Tanya - Likoutei Amarim - Chapitre 48

Likoutei Amarim Chapitre 48 _______________


Après avoir caractérisé le moment de la Sortie d’Egypte comme l’expression de l’amour de D.ieu pour le peuple juif, le précédent chapitre a montré que, dans sa dimension spirituelle, cette Sortie demeure un évènement vécu quotidiennement par chacun. A cet immense amour que D.ieu prodigue doit répondre alors (« comme dans l’eau le visage répond au visage »), un immense amour pour D.ieu.


פרק מ״ח


והנה, כאשר יתבונן המשכיל בגדולת אין סוף ברוך הוא,


Or, quand [l’homme] réfléchi méditera sur la grandeur de l’Infini Divin,


כי כשמו כן הוא: אין סוף ואין קץ ותכלית כלל לאור וחיות המתפשט ממנו יתברך ברצונו הפשוט


[à savoir que] comme Son Nom l’atteste, ainsi est-Il, il n’y a aucune fin ni limite et achèvement à la lumière et vitalité qui se répand de Lui, par Sa Volonté qui est simple c’est-à-dire qui échappe à toute définition,


ומיוחד במהותו ועצמותו יתברך בתכלית היחוד


et qui est unie avec Son essence et Son être dans une unité absolue.


Appliquée à D.ieu, la métaphore de la « lumière » employée par la Kabbale signifie que l’émanation est similaire à sa Source et porte en elle l’Infini divin, sans produire aucun changement en Lui. Cependant, et à la différence de la lumière physique qui est une émanation spontanée du luminaire, la lumière divine ne se répand que par Sa volonté et non pas nécessairement. Mais, dès lors qu’elle est porteuse d’infini, les mondes et les êtres finis ne peuvent, à partir d’elle, venir à l’existence directement : des « contractions » préalables sont nécessaires.


ואילו היתה השתלשלות העולמות מאור אין סוף ברוך הוא בלי צמצומים, רק כסדר המדרגות ממדרגה למדרגה בדרך עלה ועלול


Et si la chaîne des mondes [procédait] de l’Infinie lumière sans « contractions », mais suivant une [descente] graduelle de degré en degré dans un processus de « cause à effet »,


A l’image d’une chaîne dont les anneaux sont engagés les uns dans les autres, les différents degrés d’une suite dite de cause à effet sont attachés l’un à l’autre dans la relation de causalité. Le degré supérieur, parce qu’il en est la cause, conserve avec le degré inférieur une commune mesure. Pensée et parole sont l’exemple d’un tel processus. Ce qui est exprimé par la parole résulte nécessairement d’une pensée : la pensée est ainsi la cause et la parole l’effet. Cette dernière est d’ores et déjà plus matérielle que la pensée, mais les deux sont pourtant étroitement liées et pareillement constituées de « lettres » (de la pensée ou de la parole). Ainsi l’effet partage-t-il toujours des traits communs avec la cause qui l’a engendré. Et, en raison même de ce lien qui unit l’effet à sa cause, aussi long que soit le processus évolutif, il est impossible que l’effet ultime soit radicalement différent de la cause originelle. Dès lors que la lumière/vitalité qui émane de Lui est infinie, la création ne peut être le résultat d’une descente graduelle de cause à effet. Car alors,


לא היה העולם הזה נברא כלל כמו שהוא עתה בבחינת גבול ותכלית:


ce monde n’aurait absolument pas été créé tel qu’il est présentement, dans un état de limitation et de finitude :


מהארץ לרקיע מהלך ת״ק שנה


« de la terre au firmament, il y a une distance de cinq cents ans » une distance finie,


וכן בין כל רקיע לרקיע, וכן עובי כל רקיע ורקיע


et de même entre chaque firmament, il y a pareillement une distance de cinq cents ans et de même l’épaisseur de chaque firmament représente une distance de cinq cents ans.


ואפילו עולם הבא וגן עדן העליון, מדור נשמות הצדיקים הגדולים, והנשמות עצמן, ואין צריך לומר המלאכים, הן בבחינת גבול ותכלית


Et même le Monde futur et le Jardin d’Eden supérieur – la demeure des âmes des grands tsaddikim – et les âmes elles-mêmes, et inutile de dire les anges, relèvent de la limite et de la finitude,


Et, bien qu’il ait été dit précédemment au Chapitre trente-neuf que les âmes se délectent de la perception de l’Infinie lumière, il n’y a pas là de contradiction,


כי יש גבול להשגתן באור אין סוף ברוך הוא, המאיר עליהן בהתלבשות חב״ד כו׳


car il y a une limite à leur perception de l’Infinie lumière, qui les illumine en se revêtant de ‘HaBaD,


Les âmes et les anges perçoivent l’Infinie lumière en tant qu’elle se revêt des Séfirot de ‘Habad de leur propre monde. Leur compréhension de la grandeur de l’Infini Divin est donc bien circonscrite.


ולכן יש גבול להנאתן שנהנין מזיו השכינה, ומתענגין באור ה׳


et c’est pourquoi il y a une limite au plaisir qu’ils prennent dans le rayonnement de la Chekhina, et à leur délectation dans la lumière de D.ieu,


Dès lors que ce plaisir nait précisément de leur perception, restreinte, de l’Infinie lumière, le plaisir éprouvé, aussi grand soit-il, demeure soumis à des limites.


כי אין יכולין לקבל הנאה ותענוג בבחינת אין סוף ממש, שלא יתבטלו ממציאותן ויחזרו למקורן


car ils ne peuvent pas recevoir un profit et un plaisir infini vraiment, [pour] ne pas qu’ils ne « s’effacent dans leur existence », retournant [ainsi] à leur source.


Ainsi, tous les êtres créés, même ceux qui appartiennent aux sommets spirituels, connaissent la finitude, à la limitation. Pour que ces êtres finis soient créés de l’Infinie lumière, une descente graduelle de « cause à effet » n’est pas possible et des tsimtsoumim s’imposent. En effet, le tsimtsoum modifie la nature de la lumière : celle qui en résulte n’a plus de commune mesure avec la lumière originelle. Seul le tsimtsoum permet donc la création d’êtres finis à partir de la lumière divine infinie.


והנה, פרטיות הצמצומים איך ומה, אין כאן מקום ביאורם


Or, le détail des contractions, comment et quoi, ce n’est pas là l’endroit pour les expliquer.


אך דרך כלל הן הם בחינת הסתר והעלם המשכת האור והחיות


Mais de manière globale, il s’agit d’une dissimulation et d’un voilement de la diffusion de la lumière et vitalité,


שלא יאיר ויומשך לתחתונים בבחינת גילוי, להתלבש ולהשפיע בהן ולהחיותם להיות יש מאין


de sorte qu’elle n’illumine et ne soit portée aux créatures inférieures de manière révélée – pour se vêtir d’elles, agir sur elles et les animer de manière à ce qu’elles existent ex nihilo


כי אם מעט מזעיר אור וחיות, בכדי שיהיו בבחינת גבול ותכלית


que dans une très petite mesure de lumière et vitalité, pour qu’elles soient dans un état de limite et de finitude.


La révélation de la lumière/vitalité divine n’aurait pas permis l’existence d’êtres finis. Le tsimtsoum permet la dissimulation de cette vitalité : seul un infime reflet de lumière et de vitalité s’exprime encore dans les êtres créés.


שהיא הארה מועטת מאד, וממש כלא חשיבי לגבי בחינת הארה בלי גבול ותכלית, ואין ביניהם ערך ויחס כלל


Il s’agit là d’un infime reflet qui se révèle en eux suite au tsimtsoum, qui n’est vraiment compté comme rien par rapport à la radiance sans fin ni limite qui précède le tsimtsoum ; il n’y a aucune valeur [commune] ni rapport entre eux.


Autrement dit, la différence entre le reflet qui résulte du tsimtsoum et la lumière qui le précède n’est pas simplement une différence « quantitative », fût-elle de l’immensément grand à l’immensément petit : ils n’ont strictement plus aucune similitude.


כנודע פירוש מלת ערך במספרים, שאחד במספר יש לו ערך לגבי מספר אלף אלפים, שהוא חלק אחד מני אלף אלפים


Comme l’on connaît le sens du mot « valeur » en termes de nombres : le chiffre un a une certaine valeur par rapport au nombre un million, car il représente la millionième partie de celui-ci.


Un et un million sont commensurables, c’est-à-dire que le chiffre un représente une fraction du nombre un million : si cette petite fraction est soustraite, on n’obtient plus un million.


אבל לגבי דבר שהוא בבחינת בלי גבול ומספר כלל, אין כנגדו שום ערך במספרים


Mais par rapport à quelque chose qui est absolument sans limite et sans nombre, aucun nombre ne saurait être signifiant,


שאפילו אלף אלפי אלפים ורבוא רבבות אינן אפילו כערך מספר אחד לגבי אלף אלפי אלפים ורבוא רבבות


car même mille milliers de milliers et dix mille myriades comparés à l’infini ne sont pas même comme la valeur du chiffre un par rapport à mille milliers de milliers et dix mille myriades,


Comme dit précédemment, ces nombres demeurent commensurables. Le chiffre un représente une certaine fraction de la somme totale. En revanche, un tel nombre, aussi immense soit-il, ne peut pas être défini comme une portion de l’infini.


אלא כלא ממש חשיבי


plutôt, ils n’ont aucune commune mesure et sont vraiment comptés comme rien.


וככה ממש היא בחינת ההארה מועטת זו, המתלבשת בעולמות עליונים ותחתונים, להשפיע בהם להחיותם


De la même façon vraiment cet infime reflet produit du tsimtsoum qui se revêt des mondes supérieurs et inférieurs afin d’influer sur eux et de les animer est totalement insignifiant


לגבי אור הגנוז ונעלם, שהוא בבחינת אין סוף


par rapport à la lumière enfouie et voilée, laquelle relève de l’infini


ואינו מתלבש ומשפיע בעולמות בבחינת גילוי להחיותם, אלא מקיף עליהם מלמעלה, ונקרא סובב כל עלמין


et ne se revêt pas et n’influe pas dans les mondes de manière révélée pour les animer, mais les enveloppe d’en haut, c’est-à-dire qu’elle agit sur les mondes « d’en haut », tout en demeurant dans sa transcendance, et est appelée sovev kol olmine (« qui entoure tous les mondes ») à la différence de la lumière qui « emplit tous les mondes » en se « revêtant » d’eux, telle l’âme qui anime le corps.


ואין הפירוש סובב ומקיף מלמעלה בבחינת מקום, חס ושלום, כי לא שייך כלל בחינת מקום ברוחניות


Cela ne veut pas dire qu’elle encercle et enveloppe les mondes d’en haut sur le plan de l’espace autrement dit qu’elle serait extérieure aux mondes, à D.ieu ne plaise, car la notion d’espace n’est pas envisageable dans le spirituel,


אלא רצונו לומר: סובב ומקיף מלמעלה לענין בחינת גילוי השפעה


mais plutôt il s’agit de dire qu’elle encercle et enveloppe [les mondes] d’en haut en ce qui concerne la révélation de l’influence qu’elle exerce en eux, son influence n’étant pas révélée.


כי ההשפעה שהיא בבחינת גילוי בעולמות נקראת בשם הלבשה, שמתלבשת בעולמות, כי הם מלבישים ומשיגים ההשפעה שמקבלים


Car l’influence qui est dans un état de révélation dans les mondes est appelée revêtue, [on dit] qu’elle se revêt des mondes, car ils revêtent et saisissent l’influence qu’ils reçoivent ;


מה שאין כן ההשפעה שאינה בבחינת גילוי אלא בהסתר והעלם, ואין העולמות משיגים אותה, אינה נקראת מתלבשת, אלא מקפת וסובבת


en revanche, l’influence qui n’est pas dans un état de révélation, mais qui est dissimulée et voilée, sans être appréhendée par les mondes, on ne dit pas qu’elle se revêt des mondes, mais qu’elle les « enveloppe » et les « encercle ».


הלכך, מאחר שהעולמות הם בבחינת גבול ותכלית, נמצא שאין השפעת אור אין סוף מתלבשת ומתגלה בהם בבחינת גילוי, רק מעט מזער הארה מועטת מצומצמת מאד מאד


C’est pourquoi, dès lors que les mondes relèvent de la limite et de la finitude, l’influence de l’Infinie lumière ne se revêt pas d’eux dans un état de révélation : seul un infime reflet, extrêmement contracté se revêt et brille en eux de manière révélée,


והיא רק כדי להחיותם בבחינת גבול ותכלית


seulement [dans la mesure nécessaire] pour les animer dans un état de limitation et de finitude.


La révélation est nécessaire pour donner vie aux êtres et aux mondes créés. Mais seul un infime reflet de la lumière infinie doit être révélé pour que leur existence de mondes et d’êtres finis soit possible.


אבל עיקר האור בלי צמצום כל כך נקרא מקיף וסובב, מאחר שאין השפעתו מתגלית בתוכם, מאחר שהם בבחינת גבול ותכלית


Mais l’essentiel de la lumière qui n’est pas contractée tant que cela est appelée makif (« qui enveloppe ») et sovev (« qui entoure »), dès lors que son influence n’est pas révélée à l’intérieur [des mondes], puisqu’ils relèvent de la limite et de la finitude.


Cette lumière infinie demeure donc dissimulée. A ce titre, elle est désignée comme une lumière qui « entoure », c’est-à-dire qu’elle agit sur les mondes sans y être perçue. Rabbi Chnéour Zalman va à présent illustrer cette idée à l’aide d’un exemple. Le sol terrestre est composé d’éléments inertes et de végétaux (les deux niveaux inférieurs de la classification traditionnelle : inerte, végétal, animal et humain), et la vitalité divine ne s’y trouve révélée qu’à un infime degré. Pourtant, l’Ecriture affirme clairement que la terre est emplie de la gloire divine, c’est-à-dire de Son Infinie lumière. C’est donc que cette lumière y est présente de manière cachée, « enveloppante » pour reprendre la terminologie de la ‘Hassidout qui va être explicitée.


והמשל בזה, הנה הארץ הלזו הגשמית,


Pour illustrer cette idée, [considérons] cette terre matérielle.


אף שמלא כל הארץ כבודו


Bien que « le monde entier soit plein de Sa gloire »,


והיינו אור אין סוף ברוך הוא, כמו שכתוב: הלא את השמים ואת הארץ אני מלא, נאם ה׳


c’est-à-dire de l’Infinie lumière, comme il est dit : « N’est-ce pas que J’emplis le ciel et la terre, dit D.ieu »,


Le pronom « Je » renvoie à l’Infinie lumière, c’est donc bien la lumière Infinie qui « emplit » le ciel et la terre.


אף על פי כן, אין מתלבשת בתוכה בבחינת גילוי ההשפעה רק חיות מעט מזער, בחינת דומם וצומח לבד


néanmoins, seule une infime vitalité, du domaine de l’inerte et du végétal seulement, se revêt [de la terre] sous forme d’influence révélée,


וכל אור אין סוף ברוך הוא נקרא סובב עליה, אף שהוא בתוכה ממש


et toute l’Infinie lumière qui emplit la terre en étant occultée est décrite comme « l’enveloppant », bien qu’elle soit à l’intérieur d’elle vraiment.


Pourquoi dit-on que l’Infinie lumière « l’entoure » si elle se trouve effectivement en elle et qu’elle « emplit toute la terre » ?


מאחר שאין השפעתו מתגלית בה יותר, רק משפיעה בה בבחינת הסתר והעלם


Etant donné que son influence ne s’y révèle pas plus que la vitalité qui règne à l’intérieur du végétal et de l’inerte [mais] qu’elle influe sur elle de manière dissimulée et voilée ;


וכל השפעה שבבחינת הסתר נקרא מקיף מלמעלה כי עלמא דאתכסיא הוא למעלה במדרגה מעלמא דאתגליא


[or,] toute influence de nature dissimulée est appelée « enveloppant d’en haut », car le « monde caché » est d’un rang supérieur au « monde révélé ».


L’influence qui demeure dissimulée et voilée (le « monde caché ») est d’un rang plus élevé que celle qui est manifeste (le « monde révélé »). On dit par conséquent de l’influence qui s’exerce de manière dissimulée qu’elle est transcendante, qu’elle « enveloppe d’en haut ».


ולקרב אל השכל יותר הוא בדרך משל


Pour rendre cela plus intelligible, pour mieux comprendre l’influence exercée par l’Infinie lumière qui, elle-même, « emplit le monde » dans tous ses détails, sans réserve, tout en « l’entourant et l’enveloppant » parce qu’elle est dissimulée, c’est, pour prendre une image,


כמו האדם שמצייר בדעתו איזה דבר שראה או שרואה


comme [quand] un homme se représente dans son esprit quelque chose qu’il a vu ou qu’il voit :


הנה אף שכל גוף עצם הדבר ההוא, וגבו ותוכו ותוך תוכו, כולו מצוייר בדעתו ומחשבתו, מפני שראהו כולו או שרואהו


bien que tout le corps et l’essence de cette chose, son extérieur et son intérieur et l’intérieur de son intérieur soient entièrement représentés dans son esprit et sa pensée, parce qu’il l’a vue entièrement ou qu’il la voit,


הנה נקראת דעתו מקפת הדבר ההוא כולו


on dit que son esprit enveloppe cette chose entièrement,


והדבר ההוא מוקף בדעתו ומחשבתו


et de même, considérant l’objet, on dit que cette chose est enveloppée par son esprit et sa pensée.


רק שאינו מוקף בפועל ממש, רק בדמיון מחשבת האדם ודעתו


C’est seulement que [la chose] n’est pas enveloppée effectivement, mais seulement dans l’imagination de sa pensée et de son esprit.


אבל הקב״ה, דכתיב ביה: כי לא מחשבותי מחשבותיכם גו׳ הרי מחשבתו ודעתו, שיודע כל הנבראים, מקפת כל נברא ונברא מראשו ועד תחתיתו, ותוכו ותוך תוכו, הכל בפועל ממש


En revanche, D.ieu, dont il est dit : « Car Mes pensées ne sont pas vos pensées… », Sa pensée et Son esprit, qui connaît tous les êtres créés, enveloppe chaque être un par un, de haut en bas, son intérieur et l’intérieur de son intérieur, tout cela effectivement (et non à la manière de la pensée humaine).


למשל: כדור הארץ הלזו, הרי ידיעתו יתברך מקפת כל עובי כדור הארץ, וכל אשר בתוכו ותוך תוכו, עד תחתיתו, הכל בפועל ממש


Pour prendre un exemple d’une entité créée « enveloppée » par la pensée et la connaissance de D.ieu, [considérons] le globe terrestre : Sa connaissance, béni soit-Il, enveloppe toute l’épaisseur du globe terrestre et tout ce qui est à l’intérieur et au plus profond de lui, jusqu’à [sa partie] la plus inférieure, tout cela effectivement,


שהרי ידיעה זו היא חיות כל עובי כדור הארץ כולו, והתהוותו מאין ליש


car cette connaissance constitue la vitalité de toute l’épaisseur du globe terrestre entièrement, et sa venue à l’existence ex nihilo.


La création ex nihilo du globe terrestre, création qui se poursuit continûment, tient à la connaissance absolue que D.ieu en a.


רק שלא היה מתהווה כמות שהוא עתה, בעל גבול ותכלית, וחיות מועטת מאד כדי בחינת דומם וצומח


C’est seulement qu’il ne serait pas venu à l’existence tel qu’il est présentement, fini et limité, avec un degré infime de vitalité à la mesure de ce qu’il faut pour l’inerte et la végétation et non davantage,


אם לא על ידי צמצומים רבים ועצומים, שצמצמו האור והחיות שנתלבש בכדור הארץ


n’étaient les nombreuses et puissantes contractions qui ont contracté la lumière et vitalité qui se revêt du globe terrestre,


להחיותו ולקיימו בבחינת גבול ותכלית, ובבחינת דומם וצומח בלבד


pour lui donner vie et le maintenir à l’existence en tant que fini et limité et du domaine de l’inerte et du végétal seulement.


Le degré infime d’illumination, qui résulte des nombreux tsimtsoumim, donne vie au globe terrestre de sorte qu’il existe en tant qu’objet fini, appartenant seulement aux catégories du minéral et du végétal. Cependant, de la Connaissance supérieure il est dit qu’elle « enveloppe » le globe terrestre, bien qu’elle lui donne vie en s’exerçant sur lui jusque dans ses moindres détails. Car, dès lors que cette connaissance est infinie, elle ne peut être appréhendée par ce qui ressortit au domaine de la finitude. Telle est en substance l’idée que le Tanya développe à présent.


אך ידיעתו יתברך המיוחדת במהותו ועצמותו, כי הוא המדע והוא היודע והוא הידוע


Toutefois, Sa connaissance, qui est unie avec Son être et Son essence, car « Il est la Connaissance, le Connaissant et le Connu »,


La compréhension humaine implique une trilogie : le connaissant (celui qui acquiert le savoir), la connaissance (la faculté qu’exerce le connaissant), le connu (le savoir acquis par le connaissant). D.ieu, cependant, est à la fois « le Connaissant, la Connaissance et le Connu » : Lui et Sa connaissance ne font qu’Un.


ובידיעת עצמו, כביכול, יודע כל הנבראים ולא בידיעה שחוץ ממנו, כידיעת האדם כי כולם נמצאים מאמיתתו יתברך


et en se connaissant Lui-même, si l’on peut dire, Il connaît toutes les créatures, et non par une connaissance qui est extérieure à Lui, comme la connaissance de l’homme, car tous [les êtres créés] existent par Sa vérité, béni soit-Il ;


L’existence de tous les êtres créés tient de la vérité de Son existence. Ainsi, en se connaissant Lui-même, si l’on peut dire, Il connaît toute la création.


ודבר זה אין ביכולת האדם להשיגו על בוריו וכו׳


et une telle chose, il n’est pas dans la capacité de l’homme de la saisir clairement, etc. (*)


הגהה


NOTE


Cette phrase : « Il est la Connaissance, le Connaissant et le Connu… » est extraite du Michné Thora de Maïmonide. Elle a été discutée. Ainsi, dans l’introduction de son ouvrage Guevourot Hachem, le Maharal de Prague questionne cette proposition de Maïmonide. Toute définition, souligne-t-il notamment, est, par nature, limitative et donc incapable ipso facto de rendre compte du Divin. D.ieu, qui est Un, échappe à toute définition. Or, quand bien même est affirmée dans toute sa radicalité la différence infinie qui sépare la Connaissance divine de la connaissance humaine, il reste que dire qu’Il est « la Connaissance… », c’est Le définir et, par conséquent, Le limiter. Le Maharal observe qu’au demeurant les Sages du Talmud désignent D.ieu comme le « Saint béni soit-Il » et non pas « l’Intellect béni soit-Il ». La sainteté qu’invoque leur formule contient l’idée de séparation, elle transcende toute possibilité même de définition. Et c’est précisément parce qu’Il échappe à toute définition que toute existence procède de Lui : car aucune limite n’est en Lui qui pourrait, en tant que telle, écarter quelque existence que ce soit. L’intellect, explique le Maharal, est simplement une faculté créée par D.ieu, qu’Il exerce au même titre que la faculté d’agir ou de dire : « D.ieu sut » a la même signification que « D.ieu dit » ou que « D.ieu fit ». Dans la note qui va suivre, Rabbi Chnéour Zalman explique que les maîtres de la Kabbale adhèrent à l’opinion de Maïmonide. Cependant, une telle définition ne peut être donnée au Divin qu’en tant qu’Il se « revêt » des dix Séfirot d’Atsilout, c’est-à-dire après le tsimtsoum, après que Sa lumière a pénétré les réceptacles. On peut, en effet, dire alors qu’Il ne fait qu’Un avec l’attribut de la connaissance dont Il se « revêt » et qu’ainsi Il s’identifie à Sa connaissance. Dans Son essence, en revanche, en-deçà du tsimtsoum, D.ieu échappe à la notion de connaissance sous quelque forme que ce soit et aucune définition ne peut être donnée de Lui. L’enseignement de la ‘Hassidout, suivant la doctrine lourianique du tsimtsoum, permet donc de concilier les points de vue de Maïmonide et du Maharal. D.ieu dans Son essence, avant le tsimtsoum, échappe à toute définition ; mais en tant qu’Il se revêt des Séfirot, après le tsimtsoum, la proposition de Maïmonide est tout à fait recevable. Car les Séfirot sont le Divin et ne font qu’un avec Lui, selon l’expression des Tikounei Zohar : « Lui et ses émanations de vie (c’est-à-dire les orot, les lumières des dix Séfirot du monde d’Atsilout) sont Un ; Lui et Ses causations (c’est-à-dire les kélim, les réceptacles des dix Séfirot d’Atsilout) sont Un », ce qui rejoint la phrase de Maïmonide : « Il est le Connaissant, la Connaissance et le Connu ».


כמו שכתב הרמב״ם ז״ל


Comme l’a écrit Maïmonide, de mémoire bénie (à savoir que D.ieu est la Connaissance, Celui Qui Connaît et le Connu),


והסכימו עמו חכמי הקבלה, כמו שכתוב בפרדס מהרמ״ק ז״ל


et les Sages de la Kabbale l’ont approuvé, ainsi qu’il est écrit dans le Pardess de Rabbi Moché Cordovéro, bénie soit sa mémoire.


וכן הוא לפי קבלת האריז״ל


Et il en va de même selon la Kabbale du Ari zal,


La notion de tsimtsoum est une révélation de la Kabbale de Rabbi Its’hak Louria : elle offre un autre regard sur la transcendance de l’Infinie lumière, qui apparaît comme infiniment supérieure aux Séfirot. Comment concilier cette révélation avec la proposition de Maïmonide ?


בסוד הצמצום והתלבשות אורות בכלים, כמו שנתבאר לעיל, פרק ב׳


suivant le mystère du tsimtsoum et des lumières qui se vêtent des réceptacles [des Séfirot], comme expliqué précédemment, au Chapitre deux.


סוף הגהה


FIN DE LA NOTE


Pour en revenir au texte, le Tanya a établi que la Connaissance de D.ieu ne fait qu’Un avec Lui qui est Infini. Ainsi, poursuit le Tanya, dès lors que Sa connaissance est pareillement infinie, elle n’est pas révélée à l’intérieur du globe terrestre, qui ressortit au domaine de la finitude. On dit par conséquent qu’elle l’enveloppe. On comprendra qu’il en va de même pour tous les autres êtres créés.


הרי ידיעה זו, מאחר שהיא בבחינת אין סוף, אינה נקראת בשם מתלבשת בכדור הארץ, שהוא בעל גבול ותכלית, אלא מקפת וסובבת


Cette connaissance, dès lors qu’elle relève de l’infini, on ne dit pas qu’elle se revêt du globe terrestre qui est fini et limité, mais qu’elle l’encercle et l’enveloppe,


אף שידיעה זו כוללת כל עביו ותוכו בפועל ממש


bien que cette connaissance englobe toute l’épaisseur et l’intérieur [du globe terrestre] de manière tout à fait effective


A la différence de la pensée humaine qui n’envahit l’objet de la pensée que dans son imagination, la Connaissance divine englobe le sol terrestre dans tous ses détails effectivement


ומהווה אותו על ידי זה מאין ליש


et le fait par là même exister ex nihilo,


La création ex nihilo résulte précisément de la Connaissance divine qui « enveloppe » le globe terrestre et non de l’infime rayonnement du Divin issu du tsimtsoum et ne confère aux êtres créés qu’une vitalité finie et limitée, à la mesure de celle du règne végétal ou inerte.


וכמו שנתבאר במקום אחר


comme il est expliqué ailleurs, à savoir que la création ex nihilo se produit par Sovev kol olmine, la « lumière qui enveloppe les mondes ».

15 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout