âme) des mitsvot, c’est-à-dire la kavana qui procède de l’amour inné et latent pour D.ieu et la kavana qui est le résultat d’une méditation, ils correspondent respectivement aux deux catégories d’âme : l’âme de l’animal et l’âme de l’être humain, doué de raison.

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