Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 47

Likoutei Amarim Chapitre 47 _______________


C’est un chemin nouveau que Rabbi Chnéour Zalman a ouvert au chapitre précédent. Facile à emprunter, il permet de parvenir à un grand amour pour D.ieu, un amour vivifiant son accomplissement de la Thora et des commandements. Il a pris argument d’une affirmation de l’Ecriture : « de même que l’eau réfléchit l’image du visage » qui lui est présenté, « de même le cœur de l’homme » reproduit les sentiments qui lui sont témoignés. Or, ce principe universel a d’autant plus de force si on l’applique au témoignage d’amour d’un grand monarque envers l’un de ses plus humbles sujets : l’amour du roi qui s’abaisse vers lui, le relève et le conduit dans son palais, dans ses appartements privés, génèrera à l’évidence un formidable écho dans le cœur de cet insignifiant bénéficiaire de la faveur royale. C’est un amour similaire quoique infiniment plus grand, que D.ieu a exprimé envers le peuple d’Israël en descendant Lui-même, dans toute Sa splendeur, dans ce qui était « l’impudicité de la terre », l’Egypte, pour sauver Israël et le conduire dans « ses chambres », en lui donnant la Thora et les mitsvot par lesquelles on peut s’unir à Lui. Rabbi Chnéour Zalman a ainsi précisé le sens du mot kidéchanou (« nous a sanctifiés ») dans chaque bénédiction précédant l’accomplissement d’une mitsva : kidéchanou fait allusion aux kidouchine, les liens du mariage qui unissent les époux. Kidéchanou évoque aussi la Sainteté divine en tant qu’elle est séparée de tous les mondes mais à laquelle l’accomplissement des mitsvot peut élever. Une question, pourtant, se pose inévitablement : comment parler encore d’un tel amour aujourd’hui alors que l’événement de la sortie d’Egypte est vieux de plusieurs millénaires ? Le Tanya répond que non seulement l’évocation, en notre temps, de l’immense amour témoigné par D.ieu lors de la sortie d’Egypte et du Don de la Thora, peut et doit susciter un tel sentiment d’amour, mais encore que la sortie d’Egypte dans sa dimension spirituelle, autrement dit la descente de D.ieu vers Israël, est un évènement qui appartient au temps présent et doit être vécu au quotidien.


פרק מ״ז


והנה בכל דור ודור, ובכל יום ויום, חייב אדם לראות עצמו כאילו הוא יצא היום ממצרים


Et en chaque génération et chaque jour, un homme est tenu de se considérer comme s’il était en ce jour même sorti d’Egypte.


Cette phrase est une citation de la Michna ; le Tanya ajoute ici les mots « et chaque jour » pour signifier que l’Exode d’Egypte n’est pas uniquement un évènement qui concerne chaque génération, c’est aussi un évènement spirituel qui doit faire quotidiennement irruption dans la vie de chacun.


והיא יציאת נפש האלקית ממאסר הגוף, משכא דחויא


Cela [fait référence à] la libération de l’âme divine de l’emprisonnement du corps, [qualifié] de « peau de serpent »,


Le corps, qui reçoit sa vitalité de la klipa, est source d’exil et d’emprisonnement pour l’âme divine. Ainsi l’âme divine se libère-t-elle de l’exil imposé par le corps,


ליכלל ביחוד אור אין סוף ברוך הוא,


pour être absorbée dans l’Unité de la lumière du Ein Sof, béni soit-Il,


על ידי עסק התורה והמצות בכלל


en se consacrant à la Thora et aux commandements en général,


ובפרט בקבלת מלכות שמים בקריאת שמע, שבה מקבל וממשיך עליו יחודו יתברך בפירוש, באמרו: ה׳ אלקינו ה׳ אחד


et en particulier en acceptant la Souveraineté du Ciel lors de la lecture du Chéma, dans lequel on accepte et on attire sur soi l’Unité [divine] expressément, en disant : « l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un ».


וכמו שנתבאר לעיל, כי אלקינו הוא כמו: אלקי אברהם וכו׳, לפי שהיה בטל ונכלל ביחוד אור אין סוף ברוך הוא


Ainsi qu’il a été expliqué plus haut (au chapitre précédent), [à savoir] que « notre D.ieu » est [à comprendre] comme [l’expression] « D.ieu d’Abraham… » D.ieu se présente comme le « D.ieu d’Abraham » parce qu’Abraham était complètement annulé et absorbé dans l’unité de la lumière du Ein Sof.


De même, l’appellation « notre D.ieu » traduit la soumission et l’union de chaque juif avec la lumière de l’Infini divin par l’accomplissement des mitsvot.


רק שאברהם זכה לזה במעשיו, והילוכו בקודש ממדרגה למדרגה


Seulement Abraham mérita [cet attachement avec l’Infini Divin] par ses actions et son cheminement dans la sainteté de niveau en niveau, se hissant ainsi au plus haut niveau d’annulation et de d’unification avec le Divin,


כמו שכתוב: ויסע אברם הלוך ונסוע וגו׳


ainsi qu’il est dit : « Et Avram voyagea, avançant toujours… [vers le Sud.] »


Ce périple d’Abraham jusqu’au « Sud » signifie au plan spirituel que l’amour pour D.ieu d’Abraham atteignit alors son plus haut degré d’achèvement. Ce fut, pour lui, l’aboutissement d’un cheminement entrepris personnellement.


אבל אנחנו, ירושה ומתנה היא לנו, שנתן לנו את תורתו, והלביש בה רצונו וחכמתו יתברך, המיוחדים במהותו ועצמותו יתברך בתכלית היחוד


Mais nous, enfants d’Abraham, c’est pour nous un héritage et un présent, [à savoir] qu’Il nous a donné Sa Thora et a revêtu en elle Sa volonté et Sa sagesse, qui sont unies avec Son être et Son essence en parfaite unité,


והרי זה כאלו נתן לנו את עצמו, כביכול


et c’est comme s’Il s’était Lui-même donné à nous, si l’on peut dire,


Par l’étude de la Thora et l’accomplissement des mitsvot, un juif « appréhende » le Divin et se trouve uni à Lui.


כמו שכתוב בזהר הקדוש על פסוק: ויקחו לי תרומה


ainsi qu’il est écrit dans le Zohar à propos du verset : « et ils prendront pour Moi (Li) une offrande ».


[דלי, כלומר: אותי


(Le Zohar dit que le mot Li signifie « ils Me prendront – D.ieu ».


Le Zohar comprend Li comme un complément d’objet et le mot térouma (offrande), composé des lettres du mot Thora et de la lettre mem, en référence à la Thora qui fut donnée au terme de 40 jours (valeur numérique de la lettre mem) sur le Mont Sinaï. Ainsi, dit le Zohar, c’est par la « térouma », c’est-à-dire la Thora, que les juifs « prendront D.ieu ».


והוה לי למימר: ותרומה


Or, [le texte] aurait dû dire : « et une offrande » ;


Dès lors que, selon l’interprétation ésotérique du Zohar, « Li » renvoie à l’objet, D.ieu et « térouma » au moyen, la Thora, l’ajout d’une conjonction semble s’imposer dans le verset : « Vous Me prendrez, et (sous-entendu comment ? Par) une offrande – la Thora ».


אלא משום דכולא חד


mais c’est parce que tout est un. Le verset veut ici signifier que D.ieu et la Thora ne font qu’un ; la conjonction « et » aurait précisément laissé entendre le contraire.


עיין שם היטב]


Pour bien comprendre cette idée, on étudiera attentivement [ce passage du Zohar].)


וזה שאומרים: ותתן לנו ה׳ אלקינו באהבה כו׳


C’est [la signification de] ce que nous disons : « et Tu nous as donné, Eternel notre D.ieu, avec amour… »,


Du fait de Son amour pour le peuple d’Israël, Il nous a fait présent de Lui-même en devenant notre D.ieu, de sorte que nous puissions être unis à Lui. Nous disons pareillement dans nos prières :


כי באור פניך נתת לנו ה׳ אלקינו כו׳


« Car dans la lumière de Ta face, Tu nous as fait cadeau [que l’]Eternel [est] notre D.ieu… »


ולזה


Et pour cela,


Dès lors que cette union du juif avec D.ieu (Qui devient ainsi désigné comme « son » D.ieu) n’est pas le résultat d’un travail, mais qu’il s’agit, selon les termes des Ecritures, d’un « héritage » et d’un « présent », elle est à la portée de chacun, quel que soit son rang spirituel. Telle est, précisément, le caractère d’un héritage, qui ne dépend pas de la qualité de celui qui hérite, et d’un présent qui n’apparaît pas comme le salaire d’un travail accompli. C’est pourquoi,


אין מונע לנו מדביקות הנפש ביחודו ואורו יתברך אלא הרצון, שאם אין האדם רוצה כלל, חס ושלום, לדבקה בו כו׳


il n’y a rien qui empêche pour nous l’attachement de l’âme à Son Unité et Sa lumière, si ce n’est la volonté ; car si l’homme ne veut pas du tout, à D.ieu ne plaise, être attaché à Lui, etc. cette union ne sera pas réalisée.


אבל מיד שרוצה, ומקבל וממשיך עליו אלוקותו יתברך, ואומר: ה׳ אלקינו ה׳ אחד, הרי ממילא נכללת נפשו ביחודו יתברך, דרוח אייתי רוח ואמשיך רוח


Mais dès qu’il le désire, qu’il accepte et appelle sur Lui la Divinité, et déclare : « l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un », automatiquement son âme devient absorbée dans l’Unité de D.ieu ; car « l’esprit (l’éveil de l’homme) suscite un esprit (un éveil d’en haut), et attire un esprit (de manière à ce que l’homme soit porté vers D.ieu et attaché à Lui) ».


והיא בחינת יציאת מצרים


Et ceci est la dimension de la Sortie d’Egypte.


L’acceptation du joug de la Royauté divine et l’expression de la volonté d’être attaché à l’Unité de D.ieu représente l’idée même de la « Sortie d’Egypte » par laquelle l’âme se trouve libérée des contingences du corps pour être liée à D.ieu.


ולכן תקנו פרשת יציאת מצרים בשעת קריאת שמע דווקא, אף שהיא מצוה בפני עצמה, ולא ממצות קריאת שמע, כדאיתא בגמרא ופוסקים


C’est pourquoi [les Sages] ont institué [la lecture de] la section relative à l’Exode d’Egypte précisément au moment de la lecture du Chéma, bien que [l’évocation quotidienne de l’Exode d’Egypte] soit un commandement à part entière qui n’appartient pas au commandement de la lecture du Chéma, comme mentionné dans le Talmud et les Décisionnaires,


Pourquoi les Sages ont-ils donc lié ces deux obligations distinctes, en juxtaposant la section « Vayomer » qui rappelle la Sortie d’Egypte aux deux premières sections du Chéma ?


אלא מפני שהן דבר אחד ממש


mais parce qu’elles sont effectivement une seule et même chose.


Dès lors que l’objet de la lecture du Chéma, l’acceptation de la royauté divine, est une forme de « Sortie d’Egypte » individuelle par laquelle l’âme échappe aux liens du corps, ces deux sections sont intimement liées.


וכן, בסוף פרשת יציאת מצרים מסיים גם כן: אני ה׳ אלקיכם, והיינו גם כן כמו שנתבאר לעיל


Et de même, à la fin de la section qui porte sur l’Exode d’Egypte, [le verset] conclut aussi : « Je suis l’Eternel votre D.ieu », ce qui correspond à ce qui a été dit précédemment.


C’est en vertu de la Sortie d’Egypte que « Je suis votre D.ieu ». La Sortie d’Egypte est donc bien, pour chacun, un évènement quotidien. Dès lors, de même que l’immense amour témoigné à Israël lors de la Sortie d’Egypte historique doit déterminer en retour un amour sans limite pour D.ieu, « comme l’eau renvoie le visage au visage », de même cette expérience spirituelle quotidienne qui résulte elle aussi d’un amour divin incommensurable, trouvera-t-elle un écho dans le cœur de chaque juif.

12 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout